Bonne année 2013 ! Pour une année féministe !

Bonne année 2013 à tous !

En espérant que ce soit une année plus féministe que 2012…

Mon rapport de statistiques de 2012.

En voici un extrait :

19.000 personnes étaient présentes au nouveau Barclays Center pour voir Jay-Z. Ce blog a été vu 61 000 fois en 2012. S’il était un concert au Barclays Center, il faudrait 3 spectacles pour que tous puissent y assister.

Pourquoi les femmes gagnent-elles moins que les hommes ? Les mécanismes psychosociaux du plafond de verre

Pourquoi les femmes gagnent-elles moins que les hommes ?

Les mécanismes psychosociaux du plafond de verre

Je fais une petite pause dans mes articles consacrés aux mythes sur le viol (car oui, il y en a aura au moins un ou deux encore…) pour aborder un sujet a priori un peu moins pénible : les inégalités salariales.

Plus précisément, je voulais vous parler du livre « Pourquoi les femmes gagnent-elles moins que les hommes ? ». Non seulement, je l’ai trouvé très bien - il est très instructif, bien documenté et facile à lire -, mais en plus, il rentre parfaitement dans la thématique de mon blog. Enfin, il a été écrit par Brigitte Laloupe, alias Olympe, qui est l’auteure d’un blog féministe que j’apprécie.

Personnellement, ce livre m’a fait le même effet que « la domination masculine » de Bourdieu : j’ai pu refaire le triste constat que, partout, partout, aussi bien au travail qu’à l’école, en passant par la famille ou la grammaire française, la femme est rabaissée et dénigrée. Alors que je suis bien au courant des problématiques féministes, lire ce livre pendant tout mon trajet en train (3h30 quand même !) m’a rendue bien triste. Parfois j’aimerais que les machos aient raison : « Mais l’égalité, vous l’avez ! »

Quand des associations féministes se battent contre les jouets sexistes ou bien contre la grammaire, la plupart des gens sont dans l’incompréhension. « Mais pourquoi luttent-elles contre ça alors qu’il y a tant à faire au niveau des inégalités salariales ? » entend-on souvent. Pour une raison simple : ces microdiscriminations, qu’on trouve dans les jouets, les livres pour enfants, la grammaire ou encore le fameux « mademoiselle », et qui semblent a priori inoffensives, sont à l’origine de discriminations plus voyantes et plus révoltantes : les inégalités salariales ou les violences conjugales et sexuelles, par exemple.

C’est bien parce qu’on éduque les enfants différemment en fonction de leur sexe, à l’aide de jouets et de livres sexistes, que les femmes adultes s’effacent quand les hommes savent s’affirmer. C’est bien parce que « le masculin l’emporte sur le féminin », que l’action des femmes est invisibilisée et que cela contribue au manque de modèles féminins. C’est parce que les professeurs interagissent moins avec les filles que celles-ci ensuite ne se sentent pas à la hauteur pour se lancer dans une carrière prestigieuse.

Ce n’est pas en votant une nième loi sur l’égalité salariale que cela risque de changer fondamentalement les choses. Même en pénalisant fortement les entreprises, ces dernières préféreront peut-être payer les indemnités (comme les partis pour la parité…) ou elles risqueront d’embaucher moins de femmes, tout simplement. De plus, cela ne changera rien au fait que les femmes devront se mettre à temps partiel, puisque ce seront toujours elles qui devront assurer l’éducation des enfants. Cela ne changera également rien au fait que les jeunes filles se dirigent moins vers les carrières rémunératrices.

Ce sont donc bien les mentalités qu’il faut changer, en luttant contre ces microdiscriminations qui créent des stéréotypes et qui assignent aux hommes et aux femmes des rôles sociaux différenciés.

Brigitte Laloupe, alias Olympe, débusque ces microdiscriminations dans tous les domaines : dans l’éducation des enfants au sein de la famille ou de  l’école, dans la publicité, dans les médias d’information ou encore dans le couple.

Elle décrit également comment cela mène à la cooptation entre hommes : ceux-ci ont souvent des centres d’intérêt bien à eux (politique, sport) que les femmes n’ont pas, ce qui empêche ces dernières de s’intégrer dans leurs réseaux de pouvoir. De plus, mêmes les femmes qui arrivent à s’immiscer ne sont souvent pas les bienvenues…

Brigitte Laloupe décrit également les attributs de la dominance, comme l’occupation de l’espace, le temps de parole, ou encore certains comportements (colère, ne pas sourire…). Elle met en évidence comment il est très mal vu pour une femme d’arborer ces attributs de dominance : écarter les jambes et donc occuper l’espace social comme un dominant (c’est-à-dire un homme) sera considéré comme vulgaire ; parler autant qu’un homme lui revaudra d’être traitée de pipelette ; enfin sa colère sera assimilée à de l’hystérie.

Enfin, dans une dernière partie, l’auteure aborde la façon dont les femmes ont intériorisé les normes et l’éducation féminines : ayant peu confiance en leurs capacités, elles ne sentent pas légitimes dans leur travail ; elles n’osent pas se faire mousser ; elles n’aiment pas la compétition ; elles ont peur de perdre leur féminité ; elles s’effacent. Dans cette partie, Olympe souhaite faire passer un message aux femmes : en dépassant les normes de leur genre, elles peuvent faire bouger les lignes et se faire entendre dans le monde du travail. Cependant, je m’interroge un peu : oui, les femmes doivent prendre confiance en elles et apprendre à se mettre en avant. Mais est-il souhaitable pour la société que les valeurs dites « masculines » (compétitivité, égoïsme…) soient adoptées également par les femmes et servent de références universelles ? Il est clair que cela les aidera pour se faire une place dans un milieu de requins, mais je pense qu’une société, où les valeurs traditionnellement « féminines » (altruisme, empathie…) soient plus valorisées, serait préférable.

Dans tous les cas, j’ai beaucoup apprécié ce livre. J’ai pas mal appris, notamment sur les réseaux masculins. J’ai trouvé la partie sur les attributs de dominance particulièrement intéressante. Cependant, si vous suivez un peu l’actualité féministe sur le net ou si vous lisez le blog d’Olympe, vous vous rendrez compte qu’il y aura des redites… Forcément.

Je pense que c’est typiquement le genre de cadeau qu’on peut offrir à un⋅e ami⋅e sensible au problème des inégalités salariales (et du sexisme en général), mais pas plus impliqué que cela. Il y a de fortes chances que ce livre provoque un électrochoc !

Virilité et violence

"Le privilège masculin est aussi un piège et il trouve sa contrepartie dans la tension et la contention permanentes, parfois poussées à l’absurde, qu’impose à chaque homme le devoir d’affirmer en toute circonstance sa virilité."
Pierre Bourdieu 1

Une virilité précaire

50 cents

Force, agressivité et stoïcisme : voici un homme viril

Dans de très nombreuses cultures, la virilité, contrairement à la féminité, est perçue non comme quelque chose d’inné, mais comme un statut social, prestigieux, qui s’acquiert2,3,4,5. Cela est sans doute à mettre en relation avec le patriarcat6 : la virilité est un statut social « supérieur », un honneur,  permettant à l’homme de réellement se distinguer de la femme.

De ce fait, cela explique pourquoi les jeunes garçons adoptant des comportements dits féminins sont jugés très négativement, bien plus qu’une fille adoptant un comportement traditionnellement masculin7,8.

Dans certaines cultures, des rites permettent aux garçons de devenir « un vrai homme » : circoncision, mise à mort d’une antilope, scarification2,3… Tous ces « rites de passages » se démarquent soit pas leur dangerosité soit pas leur caractère douloureux. En effet, la virilité est toujours synonyme de force, de courage et d’impassibilité devant la douleur ou la mort.

En Occident, il n’existe pas de rites de passages formels, qui permettraient de prouver que le garçon est devenu un vrai homme. Cela expliquerait pourquoi les hommes occidentaux passeraient une bonne partie de leur temps à prouver leur virilité par des démonstrations publiques informelles, telles que : jouer à des jeux à boire, faire des paris stupides, rouler vite, avoir de nombreuses conquêtes sexuelles… De la taille d’un poisson pêché au nombre de conquêtes sexuelles, les hommes cherchent toujours à montrer qu’« ils ont la plus grosse » dans tous les domaines de la vie. Difficile à obtenir, la virilité se perdrait très facilement, à chaque moment de faiblesse. Ainsi, beaucoup d’hommes refusent de demander de l’aide par peur de perdre leur virilité9.

Les caractéristiques de la virilité sont assez constantes d’une culture à une autre. L’anthropologue David Gilmore a pu montrer que, que ce soit en Europe, en Inde ou en Afrique, la virilité correspond à la dureté, l’action, l’agressivité, le stoïcisme émotionnel et une sexualité quasi-incontrôlable2. Plusieurs travaux ont montré qu’aux Etats-Unis, agression, dureté et action physique sont les éléments centraux du concept de virilité10,11.

Menace sur la virilité, anxiété et résolution par l’agression physique

Angoisse et agressivité

Une virilité menacée conduit à l'angoisse, que l'agression physique résolve.

Il a été montré qu’une virilité menacée est source d’angoisse pour les hommes3,5. On a ainsi fait croire à des hommes qu’un test psychologique avait permis d’estimer qu’ils étaient plus féminins que masculins. Leur  niveau de stress était significativement plus fort que ceux dont la virilité n’était pas menacée. A l’inverse, les femmes ne vivaient pas ce genre d’angoisse quand on leur disait qu’elles avaient un esprit plutôt masculin3

Les hommes se suicident trois fois plus que les femmes12. Quand on demande ce qui fait le plus peur aux femmes, celles-ci répondent que c’est le viol et le meurtre. Quant aux hommes, c’est l’idée qu’on puisse rire d’eux, autrement dit de perdre leur honneur, leur virilité6

Or, l’agression physique serait une tactique pour rétablir la virilité menacée. En effet, les hommes dont la virilité est menacée ont plus de pensées agressives que des hommes non menacés3,5… Cela est corroboré par une autre étude, dans laquelle un groupe d’hommes a été forcé de se comporter de manière «féminine» : ils ont du tresser des cheveux. Dans un autre groupe, des hommes ont du  tresser une corde. Les deux groupes d’hommes avaient ensuite le choix entre soit frapper un sac ou soit résoudre un puzzle. Les hommes ayant tressé les cheveux ont majoritairement choisi de taper le sac, contrairement à ceux ayant tressé une corde. De plus, les hommes ayant tressé des cheveux cognaient plus fort que les autres. Enfin, quand les hommes ayant fait des nattes n’avaient pas la possibilité de boxer le sac, leur niveau d’anxiété était plus élevé que s’ils avaient la possibilité de le frapper13.

Mais qui sont les principaux juges de la virilité ? Les hommes. Ce sont les hommes qui jugent de la virilité des autres hommes. Leur virilité doit être approuvée par leurs pairs6 . Les femmes ne sont pas celles qui punissent le plus sévèrement les “tapettes” ayant perdu leur virilité. De plus, les hommes juge la virilité plus précaire que les femmes. Il la lie clairement à l’action et à l’agression, alors que la femme la relie plus à l’endurance4.

Femmes, homosexuels, « tapettes »… qu’arrive t-il à ceux qui ne sont pas virils ?

L’homophobie est également l’un des grands aspects de la virilisation extrême. En réalité, l’homophobie n’est pas seulement la haine des homosexuels, mais la haine de tout ce qui n’est pas considéré comme viril6 : hommes féminins, homosexuels (les deux étant souvent abusivement associés), femmes. En effet, ces derniers sont censés représenter  l’anti-virilité, ceux contre lesquels se construit l’homme hétérosexuel viril6. Pas étonnant donc que l’homme viril les infériorise.

Les insultes homophobes sont utilisées chez les jeunes garçons bien avant la puberté. Dans ce cas-là, en réalité, elles sont souvent peu en rapport direct avec l’orientation sexuelle de la cible14. Elles servent avant tout à designer un garçon ou un homme considéré comme faible, émotif, studieux ou peu sportif. Bref, elles servent avant tout à stigmatiser l’homme « féminin » qui perd en prestige en se comportant comme le « sexe faible ». Les insultes homophobes sont considérées comme extrêmement offensantes14, prouvant par là à quel point la société occidentale est sexiste : être assimilé au genre féminin, aux femmes, est la pire chose qui puisse arriver à un homme. Le problème n’est donc pas tant l’orientation sexuelle que le genre.

Suicide des homosexuels

Les homosexuels se suicident beaucoup plus que les hétérosexuels.

Ces insultes homophobes à l’école peuvent avoir des conséquences dramatiques. Ainsi, une étude a montré que la majorité des jeunes hommes responsables de fusillades dans des lycées ont tous été victimes d’harcèlement, et en particulier d’insultes homophobes15. A nouveau, la violence a été ici utilisée comme moyen pour rétablir la virilité des assassins. Par ailleurs, les hommes homosexuels, en particulier les jeunes, ont 4 à 7 fois plus de risques d’avoir déjà fait une tentative de suicide que les hétérosexuels16.

La « virilisation » dans ses formes extrêmes conduit également à l’hostilité à l’égard des femmes6,17. Les hommes les plus stéréotypés peuvent être prédisposés aux violences sexuelles. Ils perdent également leur capacité à ressentir de l’empathie et le besoin d’intimité avec autrui17.

D’après Turvey 199918, qui a proposé une classification des violeurs en fonction de leur motivation, la virilité pourrait être impliquée de deux façons dans le viol :

-          Un individu anxieux par rapport à sa virilité peut vouloir se rassurer en violant. Cela rétablira à ses yeux sa virilité.

-          A l’inverse, un individu ayant le sentiment d’avoir une virilité importante, croit qu’il est en  droit d’agresser sexuellement, afin de montrer sa supériorité. Le violeur recherche alors à contrôler, humilier sa victime qui est ici considérée comme un objet.

Violences conjugales

La virilité de son compagnon était sans doute menacée...

Il a été mis en évidence que la menace sur la virilité était un important facteur explicatif des violences conjugales19. Une étude montre

que, en particulier dans les cultures où le sens de l’honneur est important, la réputation d’un homme est vue comme salie, si sa compagne le trompe. Dans ce cas, l’usage de la violence contre la femme infidèle, est considéré comme un moyen de rétablir l’honneur (et donc la virilité) de l’homme20.

Conclusion

On l’a vu, les hommes se suicident trois fois plus que les femmes12. Leur espérance de vie est également réduite, notamment à cause de comportement à risques (tabac, accident de voiture)21. Enfin, ils représentent l’immense majorité de la population carcérale (96,3 %)22. La peur de la perte de virilité est sources d’angoisses permanentes, source de prises de risques inutiles et source de violence. On peut ainsi supposer que l’injonction d’ « être un vrai homme, un vrai de vrai » est source d’énormément de souffrance dans notre société.

Or l’idée que la virilité est un statut particulier qui distingue l’homme de la femme tire son origine de l’infériorisation de la femme. Elle provient également du côté prestigieux de la force, de la puissance et de la violence dans notre société.

A la fin du XIXème siècle, les juifs d’Europe Centrale refusèrent le modèle masculin traditionnel basé sur l’action et l’agression23. Ils dévalorisèrent l’exercice physique et le sport au profit de l’intellect et du développement de dispositions douces et pacifiques. Dans la communauté juive de cette époque, on peut noter la remarquable absence de crimes liés à l’ivrognerie (très communs dans les milieux chrétiens d’alors), de délits provoqués par des rivalités d’hommes, de violences exercées contre les femmes. Les crimes de sang et les viols sont extrêmement rares dans la criminalité juive23.

Il semble donc nécessaire de venir à une société plus égalitaire et réfléchir à une nouvelle masculinité, moins construite contre les femmes et sur l’agressivité.

—————————————————————————————————————————-

Pour aller plus loin :

Maïa Mazaurette. La boîte. 1. Théorie. 16 May 2011

Christophe Gentaz. L’homophobie masculine : préservatif psychique de la virilité ? 1994

—————————————————————————————————————————-

Références

1. Bourdieu P. La domination masculine. Paris: Éditions du Seuil; 1998.

2. Gilmore D. Manhood in the making : Cultural concepts of masculinity. New Haven  Conn.: Yale University Press; 1991.

3. Vandello JA, Bosson JK, Cohen D, Burnaford RM, Weaver JR. Precarious manhood. Journal of Personality and Social Psychology. 2008;95:1325-1339.

4. Weaver JR, Vandello JA, Bosson JK, Burnaford RM. The Proof is in the Punch: Gender Differences in Perceptions of Action and Aggression as Components of Manhood. Sex Roles. 2009;62:241-251.

5. Bosson JK, Vandello JA. Precarious Manhood and Its Links to Action and Aggression. Current Directions in Psychological Science. 2011;20:82-86.

6. Kimmel MS. Masculinity as homophobia: Fear, shame and silence in the construction of gender identity. Toward a new psychology of gender. Feminism and masculinities. 1997.

7. Kenneth Sandnabba N, Ahlberg C. Parents’ Attitudes and Expectations About Children’s Cross-Gender Behavior. 1999;40(3-4):249-263.

8. Martin CL. Attitudes and expectations about children with nontraditional and traditional gender roles. Sex Roles. 1990;22:151-166.

9. Addis ME, Mahalik JR. Men, masculinity, and the contexts of help seeking. Am Psychol. 2003;58(1):5-14.

10. Levant RF. The new psychology of men. Professional Psychology: Research and Practice. 1996;27:259-265.

11. Oswald DL, Lindstedt K. The Content and Function of Gender Self-stereotypes: An Exploratory Investigation. Sex Roles. 2006;54:447-458.

12. WHO | Country reports and charts available | Suicides rates. Available at: http://www.who.int/mental_health/prevention/suicide/country_reports/en/index.html. Consulté octobre 21, 2011.

13. Bosson JK, Vandello JA, Burnaford RM, Weaver JR, Arzu Wasti S. Precarious Manhood and Displays of Physical Aggression. Personality and Social Psychology Bulletin. 2009;35:623-634.

14. Plummer D. The quest for modern manhood: masculine stereotypes, peer culture and the social significance of homophobia. Journal of Adolescence. 2001;24:15-23.

15. Kimmel MS, Mahler M. Adolescent Masculinity, Homophobia, and Violence: Random School Shootings, 1982-2001. American Behavioral Scientist. 2003;46:1439-1458.

16. Firdion JM, Verdier E. Suicide et tentative de suicide parmi les personnes à orientation homo/bisexuelle. Homosexualités au temps du sida. Tensions sociales et identitaires. 2003.

17. Lisak D, Ivan C. Deficits in Intimacy and Empathy in Sexually Aggressive Men. Journal of Interpersonal Violence. 1995;10:296-308.

18. Turvey B. Criminal profiling : an introduction to behavioral evidence analysis. San Diego  Calif.: Academic Press; 1999.

19. Jakupcak M, Lisak D, Roemer L. The role of masculine ideology and masculine gender role stress in men’s perpetration of relationship violence. Psychology of Men & Masculinity. 2002;3:97-106.

20. Vandello JA, Cohen D. Male honor and female fidelity: Implicit cultural scripts that perpetuate domestic violence. Journal of Personality and Social Psychology. 2003;84:997-1010.

21. Meslé F. Espérance de vie : un avantage féminin menacé ? Population et sociétés. 2004;(402).

22. Statistique du Ministère de la Justice sur la population écrouée et détenue en France en mars 2007. Ministère de la Justice; 2007.

23. Karady V. Les Juifs et la violence stalinienne. Actes de la recherche en sciences sociales. 1997;120(123):3-

Le sexisme inconscient des enseignants détournent les filles des filières scientifiques : partie 2, l’Effet Pygmalion

Le sexisme inconscient des enseignants détournent les filles des filières scientifiques


pygmalion

La statue de Pygmalion devint vivante. Les croyances deviennent-elles réalités ?

Partie 2, Effet  Pygmalion : les dangers des stéréotypes et des préconçus

Pour clore ma petite série d’articles sur le sexisme à l’école, je vais parler de l’Effet Pygmalion (ou effet Rosenthal).  Cet effet, qui se rapproche de l’effet placebo par certains aspects, pointe le danger des stéréotypes.

L’effet Pygmalion est une prophétie autoréalisatrice qui consiste à influencer l’évolution d’un élève en émettant une hypothèse sur son devenir scolaire. Ainsi, si un professeur a des attentes fortes sur un élève, celui-ci fera effectivement de plus grands progrès. C’est ce phénomène qui peut expliquer pourquoi les filles, alors qu’elles réussissent aussi bien que les garçons en mathématiques, s’estiment moins bonnes dans cette matière et l’apprécient moins.

Première expérience sur des rats (1)

Ce phénomène a été mis en évidence par Rosenthal, d’abord sur des rats. Deux groupes de rats, constitués complètement au hasard, ont été présentés à  des étudiants, qui devaient juger de leur capacité à sortir d’un labyrinthe. On a dit aux étudiants que les rats du premier groupe étaient de bons rats, intelligents. Du second groupe, on leur a dit que c’était des rats de mauvaises lignées, qui n’apprenaient pas très vite. Au final, les résultats ont amplement confirmé les prédictions fantaisistes du départ : il y a même quelques rats du second groupe qui ne quittent pas la ligne de départ !

En réalité, les étudiants croyant avoir affaire à des rats intelligents, ont pris soin d’eux et ont été patients avec eux le long de leur apprentissage, ce qu’ils n’ont pas fait avec les rats considérés comme stupides, ce qui peut expliquer les meilleurs résultats du groupe 1. Il est aussi possible que les étudiants les aient surévalués.

Expérience retentée à l’école… (2)

Rosenthal a retenté son expérience sur des élèves, en s’appuyant sur les attentes des professeurs. Il a prétendu dirigé une étude à Havard, qui nécessitait l’évaluation du Q.I des élèves, à deux temps différents pour constater s’il y avait une évolution. Rosenthal a expliqué aux enseignants qu’il voulait détecter des élèves précoces, pas forcément bons en classe, mais capable d’énormes progrès. L’expérience était donc censée commencer par un premier test, au début de l’année. Rosenthal a donc fait passer ce premier test aux élèves et, ensuite, a transmis le nom des «enfants précoces » aux enseignants. Seulement, ces résultats ne correspondaient pas aux performances réelles ! En réalité, 20% des enfants avaient été piochés aléatoirement et désignés comme précoces. Rosenthal et Jacobson ont crée chez les enseignants une  attente concernant les futurs progrès de ces élèves : les professeurs se sont imaginés qu’ils étaient plus intelligents et progresseraient plus vite.
Les enseignants ne devaient pas transmettre les résultats aux élèves, ni leur en parler.
A la fin de l’année, Rosenthal a fait repasser le test de QI aux élèves. Et… surprise ! Les élèves les plus « précoces », selon les faux résultats du test de Q.I, avaient amélioré très fortement leur score au test d’intelligence, mais également leurs résultats scolaires, et quelque fût leur performance réelle. Et ce n’est pas tout :
-          Les enseignants interagissaient plus avec ces élèves, et notamment leur laissaient plus de temps pour répondre.
-          Ces élèves se voyaient attribuer des responsabilités telles que gérer des activités ou surveiller la classe.
-          Les enseignants  ignoraient ou minimisaient leurs petites erreurs.

Et le sexisme dans tout cela ?…

Dans un article précédent,  j’expliquai que de nombreux résultats scientifiques laissaient penser à croire que les enseignants, en sciences et en mathématiques  plus particulièrement, avaient de plus fortes attentes de la part des garçons que des filles : ils interagissent plus avec ces premiers (3), leur laisse plus de temps pour répondre (4), surévaluent leurs bonnes copies (5)… Tout comme avaient fait les maître de l’expérience avec les 20% pseudo-meilleurs élèves…

Or, les expériences de Rosenthal nous indiquent que s’il y a des attentes différenciées des enseignants en fonction du sexe, les deux sexes ne sont pas à égalité… et les  garçons seront favorisés, car le stéréotype veut que les garçons aient plus la « bosse des maths » que les filles.

De leur côté, les filles intègrent également ce préjugé par ce biais. Assez curieusement, en mathématiques, cela ne semble pas

Etudiante en médecine femme

Les étudiantes en médecine sous-estiment leurs capacités...

tellement se traduire par une différence de performances entre les sexes, mais plutôt par une différence d’appréciation de cette matière. C’est ce que suggère une étude de 2008 qui a porté sur 7 millions d’étudiants américains (6): les filles réussissent aussi bien en mathématiques que les garçons, mais s’y intéressent moins. Une autre étude montre qu’à niveau égal et dès le collège, les filles s’estiment moins bonnes en mathématiques que les garçons et semblent moins apprécier cette matière (7).  Au-delà d’une plus faible confiance en soi, les filles s’autocensurent : ainsi quand ils se jugent très bons en mathématiques, 8 garçons sur 10 vont en filière scientifique, contre 6 filles sur 10 (8). « Tout au long de sa socialisation, l’enfant puis l’adolescent va apprendre à identifier et à adopter les conduites et les activités de sa “culture” de sexe. » explique Vouillot (9). Puisque les professeurs – mais aussi les parents (7)  –  font comprendre aux filles, dès leur plus jeune âge et de manière quasi-invisible, qu’elles ne sont pas faites pour les sciences et les mathématiques, elles intègrent cette idée et se convainquent qu’elles ne les aiment pas. Cela explique aussi leur « peur du succès », leur autocensure : les filles ne se sentent pas à leur place dans les voies les plus prestigieuses. Une revue de la littérature (10) indique que, bien que les étudiantes en médecine soient aussi performantes que leurs homologues masculins, elles sous-estiment leurs capacités, tandis que les étudiants de sexe masculin les surestiment. De plus, à expérience égale, elles arrivent à moins bien s’identifier à leur rôle de médecin.

Mais ce sexisme peut aussi avoir un impact négatif sur la réussite des garçons : pour entrer dans le rôle « viril » qu’on leur impose, certains vont se montrer contestataires et turbulents, voire vont rejeter en bloc l’école. En effet, selon le stéréotype, les garçons sont plus doués, mais également moins dociles et nécessitent d’être cadrés.  Être bon élève – ou du moins un élève sérieux – peut paraître être un comportement féminin, à éviter donc pour certains garçons (3).

 —————————————————————————————————————————-

Sources 

1. Rosenthal, Robert and Fode, Kermit L. The effect of experimenter bias on the performance of the albino rat. Behavioral Science. 3, 1963, Vol. 8, pp. 183–189. Abstract

2. Rosenthal, Robert and Jacobson, Lenore. Pygmalion in the classroom. The Urban Review. 1968, Vol. 3, 1, pp. 16-20. Abstract

3. Duru-Bellat, M. L’école des filles: Quelle formation pour quels rôles sociaux. s.l. : L’Harmattan, 2004. p. 85. 2747573095.

4. Gore, D.A. and Roumagoux, D.V. Wait-time as a variable in sex-related differences during fourth-grade mathematics instruction. The Journal of Educational Research. 1983, Vol. 76, 5, pp. 273-275. Abstract

5. Lafontaine, D. Les évaluations des performances en mathématiques sont-elles influencées par le sexe de l’élève ? Mesure et évaluation en éducation. 2009, Vol. 32, 2, pp. 71-98. Full text

6. Hyde, J. et al. Gender Similarities Characterize Math Performance. 2008, Vol. 321, 5888, pp. 494-495. Full text

7. Yee, Doris K. and Eccles, Jacquelyne S. Parent perceptions and attributions for children’s math achievement. Sex Roles. Vol. 19, 5-6, pp. 317-333. Full text

8. Égalité des filles et des garçons. Ministère de l’éducation nationale. [En ligne] mars 2011. [Citation : 5 avril 2011.] http://www.education.gouv.fr/cid4006/egalite-des-filles-et-des-garcons.html

9. Vouillot, Françoise. Filles et garçons à l’école : Une égalité à construire. s.l. : Centre national de documentation pédagogique, 1999. p. 87.

10. Blanch, Danielle C., et al. Medical student gender and issues of confidence. September 2008, Vol. 72, 3, pp. 374-381. Full text

Sexisme ambivalent

Sexisme hostile et sexisme bienveillant : le sexisme ambivalent

galanterie ou sexisme bienveillant

La galanterie, du sexisme bienveillant ?

Le concept du “sexisme ambivalent” (Ambivalent sexism) est une théorie avancée par Glick et Fiske en 1996 (1). Le sexisme ambivalent comprend deux aspects distincts mais reliés : le sexisme hostile (hostile sexism) et le sexisme bienveillant (benevolent sexism).

Le sexisme hostile est le sexisme tel qu’on l’entend traditionnellement : une hostilité envers les femmes, des idées telles que « une femme est incapable de créer », « une femme n’est pas faite pour travailler ».

Le sexisme bienveillant est bien plus subtil : c’est plus l’idée qu’il faut être galant et protecteur envers les pauvres femmes. C’est aussi des idées comme « il faut traiter les femmes comme des princesses », ou «nous les hommes, nous aimons les femmes, on en a besoin ». Cette vision paternaliste est en concordance avec le concept de «complémentarité des genres», où les hommes sont décrits comme possédant des  caractéristiques dont les femmes seraient dépourvues, et vice-versa.

Les deux sortes de sexisme encouragent l’inégalité hommes-femmes et les rôles traditionnels des sexes, en sous-entendant que le sexe féminin est le sexe faible.

Le sexisme bienveillant, derrière sa façade amicale, est donc très dangereux, car il est difficilement identifiable, comme le suggèrent des expériences de psychologie (2). Pire encore, certains travaux indiquent que des femmes exposées au sexisme bienveillant obtiennent de moins bons scores à un test cognitif que celle confrontées à un discours hostile ou à un discours neutre. (3) Il serait ainsi plus efficace pour les groupes dominants de maintenir les inégalités sociales par le biais de la bienveillance que par l’hostilité.

Des études ont montré que sexisme hostile et sexisme bienveillant sont corrélés, c’est-à-dire que dans les pays où le niveau moyen du sexisme hostile est élevé, celui du sexisme bienveillant l’est aussi (4; 5), ce qui suggère que si ces deux formes de sexisme sont différentes, elles sont intimement reliées.

-

—————————————————————————————————————————-

Pour aller plus loin

Quand le sexisme se veut bienveillant… Reflexions. [Online] Février 24, 2010. [Cited: Mars 8, 2011.] http://reflexions.ulg.ac.be/cms/c_25043/quand-le-sexisme-se-veut-bienveillant

Ambivalent sexism. Wikipédia [Online] 22 February 2011 [Cited: Mars 8, 2011.] http://en.wikipedia.org/wiki/Ambivalent_sexism

Glick, P et Fiske, S. T. An ambivalent alliance. Hostile and benevolent sexism as complementary justifications of gender inequality. 2001, American Psychologist, Vol. 56(2):,pp.109-118, Full text

—————————————————————————————————————————-

Sources

1. Glick, P et Fiske, S. T. The ambivalent sexism inventory: Differentiating hostile and benevolent sexism. : s.n., 1996, Journal of Personality and Social Psychology, Vol. 3, pp. 491-512. Abstract

2. Barreto, M. et Ellemers, N. The burden of benevolent sexism: How it contributes to the maintenance of gender inequalities. 2005, Vol. 35, pp. 633-642. Abstract

3. Dumont, M., Sarlet, M. et B., Dardenne. Be kind to a woman, she’ll feel incompetent: benevolent sexism shifts self-construal and autobiographical memories towards incompetence. Sex Roles. 2010, Vol. 62, 7-8, pp. 545-553. Abstract

4. Dardenne, B., et al. Latent Structure of the French Validation of the Ambivalent Sexism Inventory: Echelle de Sexisme Ambivalent. L’Annee Psychologique. Vol. 106, pp. 235-264. Abstract

5. Glick, P., et al. Beyond prejudice as simple antipathy: Hostile and benevolent sexism across cultures. Journal of Personality and Social Psychology. 2000, Vol. 79, pp. 763-775. Abstract