Les cultures enclines au viol et les cultures sans viol. Le cas de la culture occidentale

Partie 2 : le cas de la culture occidentale

Partie 1 : les études interculturelles

J’ai commencé une petite série d’articles sur les cultures enclines au viol. Après vous avoir présenté le concept de cultures enclines au viol (à comparer aux cultures sans viol) , je vais discuter maintenant du cas des cultures occidentales.

L’enlèvement des Sabines

L’enlèvement des Sabines, par Francisco Pradilla

Selon plusieurs autrices1,2, la culture euro-américaine est une culture prônant le viol. En effet, on y rencontre plusieurs caractéristiques qui la classent dans cette catégorie :

  • Le viol y est fréquent
  • Les croyances qui justifient l’existence du viol, les mythes sur le viol y sont largement répandus. Ces mythes ont tendance à transférer la responsabilité du viol de l’agresseur vers la victime et banalise ce crime. Par exemple « elle n’avait qu’à pas porter une jupe si courte » est un mythe sur le viol. Ou encore « les hommes ont des besoins irrépressibles qui les poussent à violer. »
  • Le viol peut servir de punition
  • Inégalités et système d’oppression
  • Valorisation d’une sexualité violente.

Je vais à présent détailler ces différents points.

Fréquence du viol

En Occident, le viol est un phénomène à l’ampleur considérable, comme l’indique plusieurs études.

pasdejusticepasdepaix

En France, il y aurait entre 55 000 et 100 000 femmes victimes d’un viol ou d’une tentative de viol par an.

Ainsi, en France, l’enquête ENVEFF de 20003 (Enquête Nationale sur les Violences envers les Femmes en France) a indiqué que 0,3% des femmes interrogées (toutes âgées de 20 à 59 ans) avaient été violées dans l’année précédente. Si l’on applique cette proportion aux 15,9 millions de femmes âgées de 20 à 59 ans vivant en France métropolitaine, ce sont donc quelque 48 000 femmes âgées de 20 à 59 ans qui auraient été victimes de viol dans l’année, auxquelles il faudrait rajouter les femmes de 18 à 20 ans et celles de plus de 59 ans, sans compter les mineures. Par ailleurs, l’enquête INSEE 2005-20064 portant  sur des femmes de 18 à 59 ans donne le chiffre de 0,7 % de femmes violées, et de 1,5 % pour les viols et les tentatives de viols réunis, sur deux années.  Le rapport de l’ONDRP de 20125 explique qu’en 2010-2011, 0,7% des femmes de 18 ans à 75 ans interrogées déclarent avoir été victimes d’un viol ou d’une tentative de viol. En rapportant cette proportion au poids total de cette catégorie dans la population française, l’ONDRP estime que 154 000 femmes ont été victimes, avec une marge d’erreur de 45 000 victimes. Cela signifie qu’il y a entre 55 000 et 100 000 femmes victimes d’un viol ou d’une tentative de viol par an. Enfin, on évalue à 16% le nombre de femmes françaises ayant subi au moins un viol ou une tentative de viol au cours de leur vie6. Plus de la moitié d’entre elles (59%) ont vécu cette violence alors qu’elles étaient mineures6.

Aux États-Unis, il y aurait environ 200 000 victimes de viol (âgées de plus de 12 ans) par an7. Par ailleurs, 18 à 25% des femmes américaines auraient subi soit une tentative de viol, soit un viol dans leur vie8,9.

En Australie, une étudiante sur six affirme avoir été victime d’un viol durant sa vie (17 % ont été victimes de viol et 12 % de tentative de viol) selon une enquête réalisée par l’Union nationale des étudiants australiens auprès de 1.500 femmes étudiant à l’université10.

Mythes sur le viol

Les mythes sur le viol sont des attitudes et croyances, généralement fausses, permettant de nier et de justifier l’agression sexuelle masculine contre les femmes11. En Occident, ces mythes sont répandus et persistants. Ainsi, une étude américaine a montré, en utilisant des échelles de mesure de l’adhésion aux mythes autour du viol (avec des questions fermées), qu’entre 25% et 35% des gens adhèrent à la majorité de ces mythes11. Cependant dans une autre étude américaine utilisant des questions ouvertes, près de 66% des personnes interrogées approuvaient les mythes autour du viol12.

Pour en savoir plus sur les mythes sur le viol, vous pouvez lire ma série d’articles à ce sujet.

Le viol comme punition

punition

Le viol… un acte de punition et de vengeance ?

Le viol ne serait pas qu’une violence masculine : ce serait aussi un puissant moyen pour maintenir les femmes dans une positionsubordonnée, en les punissant. Ainsi, Susan Brownmiller considère que le viol « n’est rien de moins qu’un processus d’intimidation, conscient ou inconsciemment, par lequel tous les hommes maintiennent toutes les femmes dans la peur»13. Il a été montré dans une étude de 1981 que la peur du viol, – particulièrement présente chez les femmes pauvres, âgées, ou appartenant à des minorités ethniques – est corrélée à des comportements d’auto-restriction (notamment celui d’éviter de sortir seule)14,15. Par ailleurs, une femme agressée ou violée après avoir osé sortir seule, entendra des reproches du type « Une femme ne doit pas sortir seule la nuit », puisque ce type d’idée reçu -  les mythes sur le viol – sont extrêmement répandues11,12. Ainsi, le viol servirait de punition pour celles qui auraient bravé l’interdit, celui d’utiliser librement l’espace public.

Par ailleurs, plusieurs études, portant sur les raisons pour lesquelles les hommes violent, corrobore l’idée que le viol sert parfois de punition. Dans une étude de 198516, les auteurs ont demandé à 114 violeurs condamnés de décrire les « bénéfices » que le viol leur avait apportés. Un certain nombre de violeurs considéraient que leur comportement était un acte légitime de vengeance ou de punition, perpétué à l’encontre de personnes qui avaient commis une faute. Darke note en 1990 que les violeurs utilisent des phrases révélant une volonté d’humilier, de dominer et, dans certains cas, de punir : « Je voulais la rabaisser et la remettre à sa place, car elle m’avait défié »17. Dans une étude de 200718,  on a demandé à 35 violeurs de femmes adultes d’expliquer leur acte : l’explication la plus fréquente (1/4 des violeurs) a été qu’ils s’étaient sentis lésés et avaient voulu prendre leur revanche.

Enfin, une étude de 200519 a cherché à étudier les motivations des meurtriers sexuels en en interviewant 28. Les auteurs ont pu voir émerger trois grandes motivations, dont à nouveau le désir de se venger.

Inégalités et système d’oppression

Dans la plupart des cultures enclines au viol,  les relations sociales sont marquées par la violence interpersonnelle, conjuguée avec une idéologie de la domination masculine20. En effet, la dynamique du viol n’est pas seulement la conséquence de certaines dispositions psychologiques des agresseurs : le différentiel de pouvoir entre groupes d’individus détermine qui viole et qui est violé⋅e2. Ainsi, en France, plus de 90% des victimes de viols sont des femmes et environ 96% des agresseurs, des hommes selon une enquête du Collectif Féministe contre le Viol21.  Outre la domination masculine, d’autres types d’oppression peuvent entrer en compte, comme ceux basés sur la race, la classe sociale ou encore l’orientation sexuelle. Le viol apparait être ainsi la  conséquence d’un emboîtement de systèmes oppressifs2.

Femmes handicapée

Les femmes handicapées ont trois fois plus de risques d’être violées que les femmes valides.

Les personnes qui ont le moins de pouvoir dans la société seront les plus pauvres ou encore celles qui seront les moins crues dans un tribunal. Elles ont donc moins la possibilité de se défendre. Par exemple, les migrantes en situation irrégulières sont particulièrement vulnérables : non seulement, elles sont dans une situation économiques particulièrement précaires, mais en plus, elles risquent d’être expulsées2. Aux Etats-Unis, les femmes afro-américaines sont plus blâmées quand elles ont été victimes de viol que les femmes blanches22. Pour ces femmes, le viol survient par ailleurs dans un contexte historique bien particulier, puisqu’à l’époque de l’esclavage, les maîtres blancs avaient parfaitement le droit de violer leurs femmes esclaves23.  Enfin, d’autres exemples montrent que le viol dépend de différentiels de pouvoir : les femmes handicapées ont trois fois de risques d’être violées que les femmes valides2 et les femmes très pauvres, quatre fois plus de risques que les autres femmes 23

Valorisation d’une sexualité violente

En lisant, dans mon premier article sur les cultures du viol, que les Gusii, une société kenyane dans laquelle on considère que durant les rapports sexuels hétérosexuels, l’homme doit braver la résistance de la femme, et doit lui faire mal (si bien qu’un jeune époux est félicité si sa femme ne peut plus marcher le lendemain de la nuit de noce), vous avez peut-être été très choqué⋅e, ou encore cela vous a fait ricaner tellement cela vous a semblé grossier. Pourtant, peut-on dire qu’il en va tellement différemment en Occident ?

En français, le mot « séduction » est associé à deux champs lexicaux bien particuliers, la chasse et surtout, la guerre24. On dira ainsi qu’un homme fait la chasse à une femme, qu’il l’épie, la poursuit de ses ardeurs. On dira aussi d’un séducteur qu’il a eu de nombreuses conquêtes féminines, qu’il use de tactique, de stratégie ou encore des armes de la séduction. On parle de victoire amoureuse ou de triomphe. Du côté des femmes, on dit plus volontiers qu’elles résistent aux assauts des hommes, ou alors qu’elles constituent des trophées pour ceux-ci, une fois séduites. La littérature regorge de cette métaphore séduction-guerre, ou plus rarement séduction-chasse. Par exemple, le vicomte de Valmont écrit à la Marquise de Merteuil dans Les Liaisons dangereuses (1782) de Pierre Choderlos de Laclos :

j’ai risqué de perdre, par un triomphe prématuré, le charme des longs combats & les détails d’une pénible défaite ; si, séduit par un désir de jeune homme, j’ai pensé exposer le vainqueur de Mme de Tourvel à ne recueillir, pour fruit de ses travaux, que l’insipide avantage d’avoir eu une femme de plus ! Ah ! qu’elle se rende, mais qu’elle combatte ; que, sans avoir la force de vaincre, elle ait celle de résister ; qu’elle savoure à loisir le sentiment de sa faiblesse, & soit contrainte d’avouer sa défaite. Laissons le braconnier obscur tuer à l’affût le cerf qu’il a surpris ; le vrai chasseur doit le forcer.

Dom Juan

Dom Juan

Et dans Dom Juan (1665) de Molière, le personnage éponyme s’exclame :

On goûte une douceur extrême à réduire, par cent hommages, le cœur d’une jeune beauté, à voir de jour en jour les petits progrès qu’on y fait, à combattre par des transports, par des larmes et des soupirs, l’innocente pudeur d’une âme qui a peine à rendre les armes, à forcer pied à pied toutes les petites résistances qu’elle nous oppose, à vaincre les scrupules dont elle se fait un honneur et la mener doucement où nous avons envie de la faire venir. Mais lorsqu’on en est maître une fois, il n’y a plus rien à dire ni rien à souhaiter; tout le beau de la passion est fini, et nous nous endormons dans la tranquillité d’un tel amour, si quelque objet nouveau ne vient réveiller nos désirs, et présenter à notre cœur les charmes attrayants d’une conquête à faire. Enfin il n’est rien de si doux que de triompher de la résistance d’une belle personne, et j’ai sur ce sujet l’ambition des conquérants, qui volent perpétuellement de victoire en victoire, et ne peuvent se résoudre à borner leurs souhaits. Il n’est rien qui puisse arrêter l’impétuosité de mes désirs: je me sens un cœur à aimer toute la terre; et comme Alexandre, je souhaiterais qu’il y eût d’autres mondes, pour y pouvoir étendre mes conquêtes amoureuses.

Ainsi, la séduction hétérosexuelle apparait déjà comme un rapport de domination, du séducteur (l’homme en général) sur la personne séduite (généralement, la femme). Mais cela est encore plus visible et marquant si on s’intéresse à la façon dont sont décrits les rapports sexuels.

La relation hétérosexuelle n’est souvent perçue que sous le prisme de la pénétration, vaginale ou anale25. L’homme est généralement considéré comme le pénétrant, la femme comme la pénétrée. Or cette pénétration de la femme par l’homme est souvent décrite comme s’il s’agissait d’une agression de ce dernier sur la première. Les métaphores de la conquête, de la possession, de l’effraction voire de la destruction reviennent régulièrement26,27. On dira qu’un homme possède une femme, qu’il la prend, la besogne, la matraque, la pilonne, ou encore lui défonce/déchire/détruit tel orifice. Les femmes sont quasiment tout le temps objets dans ces phrases, et les hommes sujets. Les termes argotiques baiser, niquer ou enculer signifient également « tromper » ou « duper »26,27. Ces termes violents reviennent souvent dans les descriptions de vidéos pornographiques. Dans notre culture, plus l’acte sexuel est apparemment violent, plus la « baise » est considérée comme « bonne » : dans les vidéos pornographique, plus les va-et-vient se font fortement et rapidement, plus la femme pousse des gémissements de plaisir.

« Faire mal » = « Bien baiser » ?

Par ailleurs l’un des principaux ressorts dans la pornographie consiste pour les hommes à obtenir l’aveu de plaisir par les femmes, après qu’elles ont montré quelque résistance26. Les phrases du type « avoue que tu aimes ça » « avoue que tu es une salope »  résument en grande partie ce script, comme si le refus initial des femmes servait de masque à leur véritable désir, qui est celui d’être mise au service sexuel des hommes, et qu’elles ne peuvent pas assumer ouvertement. On dit d’ailleurs souvent des femmes qu’elles s’abandonnent aux assauts de son partenaire. Ainsi, non seulement dans notre culture, l’acte sexuel est souvent associé à l’agression ou la destruction des femmes par les hommes, mais en plus, y est répandue l’idée selon laquelle les femmes désirent au fond être agressées/humiliées/détruites26.

Il y a un peu moins d’un an, un site de « conseils en séduction » indiquait dans un article adressé aux hommes et intitulé Comment bien baiser (je vous laisse chercher sur Google), que pour « faire gémir » sa partenaire, il fallait la dominer et « imposer sa puissance ». On retrouvait l’idée que ce n’était qu’en procédant ainsi, que la partenaire « baisée comme une fille de joie », osera se « laisser aller à des fantasmes souvent inexprimés » et que de nombreuses « femmes rêvent de se faire démonter par un inconnu au chibre géant ». Par ailleurs, l’une des suggestions données dans l’article est : « Ne lui demandez pas si vous pouvez la pénétrer comme un animal sauvage, faites-le ! »

Ces scripts valorisant une sexualité violente et conquérante, et que l’on retrouve dans la pornographie ou ailleurs, sont les reflets d’anciens scénarios culturels27. Certaines féministes, comme Sheila Jeffreys parle d’«érotisation de la domination» pour caractériser ces scripts26.

vogue

Sensualité ou brutalité ?

Conclusion

Comme nous l’avons vu, les cultures occidentales semblent regrouper de nombreuses caractéristiques des sociétés enclines au viol. Le viol y est en effet fréquent et semble parfois servir au groupe dominant – les hommes en l’occurrence – à punir les membres du groupe dominé, les femmes. Par ailleurs, les rapports hétérosexuels, même consentis, semblent très souvent associés à la violence.

Ajout (02/03/2013)

Je suis tombée ce matin sur cette peinture murale de l’artiste street-art américain Sever MSK. Juste un exemple supplémentaire pour démontrer comment la sexualité – et en particulier la pénétration- est assimilée à la domination, voire à la destruction dans l’esprit de beaucoup de personnes.

Une peinture murale de l'artiste street-art américain Sever MSK

Une peinture murale de l’artiste street-art américain Sever MSK.

Image trouvée ici.

—————————————————————————————————————————-

Références

1. Rozée PD. Forbidden or Forgiven? Psychology of Women Quarterly. 1993;17(4):499–514.

2. Holzman CG. Multicultural perspectives on counseling survivors of rape. J Soc Distress Homeless. 1994;3(1):81‑97.

3. Jaspard M. Nommer et compter les violences envers les femmes : une première enquête nationale en France. Population et Sociétés. 2001. Available at: http://www.ined.fr/fr/publications/pop_soc/bdd/publication/138/. Consulté le décembre 3, 2011.

4. Tournyol du Clos L, Le Jeannic T. Les violences faites aux femmes. Insee Première. 2008;(1180). Available at: http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?reg_id=0&ref_id=ip1180.

5. Bauer A, Soullez C. Rapport 2012 de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales. 2012. Available at: http://www.inhesj.fr/sites/default/files/files/Synthese_Rapport_ONDRP_2012.pdf.

6. Bajos N, Bozon M. Les violences sexuelles en France : quand la parole se libère. Population et Sociétés. 2008;(445). Available at: http://www.ined.fr/fichier/t_publication/1359/publi_pdf1_pop_soc445.pdf.

7. U.S. Department of Justice. National Crime Victimization Survey. 2006-2010.

8. Fisher BS, Cullen FT, Turner MG. The sexual victimization of college women. 2000.

9. Tjaden P, Thoennes N. Prevalence and Consequences of Male-to-female and Female-to-male Intimate Partner Violence as Measured by the National Violence Against Women Survey. Violence Against Women. 2000;6:142‑161.

10. Sloane C. Talk About It. National Union of Students; 2011. Available at: http://www.whiteribbon.org.au/uploads/media/talk-about-it-survey-results-and-recommendations.pdf.

11. Lonsway KA, Fitzgerald LF. Rape Myths. In Review. Psychology of Women Quarterly. 1994;18:133‑164.

12. Buddie AM, Miller AG. Beyond rape myths: A more complex view of perceptions of rape victims. Sex roles. 2001;45(3-4):139‑160.

13. Brownmiller S. Against Our Will: Men, Women, and Rape. 1975.

14. Buss DM, Malamuth NM. Sex, power, conflict: evolutionary and feminist perspectives. Oxford University Press; 1996.

15. Riger S, Gordon MT. The Fear of Rape: A Study in Social Control. Journal of Social Issues. 1981;37(4):71‑92.

16. Scully D, Marolla J. « Riding the Bull at Gilley’s »: Convicted Rapists Describe the Rewards of Rape. Social Problems. 1985;32(3):251‑263.

17. Darke JL. Factors Influencing Sexual Assault: Sexual Aggression: Achieving Power Through  Humiliation. In: Handbook of Sexual Assault. Plenum Press. New York: Marshall, W. L., Laws, D. R. and Barbaree, H. E; 1990.

18. Mann RE, Hollin CR. Sexual offenders’ explanations for their offending. Journal of Sexual Aggression. 2007;13(1):3‑9.

19. Beech A, Fisher D, Ward T. Sexual Murderers’ Implicit Theories. J Interpers Violence. 2005;20(11):1366‑1389.

20. Sanday PR. Rape-free versus rape-prone: How culture makes a difference. In: Evolution, gender, and rape.; 2003.

21. Bulletin 2006. Collectif Féministe Contre le Viol; 2006.

22. Donovan R, Williams M. Living at the Intersection. Women & Therapy. 2002;25(3-4):95‑105.

23. Holzman CG. Counseling Adult Women Rape Survivors: Women & Therapy. 1996;19(2):47‑62.

24. Gauthier C, Jeffrey D. Enseigner et séduire. Presses Université Laval; 1999.

25. Lhomond B. Qu’est ce qu’un rapport sexuel ? Remarques à propos des enquêtes sur les comportements sexuels. mots. 1996;49(1):106‑115.

26. Ferrand A. La « libération sexuelle » est une guerre économique d’occupation. Genre, sexualité & société. 2010;(3). Available at: http://gss.revues.org/index1402.html. Consulté le février 16, 2013.

27. Bozon M. Les significations sociales des actes sexuels. arss. 1999;128(1):3‑23.

Les femmes de droite, par Andrea Dworkin

Les femmes de droite, par Andrea Dworkin

les femmes de droite

Les femmes de droite est un ouvrage écrit par Andrea Dworkin, féministe radicale, en 1983.  Cette dernière nous propose une

andrea dworkin

Andrea Dworkin

explication à l’allégeance de certaines femmes  à la droite  américaine dure. Comment expliquer que ces femmes adhèrent à des idées opposées à leurs intérêts ? Comment des femmes peuvent-elles être anti-avortement, anti-contraception ou encore rêver d’être femmes au foyer ? Andrea Dworkin nous donne une réponse convaincante dans cette œuvre.

Ce livre a été traduit en français par  Martin Dufresne et Michele Briand. Il est préfacé par Christine Delphy. Martin Dufresne m’a très gentiment envoyé le manuscrit quasi-finalisé. Je vous propose un compte-rendu de ma lecture fort passionnante.

Le livre arrivera en France au mois de mars. Il sera diffusé par la Librairie du Québec, à Paris, à qui les libraires et les individus pourront le commander directement.
Leurs coordonnées sont : 30 Rue Gay-Lussac 75005 Paris, France +33 1 43 54 49 02

Chapitre 1 : la promesse de l’extrême droite

Les femmes vivent dans un milieu dangereux (viol, violence conjugale, etc.) et cherchent avant tout à survivre. Elles obéissent donc aux règles des hommes et pensent qu’elles seront ainsi protégées contre la violence masculine. La droite propose aux femmes une certaine sécurité si elles acceptent d’obéir aux règles. Cela explique pourquoi elles ont tendance à être conservatrices.
Dworkin estime que c’est un suicide.

De la maison du père à la maison du mari et jusqu’à la tombe qui risque encore de ne pas être la sienne, une femme acquiesce à l’autorité masculine, dans l’espoir d’une certaine protection contre la violence masculine. Elle se conforme, pour se mettre à l’abri dans la mesure du possible. C’est parfois une conformité léthargique, en quel cas les exigences masculines la circonviennent progressivement, comme une enterrée vive dans un conte d’Edgar Allan Poe. Et c’est parfois une conformité militante. Elle sauvera sa peau en se démontrant loyale, obéissante, utile et même fanatique au service des hommes qui l’entourent. [...]. Quelles que soient les valeurs ambiantes, elle les incarnera avec une fidélité sans faille.
Les hommes respectent rarement leur part du marché tel qu’elle l’entend : la protéger contre la violence masculine.

Chapitre 2 : la politique de l’intelligence

L’intelligence est refusée aux femmes. L’intelligence est une forme d’énergie qui modifie le monde, et qui a besoin de le connaître pour se développer : le récurage des WC ne permet pas le développement de son intelligence. Deux tiers des analphabètes sont des femmes. L’intelligence qui influence le monde – l’intelligence créatrice-, constitue l’inverse de la féminité. Même chez les femmes des classes supérieures, instruites, l’intelligence sert avant tout à décorer.
Cela ne signifie pas que les femmes ne sont pas intelligentes, mais que l’on nie leur intelligence, et que celle-ci doit rester confinée à une fonction décorative, au lieu de servir à modifier le monde.

Dworkin parle également d’une intelligence sexuelle, consistant à réussir à respecter son intégrité, à pouvoir posséder son propre corps et à n’avoir des rapports que s’ils sont désirés. L’intelligence sexuelle ne se mesure pas en nombre d’orgasmes ou de partenaires, ou d’enfants portés. Ce n’est pas montrer des fesses, mais poser des questions et proposer des théories.

Par ailleurs, les femmes sont sous-payées, et dépendent donc économiquement des hommes. Elles doivent donc exercer un labeur sexuel pour de l’argent, que ce soit dans la prostitution ou le mariage.

Les femmes de droite se disent qu’il veut mieux être une épouse qu’une prostituée : on appartient à un seul hommes. De plus, elles se disent que celles qui ont un emploi sont dupées : en plus d’un travail sous-payé, elles doivent au final quand même exercer le labeur sexuel.

Les femmes de droite ont examiné le monde ; elles trouvent que c’est un endroit dangereux. Elles voient que le travail les expose à davantage de danger de la part de plus d’hommes ; il accroît le risque d’exploitation sexuelle.[...] Elles voient que le mariage traditionnel signifie se vendre à un homme, plutôt qu’à des centaines : c’est le marché le plus avantageux. [...]. Elles savent également que la gauche n’a rien de mieux à offrir : les hommes de gauche veulent eux aussi des épouses et des putains ; les hommes de gauche estiment trop les putains et pas assez les épouses. Les femmes de droite n’ont pas tort. Elles craignent que la gauche, qui élève le sexe impersonnel et la promiscuité au rang de valeurs, les rendra plus vulnérables à l’agression sexuelle masculine, et qu’elles seront méprisées de ne pas aimer ça. Elles n’ont pas tort. Les femmes de droite voient que, dans le système où elles vivent, si elles ne peuvent s’approprier leur corps, elles peu-vent consentir à devenir une propriété masculine privatisée : s’en tenir à un contre un, en quelque sorte.

Chapitre 3 : l’avortement

foetus

Les hommes s’identifient au fœtus, selon Dworkin

Les femmes qui ont avorté à l’époque où c’était encore un crime, étaient très souvent mariées et bonnes mères de famille ; elles ont gardé le silence pour éviter le honte. On leur a appris que toute vie a plus de valeur que la leur. Les hommes refusent l’avortement car ils s’identifient au fœtus. Ils pensent que ce fœtus, ça aurait pu être eux.
La loi, par le mariage, remet une femme à un homme pour qu’il puisse la baiser à volonté (à l’époque où Dworkin écrit son livre, le viol conjugal est encore très souvent non condamné par la loi aux USA, et même quand il l’est, il est en réalité très peu puni). La grossesse est une conséquence de ce coït. Les femmes ne contrôlent pas la venue de la grossesse, car elle ne contrôle pas quand a lieu le coït.

Les femmes sont tenues de se soumettre au coït, et elles peuvent ensuite être tenues de se soumettre à la grossesse.Les femmes sont tenues de se soumettre à l’homme, et elles peuvent ensuite être tenues de se soumettre au fœtus.

Le sexe forcé maintient le coït comme élément central dans la sexualité. Dworkin note que la force masculine est considérée comme "sexy" et sert de mesure au désir masculin. Plus il y a de force dans l’acte sexuel, plus celui-ci semble sexuel.
Sans la force, les hommes ne pourraient amener les femmes à la "baise". Elle énumère plusieurs types de forces :

Le premier type de force est la violence physique : omniprésente dans le viol, la violence conjugale, l’agression.
Le deuxième type de force est la différence de pouvoir entre les hommes et les femmes, qui fait d’emblée de tout acte sexuel un acte de force – par exemple, l’agression sexuelle des filles dans la famille.
Le troisième type de force est économique : le fait de maintenir les femmes dans la pauvreté pour les garder sexuellement accessibles et sexuellement soumises.
Le quatrième type de force est culturel, sur une grande échelle : une propagande misogyne qui transforme les femmes en cibles sexuelles légitimes et désirables

Elle précise que les femmes sont exploitées en tant que classe de sexe, et que donc on ne peut se référer à leur sexualité sans tenir compte du contexte de sexe forcé. Chaque femme vit dans ce régime de sexe forcé. Il y a des croyances comme quoi les hommes utilisent la force car ils sont hommes, et que les femmes aiment la force.

Or le coït transgresse les limites du corps. Ni la procréation ni le plaisir n’exige d’en faire l’acte sexuel central. Mais le coït est le symbole de la condition subordonnée des femmes et c’est pour cette raison qu’il est si répandu.

Ensuite, Dworkin évoque le mouvement hippie des années 1960. Les hommes avaient les cheveux longs et des chemises colorés. Ils ressemblaient à des filles, et les filles ont donc cru qu’ils pouvaient être des alliés, car ils n’avaient pas peur d’être considérés comme efféminés. Ils leur ont promis pleins de choses, notamment l’égalité hommes-femmes.
En réalité, ils ont surtout mis en place des harems : les femmes ont été échangées, jetées, partagées. Si elles refusaient, elles étaient considérées comme coincées.

Les filles des années soixante vivaient ce que les marxistes appellent – mais ne reconnaissent pas dans ce cas-ci – une « contradiction ». C’est précisément en tentant d’éroder les frontières du genre par une pratique apparemment neutre de libération sexuelle que les filles investirent de plus en plus l’acte le plus réificateur du genre : la baise.
[...]
En termes empiriques, la libération sexuelle fut pratiquée à une vaste échelle par les femmes durant les années soixante, et elle échoua : c’est-à-dire qu’elle ne les libéra pas. Son but –découvrit-on – était de libérer les hommes afin qu’ils puissent utiliser les femmes hors des contraintes bourgeoises, et en cela elle a réussi. Une de ses conséquences pour les femmes fut d’intensifier l’expérience d’être sexuellement typées comme femmes – précisément le contraire de ce que ces filles idéalistes avaient envisagé comme avenir.

La grossesse était un frein à la baise pour ces hommes de gauche. Une femme enceinte pouvait plus facilement la refuser. Par

Hippies

La libération sexuelle des hommes de gauche… un prétexte aux violences sexuelles ?

ailleurs une femme avec un enfant, ça réduit aussi la baise : elle doit s’en occuper et ne peut pas être toujours disponible. Donc les hommes de gauche s’investirent dans la lutte pour l’IVG et la contraception.

Entre temps, les femmes de gauche se rendirent compte qu’elles avaient été baisées. Elle quittèrent les mouvements des hommes, la contre-culture et firent un mouvement bien à elles : le mouvement féministe.
Elles se rendirent compte qu’elles avaient vécu de nombreuses violences sexuelles sous prétexte de "libération sexuelle". Elle considérèrent donc que la liberté sexuelle pour une femme passe d’abord par la maîtrise de son corps dans le champs de la sexualité et de la reproduction.

Les hommes de gauche n’apprécièrent pas cela :

mais pour les hommes, [le féminisme] fut une impasse – la plupart d’entre eux ne virent jamais le féminisme autrement que sous l’angle de leur privation sexuelle ; les féministes leur enlevaient la baise facile.

Soudain, les hommes de gauche délaissèrent le combat de l’IVG : si c’était pour baiser, ils étaient d’accord, mais ils s’y opposèrent si le but était que les femmes contrôlent leur fertilité. Ils laissent ce combat de côté en espérant que le droit à l’IVG soit banni. Ainsi, les femmes reviendront à eux, bien à leur place, les jambes écartées, pour les supplier de faire quelque chose. Ainsi, les femmes auront l’IVG, mais aux conditions des hommes.

Les femmes de droite pensent que l’avortement est lié à l’avilissement sexuel des femmes. Elles croient que l’explosion de la pornographie est une conséquence de la légalisation de l’IVG. Elles savent que le contrôle de son corps est juste un prétexte pour l’IVG : ce que veulent vraiment les hommes, c’est de la baise.
Elles savent que la droite et la gauche réduisent les femmes à la baise. Mais elle trouve que la droite est un peu plus généreuse : on ne se fait baisée que par un homme dans le cadre du mariage. Un homme a moins de "force" que dix.

Elle savent que la grossesse permet de responsabiliser un peu les hommes sur les conséquences du coït. Par ailleurs, la grossesse est aussi une bonne excuse pour refuser le coït.

Si elles doivent avorter, elles avorteront illégalement, dans le silence, en priant et en espérant échapper à la mort. S’opposer à l’avortement est une folie, selon Dworkin. Car légaliser l’avortement est le seul moyen d’éviter la boucherie.

Chapitre 4 : Juifs et homosexuels

La droite chrétienne étatsunienne est très hostile aux homosexuels et aux juifs.

Dworkin évoque le racisme et précise que les hommes du groupe racial méprisé sont sujets à deux stéréotypes sexuels. Ils sont décrits :

  • soit comme des violeurs, à la virilité intense et au membre énorme.
  • soit comme des castrés, des efféminés, ou des homosexuels.

La droite joue de ces stéréotypes pour justifier et maquiller l’exercice du pouvoir contre les êtres humains des catégories dominées.

Exemples :

  • les hommes allemands ont été dévirilisés par l’issue de la 1ère guerre mondiale. Ils ont alors avili un groupe d’hommes perçus comme plus masculins (les juifs), comme pour retrouver une virilité perdue..
  • Aux USA, les hommes noirs ont été perçus comme des violeurs seulement après l’ère esclavagiste. Avant, ils étaient considérés comme efféminés, semblables à des bêtes de somme, propriétés de leur maître. Après l’abolition de l’esclavage, les hommes blancs se sont sentis castrés. Ils créèrent alors l’image du violeur comme image-mirroir de ce qu’ils avaient perdu : le droit au viol systématique des femmes de l’autre race.

L’Ancien Testament est beaucoup moins hostile aux homosexuels que le Nouveau Testament. Les règles du Lévitique avaient pour objectif d’assurer la domination masculine, et donc d’éviter les conflits entre hommes, que peut générer l’homosexualité masculine. Il était en fait considéré comme répugnant d’utiliser les hommes comme des femmes, comme des objets sexuels bons à être baiser, car cela risquait de fragiliser le patriarcat. Dworkin évoque à ce sujet la légende de Lot, qui montre le viol des femmes comme acceptable, alors que celui d’un homme est odieux.

lot sodome

Un soir, deux anges sont accueillis par Lot dans sa maison à Sodome. Le peuple de Sodome frappe à la porte pour violer les nouveaux venus. Sur le seuil, Lot les supplie de ne pas manquer à l’hospitalité, et leur propose ses deux filles vierges à la place.

C’est Saint Paul qui a introduit la haine des homosexuels, une haine que continue à ressentir la droite fondamentaliste américaine. Saint Paul a par ailleurs associé homosexualité et judaïsme. Pour les juifs, l’image de la faiblesse associée à l’homosexualité est toujours une menace, dans un monde qui les a presque exterminés. Ceci explique pourquoi Israël est un état militariste : on ne pourra plus accuser les juifs d’être des mous.

Dworkin explique alors pourquoi les femmes de droite rejettent tellement l’homosexualité. Les femmes sont jetables et interchangeables en tant qu’objets sexuels ; elles le sont un peu moins en tant que mères. Elles savent que les hommes n’ont qu’une raison de garder les femmes en vie : elles peuvent porter les enfant.

Seul le fait d’avoir des enfants modère l’utilisation sexuelle que les hommes font des femmes : les user jusqu’à la corde et les jeter, les baiser à mort, les tuer à petit feu. Si l’on n’a pas besoin de femmes pour gouverner le pays ou écrire les livres ou faire de la musique ou cultiver la terre ou bâtir des ponts ou extraire le charbon ou réparer la plomberie ou guérir les malades ou jouer au basketball, pour quoi a-t-on besoin d’elles ? Si l’absence des femmes de tous ces domaines, de tous les domaines, n’est pas perçue comme une perte, un vide, un appauvrissement, à quoi servent les femmes ?

Les femmes de droite ont affronté la réponse. Les femmes servent à la baise et à faire des enfants. La baise mène à la mort, à moins d’avoir aussi des enfants. L’homosexualité – sa visibilité grandissante, les tentatives de la légitimer ou de la protéger, l’impression qu’il y a là une option attrayante et dynamique, qui gagne non seulement des appuis mais des adeptes – a pour effet de rendre les femmes jetables : la seule chose que peut faire une femme pour être valorisée perdra sa valeur, elle ne pourra plus servir d’assise à la valeur des femmes.

C’est aussi vrai pour l’homosexualité masculine que pour le lesbianisme en ce que l’un et l’autre nient la valeur reproductive des femmes aux yeux des hommes ; mais l’homosexualité masculine est d’autant plus terrifiante qu’elle laisse entrevoir un monde sans femmes – un monde où elles sont vouées à l’extinction

Dworkin dit que les femmes de droite se rendent compte que l’humanité des femmes n’est réduite qu’à leur rôle maternel. Or l’homosexualité les menace d’être privée même de cela. Certaines femmes ont mis au monde des enfants car c’était pour elles la seule façon d’avoir un peu une vie de valeur. Elles n’ont compté que là-dessus, et ne veulent pas perdre cela.

Cependant, l’homophobie est un suicide pour les femmes, car elle encourage la haine de tout ce qui est perçu comme féminin.

Chapitre 5 : le gynocide annoncé

Lorsque les enfants cessent d’être entièrement désirables, les femmes cessent d’être entièrement nécessaires.

C’est sur cette phrase, énoncé par un journaliste du début du XXième siècle et qui avait déjà attiré l’intention de Virigina Woolf, que Dworkin va bâtir son argumentaire.

La valeur des femmes ne réside que dans leur valeur reproductive. Si leurs enfants sont indésirables, les femmes sont considérées comme inutiles ; si leurs enfants sont désirables, les femmes ont alors plus de valeurs. Ainsi :

  • les femmes pauvres et non blanches, dont les enfants sont indésirables, sont stérilisées ou soumises à des programmes de contrôle des naissances.
  • les femmes blanches sont poussées à se reproduire (médailles, etc.)

C’est les deux faces de la même médaille.

Le statut social des personnes âgées s’est fortement dégradé au cours du XXième siècle. Personne ne fait le lien avec le fait qu’avant les vieux étaient surtout des hommes, alors que maintenant les vieux sont surtout des vieilles. Les femmes âgées n’ont aucune valeur, car incapables de se reproduire. Ces dernières – majoritairement blanches, car les noires meurent avant – sont reléguées dans des hospices, une fois devenues inutiles. Là elles connaissent la crasse, l’avilissement et le sadisme. Les jeunes femmes blanches sont empêchées de savoir ce qui les attend, du fait justement que ces personnes âgées soient tenues à l’écart.

médicaments

Les femmes sont droguées collectivement.

Dworkin évoque ensuite la surmédicamentation des femmes (tranquillisant, somnifères, amphétamine…). Les femmes sont perçues comme irrationnelles et émotives. Si elles vont mal, ce n’est pas à cause des conditions objectives de leur existence, mais parce que ce sont des femmes. Les médicaments permettent de les maintenir dans leur rôle social, dans la passivité et le silence. Ce dopage massif montre aussi le peu d’importance qu’on accorde à l’intelligence et à la personnalité des femmes.

Passons aux programmes d’aide sociale. Dworkin évoque la règle de la "mère apte au travail" : on impose un travail aux femmes assistées, si on considère qu’il s’agit pour elles d’un "travail convenable". Si ces femmes refusent ce "travail convenable", elles sont exclues du régime d’aide sociale. Souvent ces femmes sont incitées à se prostituer. Au Nevada, où la prostitution est légale, la prostitution a déjà été proposée comme "travail convenable".
Les assistées sociales n’ont pas droit à une vie sexuelle privée, car l’Etat fouille dedans pour savoir avec qui elles couchent. Il est donc logique de les orienter vers la prostitution.
Au final, la mission de l’aide sociale est de punir les femmes d’avoir eu des rapports sexuels et des enfants hors mariage. La souffrance des assistées sociales n’est que ce qu’elles méritent. L’aide sociale a au final deux grands rôles :

  • elle crée et maintient un bassin de main d’œuvre disponible à faible prix.
  • elle incite aussi les femmes pauvres à ne pas avoir d’enfants.
    En bref elle permet un contrôle des femmes et endigue la reproduction des superflues (femmes noires et hispaniques)

La question que pose ensuite Dowrkin est : qu’arrivera-t-il aux femmes quand les hommes pourront contrôler la reproduction, non seulement socialement, mais aussi biologiquement ? Qu’arrivera t-il aux femmes qui ne sont plus vraiment nécessaires, soit parce qu’elles ne peuvent plus se reproduire (femmes âgées), soit parce que leurs enfants sont indésirables (pauvres et minorités ethniques) ?

Dworkin dit ensuite qu’il existe deux modèles qui décrivent la façon dont les femmes sont socialement contrôlées et sexuellement utilisées : le modèle du bordel et le modèle de la ferme.

Le modèle du bordel est lié à la prostitution, au sens strict ; des femmes rassemblées aux fins d’être utilisées pour le sexe par des hommes ; des femmes dont la fonction est explicitement non reproductive, presque antireproductive ; des animaux sexuels en rut ou qui feignent de l’être, s’affichant pour le sexe, qui se pavanent et posent pour le sexe.

Le modèle de la ferme est lié à la maternité, aux femmes en tant que classe ensemencées par le mâle et moissonnées ; des femmes utilisées pour les fruits qu’elles portent, comme des arbres ; des femmes allant de la vache primée à la chienne pelée, de la jument pur-sang à la triste bête de somme.

Ces deux pôles semblent opposés, mais ils ne le sont qu’en apparence. Une femme peut connaître dans sa vie ces deux conditions.
Le modèle du bordel est accepté seulement parce qu’il s’agit de femmes. Il s’agit d’une sorte de prison où les femmes sont exhibées comme des animaux sexuels dans un enclos. C’est un endroit où les hommes aiment avoir des femmes à disposition, parquées, parmi lesquelles ils peuvent avoir du choix. La prostitution du rue suit aussi ce modèle.
Dworkin dit que la prostitution n’est pas un choix : c’est l’Etat qui crée les conditions qui font que les femmes tombent dans la prostitution. En général, personne ne s’intéresse à la volonté des femmes, sauf dans ces débat, où l’on met en avant le prétendu choix des femmes à se prostituer. Il en va de même pour les débats sur la maternité de substitution.
Alors que, traditionnellement, la reproduction entre dans le cadre du modèle de la ferme, la maternité par substitution la placerait dans le modèle du bordel.

Le prohibitionnisme de la prostitution n’est pas compatible avec la vision féministe. Les prohibitionnistes considèrent que les prostituées sont responsables de leur situation ; les féministes pensent que c’est l’Etat qui crée la conjecture sociale et économique dans laquelle la vente de sa sexualité et de sa capacité reproductive devienne l’un des rares moyens de subsidence pour les femmes.

mere-porteuse

La GPA va t-elle permettre de placer la reproduction dans le modèle du bordel ?

Dworkin fait ensuite une comparaison entre le modèle de la ferme et le modèle du bordel.
Selon elle, le modèle de la ferme, qui sert au sexe et à la reproduction, est peu efficace. Il implique une relation particulière entre le fermier et sa terre. Le fermier peut ressentir certains sentiments, une certaine tendresse et compassion pour sa terre, même s’il l’exploite. De plus, il y a une certaine valorisation de la maternité.
A l’inverse, le modèle du bordel, qui sert seulement au sexe, est très efficace. Le joug est trop lourd. Les femmes n’arrivent pas à se rebeller collectivement.
Le modèle de la ferme a connu quelques rebellions. Le fait qu’il y ait eu les luttes féministes, formées par des femmes issues de ce modèle, démontrent son inefficacité.

Dworkin pense que les technologies reproductives vont permettre l’application du modèle du bordel à la reproduction. La reproduction va devenir une marchandise comme l’est déjà le sexe.

Ces nouveaux moyens permettront – enfin – aux hommes de vraiment posséder des femmes pour le sexe et des femmes pour la reproduction, toutes contrôlées avec la même précision sadique par des hommes.
Et se produira un nouveau genre d’Holocauste, aussi inimaginable aujourd’hui que ne l’était la version nazie avant son avènement ; une chose dont personne ne croit « l’humanité » capable. La technologie reproductive déjà ou bientôt disponible, liée à des programmes racistes de stérilisation imposée, offrira enfin aux hommes les moyens de créer et de contrôler le genre de femmes qu’ils veulent : le genre de femmes qu’ils ont toujours voulu. Pour paraphraser la Ninotchka d’Ernst Lubitsch justifiant les purges de Staline, il y aura moins de femmes, mais des femmes meilleures. Il y aura des domestiques, des prostituées sexuelles et des prostituées reproductives.

Les femmes ne veulent pas mourir et qu’elles ont trouvé deux solutions très différentes pour survivre dans ce monde d’hommes :

  • la solution des femmes de droite est de se plier aux impératifs sexuels et reproductifs des hommes, afin d’obtenir des miettes de dignité.
  • l’autre solution, celle des féministes, est de voir en chaque femme un être humain.

Avec le développement des technologies de reproduction, il sera de plus en plus dur pour les femmes de s’affirmer en tant que personnes de valeur. De plus en plus de femmes croiront être protégées par les valeurs religieuses qui vénèrent la maternité. Les femmes utiliseront les valeurs religieuses face aux scientifiques mâles. En réalité les hommes scientifiques et les hommes religieux s’allieront.

Chapitre 6 : l’antiféminisme

Le féminise est détesté car les femmes sont haïes. L’antiféminisme est l’expression de la misogynie, c’est son argumentaire politique.
L’antiféminisme soutient la conviction que l’avilissement massif des femmes n’est pas une violation de leur nature. L’utilisation des femmes par les hommes est conforme à leurs natures respectives d’homme et de femme.
Bloquer les efforts des femmes pour avancer vers la liberté est l’indépendance est une démonstration de haine envers les femmes.

L’antiféminisme se développe selon trois modèle

  • le modèle séparés-mais-égaux
  • le modèle de la supériorité féminine
  • le modèle de la domination masculine

Le modèle séparés-mais-égaux a été appliqué à la race dans le cadre de l’apartheid aux Etats-Unis. La séparation est bien réelle, mais l’égalité est une chimère. Ce modèle se fonde sur des prétendus critères biologiques. Selon cette idéologie, les femmes ne sont inférieures que parce qu’elles ont intégré une sphère qui n’est pas la leur : la sphère masculine, où elles n’ont pas leur place. Il y a promesse d’égalité dans le fait de présenter deux sphères séparées et d’affirmer qu’elles sont égales.

Le modèle de la supériorité féminine affirme que les femmes sont supérieures moralement et qu’elles n’ont pas désir sexuel. Derrière son aspect apparemment sympathique pour les femmes, ce modèle sert en réalité à les rabaisser car il considère que leur nature morale ne devrait pas être contaminés par les vulgaires activités et responsabilités des hommes. Parce qu’elles sont bonnes, les femmes ne peuvent pas être des sujets à part entière. Il existe une version pornographique de ce modèle qui prétend que les femmes détiennent le pouvoir car elle provoque du désir sexuel chez les hommes. C’est un pouvoir que Dworkin compare à celui du cadavre qui attire les vautours.

Enfin, le modèle de la domination masculine s’appuie sur la biologie ou la religion et prétend que les hommes sont supérieurs aux femmes, car c’est comme ça. Ce modèle fonctionne en faisant passer l’hostilité pour de l’amour. C’est un modèle qui soutient aussi que ce sont les hommes qui doivent gouverner et dominer l’économie, la politique ou la culture.

Ces trois modèles ne sont pas antagonistes qu’en apparence : ils se combinent à merveilles pour subordonner les femmes.  En effet, les argumentaires antiféministes puisent dans ces trois modèles simultanément, sans égard à aucune logique.

L’antiféminisme propose deux normes en ce qui concerne les droits et les responsabilités, deux normes déterminées par le sexe. Le féminisme au contraire soutient qu’il existe un seul critère unique de liberté humaine et un seul critère de dignité humaine. S’il refuse de se fonder sur un principe de dignité universel, le féminisme se transforme en son pire ennemi : l’antiféminisme

La libération des femmes ne se fera qu’en démantelant le système de classe de sexe. Pour cela il faut prendre acte de ce système et ne pas faire comme s’il n’existait pas. Les femmes doivent avoir conscience de leur situation pour pouvoir la changer. Les antiféministes considèrent femmes et hommes comme ayant déjà atteint l’égalité, et prétendent que l’on doit éviter toute analyse sexuée des phénomènes sociaux dans l’état actuel des choses. Ils prétendent qu’on victimise les femmes quand on analyse le système de classe de femmes, et qu’on les dégrade.

Deux éléments structurent ainsi le féminisme :

  • affronter le système de classes de sexe
  • l’exigence d’un critère unique de dignité humaine

Les femmes constituent une classe et partagent une condition commune. Cela signifie que le sort de chaque femme est lié au sort de l’ensemble des femmes. Cette condition commune est celle d’être subordonnée aux hommes.

Quatre crimes balisent cette condition :

  • le viol
  • la violence conjugale
  • l’exploitation économique
  • l’exploitation reproductive

Le cercle de ces crime définit la condition des femmes.

mur de la prostitution

Dworkin compare la prostitution à un mur qui enferme les femmes dans leur condition…

Au cœur de la condition des femmes se trouve la pornographie, l’idéologie qui définit ce que sont les femmes. C’est la justification des crimes. La prostitution est le mur de cette condition, qui les enferme dans leur classe de sexe. La pornographie et la prostitution servent à signifier que les femmes méritent les crimes qui définissent leur condition et qu’elles subissent.

Dworkin en déduit :

Pour les féministes, le sens de cette description de la subordination des femmes, de la façon dont elles y sont maintenues et dont elle leur est appliquée systématiquement, est très simple : nous devons briser ce cercle, abattre ce mur, annihiler le cœur de ce système. Pour les antiféministes, le message est également simple : tout ce qui renforce ou nourrit n’importe quel aspect de ce modèle est d’une grande utilité pratique pour maintenir les femmes en état de subordination.

L’antiféminisme sévit également lorsqu’il propose de sacrifier un groupe particulier de femmes (généralement pauvres, noires,

coeur

…et la pornographie, au cœur de cette condition.

etc.). C’est une promesse politique qui est faite – et tenue : certaines femmes s’acquitteront des pires tâches et les autres n’auront pas à le faire. C’est une stratégie qui séduit certaines femmes prêtes à sacrifier d’autres femmes aux bordels et aux fermes, pour se protéger. Dworkin rappelle qu’il n’existe qu’une seule protection pour n’importe quelle femme : la liberté de toutes les femmes.

Les femmes de droite croient que le monde actuel ne peut pas être changé. Leur point de vue est alors assez logique. Elles pensent que :

  • le mariage va les protéger du viol et de la violence conjugale
  • le statut de femme au foyer va les protéger de l’exploitation économique
  • le reproduction va leur apporter de la valeur – même si cela les rend plus vulnérables à l’exploitation reproductive

Mais leur raisonnement est faux, car il y a quelque chose qu’elles ignorent : le foyer est l’endroit le plus dangereux pour les femmes.  Une information qu’elles n’ont pas, à cause du silence des mères – et de la société – sur la violence des conjoints et des pères.

Par ailleurs, les femmes de droites voient les féministes comme des femmes, c’est-à-dire des êtres pornographiés et captifs. Elles ressentent de la répulsion et préfèrent miser sur des personnes de pouvoir. De plus les féministes peuvent leur être nuisibles car elles ruinent les marchés qu’elles cherchent à conclure avec le pouvoir masculin.

Une fois que l’on a compris l’ampleur du pouvoir masculin, il y a deux stratégies :

  • tenter de le détruire, comme le proposent les féministes
  • s’y plier, comme le proposent les femmes de droite

Y a t-il un moyen de détruire ce système ? Dworkin finit son livre sur ces réflexions :

Faudra-t-il cent poings, mille poings, un million de poings lancés contre le cercle de crimes sexuels pour le détruire, ou les femmes de droite ont-elles essentiellement raison de le croire indestructible ? Le mur de la prostitution peut-il être escaladé ? Peut-on faire obstacle à ce qui constitue le cœur de l’oppression de sexe : l’utilisation des femmes comme pornographie, la pornographie comme étant ce que les femmes sont ? Si l’antiféminisme triomphe du mouvement de libération des femmes – maintenant, encore, toujours –, il faut admettre que quiconque possède le pouvoir politique ou représente l’ordre social ou impose son autorité tient les femmes pour de bon – quel que soit le nom que l’on ou qu’il donne à sa ligne politique ; la droite, au sens large, tient les femmes pour de bon. Le statisme et la cruauté auront triomphé de la liberté. La liberté des femmes face à l’oppression de sexe a de l’importance ou elle n’en a pas ; soit elle est essentielle, soit elle ne l’est pas. Décidez une fois de plus.

Catharsis, jeux vidéos, pornographie, viol… : quelques mots sur « l’affaire Lara Croft »

Catharsis, jeux vidéos, pornographie, viol… : quelques mots sur « l’affaire Lara Croft »

Tomb Raider

Aujourd’hui un article, peut-être un peu fourre-tout, mais qui a pour vocation notamment de répondre à l’article de Peggy Sastre et à toutes les réactions du type « Pfff, mais c’est de la fiction, on s’en fiche, ça sert à rien, il y a plus important à faire ! ».

Je voudrais montrer, que non, il n’y a pas un cloisonnement net entre fiction et réalité. La fiction véhicule des idées et des croyances, et ces idées et croyances se traduisent en actes.

Je remercie au passage Alphonsine Chasteboeuf pour ses précisions très intéressantes sur la catharsis. :)

Contexte

Couverture de Joystick

Le numéro de Joystick où est paru l’article problématique

Je crois que tout le monde est à peu près au courant de la polémique, mais je reprends. Tout commence avec un article de Joystick traitant du prochain opus de Tomb Raider, dans lequel l’héroïne, Lara Croft, est agressée sexuellement. Problème : l’article, qui est quand même imprimé dans un journal grand public, prend le point de vue des agresseurs (fictifs, certes). Sur longues six pages, le journaliste décrit combien il a été pour lui « excitant » de voir l’héroïne se faire « remettre à sa place », « humilier » et « souiller sans ménagement ». La gameuse féministe Mar_lard s’est donc fendu d’un post sur le blog Genre! pour expliquer, tout simplement, en quoi ce genre d’écrit est problématique. Toute une polémique a eu lieu, l’article ayant eu un énorme succès et de nombreux blogueurs ou journalistes ont décidé de donner leur opinion sur « l’affaire ».

Dans cette cacophonie, un article a particulièrement attiré mon attention : c’est celui de Peggy Sastre. Cette dernière a mis un point d’honneur à distinguer représentation d’un« viol dans la vraie vie » et représentation d’un « viol fictif » et a évoqué l’effet de catharsis. Par ailleurs, de nombreuses autres personnes, que ce soit dans les commentaires ou sur les réseaux sociaux, se sont indignées que des féministes puissent s’intéresser à un sujet aussi « stupide » que le traitement du viol dans les médias (jeux vidéos et journaux, en l’occurrence). Au passage, des gens ont aussi fait le lien entre jeux vidéos et pornographie, en prétendant que cette dernière « protégeait » du viol par un effet cathartique, similaire à celui qu’auraient les jeux vidéo violents.

C’est à tout cela que je souhaite répondre aujourd’hui dans un article mi-« scientifique » mi-militant.

Catharsis et violence dans les jeux vidéos et à la télévision

La catharsis (qui signifie « purification » en grec) a d’abord été définie par Aristote, qui en parle comme un phénomène se produisant chez les spectateurs d’une tragédie. Le fait de voir des personnages en action permettrait de se libérer de ses angoisses, passions et craintes par un effet d’identification.

Ce phénomène est très souvent évoqué pour justifier la violence que l’on retrouve dans certains médias, comme les films ou les jeux vidéos. Le fait de voir des meurtres, des tortures, des viols et des violences en tout genre, permettrait de se libérer de ses pulsions violentes.

Qu’en disent les études scientifiques, très nombreuses, à ce sujet ? Les preuves s’accumulent pour indiquer que les médias violents ont

gta

Les jeux violents, comme GTA, augmentent l’agressivité des joueurs.

pour conséquence d’augmenter l’agressivité. Ainsi, une méta-analyse de 20101, portant sur 381 études et plus de 130 000 joueurs de plusieurs pays (Etats-Unis, Japon) a montré que jouer à des jeux vidéos violents augmente l’agressivité, que ce soit au niveau du comportement ou au niveau de la pensée, et diminue l’empathie et les comportements pro-sociaux (aider quelqu’un, faire un don, etc.). Ces effets négatifs étaient significatifs, aussi bien chez les individus occidentaux que chez les personnes asiatiques. Cette méta-analyse a également montré les conséquences négatives des jeux vidéos violents se maintenaient à longs termes, et pas seulement à courts termes.

Les auteurs remarquent également que, bien que la plupart des universitaires pensent généralement que les enfants sont plus vulnérables à l’exposition à la violence, que les adolescents ou les adultes, il y a en réalité peu de preuves à ce sujet.

Les résultats des travaux sur les jeux vidéos sont semblables à ceux des recherches portant sur les films et les programmes télévisés violents. Cependant, il semblerait que les effets des jeux vidéos seraient plus importants2,3. En effet, les jeux vidéos sont plus interactifs et le joueur, étant actif, est plus impliqué émotionnellement et psychologiquement.

Au passage, oui, il y a un auteur, Ferguson4–6, qui a publié trois méta-analyses à ce sujet (largement redondantes car s’appuyant quasiment sur les mêmes études), et qui dit n’avoir détecté aucun effet négatif de la violence dans les jeux vidéos. Mais ses trois méta-analyses portent uniquement sur une dizaine d’études ; et apparemment, il en a ignoré plusieurs publiées récemment.

Bien évidemment, il ne s’agit pas de dire que les jeux vidéos violents sont la cause de tous les maux. La violence existait bien avant l’apparition des écrans. Il est aussi à noter que nous ne sommes pas égaux face à la violence des jeux vidéos. Ces derniers auront peu d’effets sur certaines personnes, et en auront beaucoup sur d’autres. Visiblement, les personnes colériques sont les plus affectées7.

Il ne s’agit pas non plus d’incriminer l’ensemble des jeux vidéos, mais seulement les jeux vidéos violents.

Voilà pour ce qui en est de la violence dans les médias visuels. On voit bien que des images de violences fictives ont un impact sur la réalité, et que donc la séparation violence fictive/réelle est peu pertinente. Passons maintenant au problème des mythes autour du viol dans les médias.

Rappels sur les mythes autour du viol et les médias

Avant de continuer, je voudrais redonner quelques précisions sur le viol, et plus précisément sur les croyances que le justifie : les mythes sur le viol.  Pour en savoir plus, je vous conseille de lire mes articles consacrés à ce sujet.

Première chose : le viol est un crime tristement banal. Aux Etats-Unis, 18 à 25% des femmes ont subi soit une tentative de viol, soit un viol dans leur vie. Le viol n’est pas le fait de détraqués, de fous, de pervers psychopathes, mais d’hommes (99% des auteurs sont des hommes) bien intégrés dans la société. Bref, les violeurs sont des gens absolument « normaux ». Dans plus de 75% des cas, la victime connait son agresseur : conjoint,  ami, collègue, voisin…

Deuxième chose : les moteurs psychologiques du viol, et des agressions sexuelles en général, sont le sexisme et l’adhésion aux « mythes sur le viol ». Ces mythes sont des attitudes et croyances généralement fausses, mais répandues et persistantes,  permettant de nier et de justifier l’agression sexuelle masculine contre les femmes. Il s’agit d’idées comme « elle n’aurait pas dû porter une jupe si courte », « elle ment sûrement », « elle l’a aimée », « les hommes ont des pulsions incontrôlables » etc. Il a été montré qu’il existe un lien causal entre adhésion à ces mythes et propension au viol. Je vous invite à lire le 4ème article de ma série « mythes sur le viol » où tout cela est détaillé.

Zemmour

Exemple de mythes sur les viols : "les hommes sont des prédateurs sexuels"

Or les médias regorgent de mythes sur le viol : dans les séries télévisées, les films, les journaux, la radio, etc (lire le 5ème article pour plus d’informations). Il a pu être montré, que lire ce type de mythes dans les journaux, augmente l’adhésion à ces croyances.

A ce titre, l’article de Joystick est un exemple particulièrement édifiant. Le journaliste présente l’agression sexuelle de Lara Croft, du point de vue de l’agresseur. Le long des 6 pages, c’est essentiellement un mythe qui s’étale : celui de la minimisation des agressions sexuelles. Ce mythe consiste notamment à voir les agressions sexuelles comme « sexuelles » avant d’être des « agressions ». Or les agressions sexuelles sont motivées avant tout par un désir de dominer, et non pas par un désir sexuel. Réduire les agressions sexuelles et le viol à de la sexualité, c’en est oublier tout l’aspect extrêmement violent et traumatisant. Mar_lard a tout à fait raison de s’insurger contre une expression comme « calvaire charnel » qui glamourise la notion de violences sexuelles.

Il est vrai que l’agression sexuelle de Lara Croft est fictive. Mais qu’importe, du moment que des mythes sur le viol sont colportés, le résultat est le même. Après tout, les publicités, les films et les paroles de chansons décrivent bien des situations fictionnelles. Pourtant, ces médias ont bien un impact sur les croyances à propos du viol8–12, ce qui montre que nous ne sommes pas tellement capables de « faire  la part des choses » entre fiction et réalité.

L’article de Joystick n’est pas un cas isolé. Cependant, l’ayant lu en entier, j’ai rarement vu un article étaler ainsi son machisme sans aucun complexe.

Pornographie et mythes autour du viol

A présent, je vais évoquer la pornographie et ses effets sur les croyances à propos du viol pour différentes raisons :

  • L’article de Joystick emploie le champ lexical de la pornographie violente : « malmener », « actrice gonzo SM», « punition », « remettre à sa place », « humilier »,  « souiller sans management », « prend cher », « gros dégoûtant », « calvaire charnelle », « gémissements », etc… Au final, l’article ressemble presque à une description d’une vidéo pornographique.
  • Parce que, certes, on a vu que les jeux vidéos violents produisaient des effets dans la réalité, mais ceux-ci dépeignent rarement des viols, plutôt des meurtres (du moins en Occident).
  • Parce que plusieurs commentateurs ont fait le rapprochement jeux vidéos-pornographie et ont prétendu que, comme les jeux vidéos, la pornographie avait un effet cathartique et protégeait des viols.
  • Parce que tout cela m’intéresse tout simplement ;).

Je vous ai dit, qu’a priori, il me semble peu logique que la pornographie puisse servir de protection contre les viols. Je crois qu’elle a plutôt l’effet contraire, au vu de tout ce que j’ai lu sur les mythes sur le viol.

En effet, les scénarios de la pornographie, genre machiste par excellence, ne s’appuient quasiment que sur des croyances erronés concernant les violences sexuelles. Un scénario courant est, par exemple, celui où une femme montre une résistance à un rapport sexuel, mais finalement y prend du plaisir, ce qui correspond au fameux mythe « Une femme qui dit non, pense oui ». Le mythe « une femme aime le sexe violent » est également très présent puisque la pornographie dépeint généralement des pénétrations violentes, sous lesquelles les femmes hurlent de plaisir… Les caresses, ou ce qu’on appelle les préliminaires, ne sont quasiment jamais montrés. Ce mythe est de plus en plus présent dans la pornographie, puisque les genres violents de type « gonzo » se développent de plus en plus13.

9weeks

Visualiser certaines scènes de "9 semaines 1/2" augmente l’adhésion aux mythes sur le viol.

Il faut aussi considérer le fait que deux études ont montré que le simple fait de visualiser des publicités représentant des femmes objectivisées augmente le niveau d’adhésion aux mythes des participants8,9. Par ailleurs, une étude portant sur des films, certes comportant des scènes érotiques, mais non pornographiques (9 semaines ½ et Showgirls) a indiqué que quand des hommes, même égalitaristes et progressistes, visualisaient ce type de scènes, leur perception du viol s’en trouvait modifiée12. En effet, les hommes ayant regardé ce type de vidéo, avaient plus tendance à considérer qu’une victime de viol avait du plaisir et qu’elle avait eu ce qu’elle voulait, par rapport à ceux qui avaient regardé un dessin-animé.

Revenons-en à la pornographie. Comme pour les jeux vidéos violents, de nombreuses études ont pu montrer des effets négatifs de la pornographie, en particulier qu’elle favorisait des attitudes favorables à la violence envers les femmes.

Par exemple, les analyses d’une enquête prospective14, ayant eu lieu entre 2001 et 2004 sur un échantillon diversifié de jeunes adolescents américains, ont montré que l’exposition précoce aux médias sexuellement explicites prédisait, aussi bien pour les garçons que pour les filles, des attitudes moins progressistes par rapport à l’égalité homme-femme. Pour les garçons, cette exposition précoce prédisait également un plus grand nombre d’actes de harcèlement sexuel deux ans plus tard. Dans le même ordre d’idée, une étude commencée en 2006 sur un panel d’adolescents néerlandais a montré que visualiser de la pornographie sur Internet favorisait l’idée que les femmes étaient des objets sexuels15.

homme devant son ordinateur

Visualiser de la pornographie augmente les attitude favorables aux violences envers les femmes

Les travaux sur le lien entre pornographie et attitudes favorables à la violence envers les femmes (que je vais à partir de maintenant synthétiser en ASV pour  « attitudes supporting violence against women ») ont été synthétisés dans trois méta-analyses, deux de 199516,17 et une de 201018. Allen, le premier auteur des deux méta-analyses de 1995, et ses associés, ont distingué, dans la première16, deux types d’études : les études non expérimentales, basées sur des enquêtes, et les études expérimentales ayant eu lieu au laboratoire dans des conditions contrôlées. Ils ont pu ainsi clairement voir, dans les études expérimentales, un effet significatif de la consommation de pornographie, qui favorisait les ASV. La pornographie violente avait d’ailleurs plus d’effets que la pornographie non-violente. Au contraire, les études non-expérimentales, en général, ne montraient aucun effet de la pornographie. L’équipe d’Allen remarqua que les conclusions des études non-expérimentales étaient souvent contradictoires. Cependant dans la seconde méta-analyse de 1995, ils trouvèrent un effet de la pornographie sur les ASV dans les deux types d’études17.

En 2010, un autre chercheur, Hald18, et ses associés, ont identifié plusieurs problèmes dans la première méta-analyse d’Allen, en ce qui concernait notamment les études non-expérimentales. Ils ont donc conduit une nouvelle méta-analyse corrigée et mise-à-jour. Ils ont trouvé, qu’en réalité, il existait bien une association significative entre consommation de pornographie et ASV, dans les études non-expérimentales, et que la pornographie violente avait des effets plus grands. Cependant, les résultats des études variaient beaucoup, ce qui laissait à penser qu’il existait des variables modératrices.

Malamuth et ses collègues ont conduit ainsi une autre étude pour déterminer quelles étaient ces variables modératrices19. Ils ont notamment testé si la pornographie affectait plus les hommes présentant un plus fort risque d’agression sexuelle, c’est-à-dire ceux présentant fortement deux traits de personnalité : la masculinité hostile et l’attrait pour les relations sexuelles impersonnelles (i.e avec de nombreux partenaires, sans forcément les connaitre ou y être attachés)20. La masculinité hostile se définit comme une combinaison de deux caractéristiques : 1) Un désir de contrôle et de domination, en particulier dans les relations avec les femmes, 2) Des sentiments d’hostilité et de méfiance à l’égard des autres, en particulier des femmes, tout cela accompagné d’attitudes misogynes. Les résultats confirment une nouvelle fois que la consommation de pornographie favorise les ASV. Ils montrent aussi qu’il existe une interaction entre consommation de pornographie et personnalité à risque, les hommes présentant une forte masculinité hostile et un attrait pour les relations sexuelles impersonnelles étant les plus affectés.

résultat

Résultats de l’étude de Malamuth 2010. En ordonnées : ASV. En abscisse : niveau de risque. Les différentes courbes correspondent à différents niveaux de consommation de pornographie

En conclusion, comme pour les jeux vidéos violents, les études de psychologie sociale indiquent qu’il n’y a pas d’effet de catharsis pour la pornographie. Ceci, comme pour les jeux vidéos violents, certains contestent qu’il y ait des effets négatifs liés à la visualisation de pornographie. J’ai pu constater qu’il s’agissait dans les deux cas… des mêmes personnes ! Ainsi, Ferguson qui a rédigé plusieurs articles visant à démontrer que les jeux vidéos violents n’avaient aucun effet négatif, a écrit en 2009 une review sur le lien entre pornographie et agressions sexuelles, en concluant qu’ « il est tant de jeter à la poubelle l’hypothèse selon laquelle la pornographie favorise les violences sexuelles ».  Il me semble assez malhonnête : par exemple, il évoque la première review d’Allen et al. en disant que les résultats sont mitigés, mais ne parle pas de la seconde, où les résultats sont plus homogènes.

Il y a également plusieurs personnes qui disent, que parce qu’il y a une corrélation négative, à l’échelle d’une population entière, entre légalisation de la pornographie et taux de viols, cela indique qu’il y a un effet protecteur de la pornographie. Une des dernières étude en date porte sur le cas de la République Tchèque, qui a légalisé la pornographie en 199021. Mais plusieurs critiques peuvent être faites face à ce type de méthodologie. Premièrement, l’échelle (un pays entier) est trop grande. Il peut y avoir de nombreux autres facteurs qui peuvent expliquer une diminution du nombre de viols, par exemple une amélioration du statut des femmes. Deuxièmement, en qui concerne au moins l’étude en République Tchèque, les auteurs s’appuient sur le nombre de dépôts de plainte pour estimer le taux de viols. Cela me semble hautement problématique, étant donné que de nombreuses victimes ne portent pas plainte. On pourrait même interpréter les données différemment : si, quand la pornographie est légalisée, il y a moins de dépôts de plainte, c’est parce que les victimes osent moins voir la police, de peur d’être blâmées !

Conclusion

J’ai écrit cela dans un seul but : pour montrer que les représentations de la violence dans les médias, que ce soit les  magazines (comme Joystick), les jeux vidéos ou la pornographie, ont un impact sur la réalité. Il y a bien sûr plusieurs facteurs à tout cela. Jouer à un jeu-vidéo ou regarder de la pornographie (ou lire Joystick) ne va pas faire automatiquement de vous un agresseur. Mais s’inquiéter de comment est dépeint un viol ou une agression sexuelle est un combat important.

Quand les féministes s’occupaient du « Mademoiselle », j’ai souvent entendu dire « Oh les féministes, elles ne s’occupent que des trucs inutiles ! Pourquoi elles ne s’occupent pas de choses graves, comme le viol ? ». Maintenant qu’elles s’occupent de viols, on continue d’entendre le même argument, sous prétexte que le viol en question est fictif. Mais est-ce qu’il ne faudrait s’intéresser qu’aux viols réels ? Bien sûr, il est extrêmement important de prendre en charge les victimes dans les meilleures conditions possibles, afin que leur guérison se passe au mieux. Pourtant il est tout aussi important d’essayer de prévenir les viols potentiels, non ? C’est exactement ce qu’a fait Mar_lard puisqu’elle s’est attaquée à un facteur de violences sexuelles : la banalisation et l’érotisation de ces dernières.

Mieux vaut prévenir que guérir

J’ai dans mon entourage, proche ou lointain, réel ou virtuel, plusieurs connaissances ou connaissances de connaissances qui ont été victimes d’agressions sexuelles ou de viols. J’ai en ce moment à l’esprit deux témoignages que j’ai entendus, et qui concerne un cas d’agression sexuelle et un cas de viol en réunion. Les points communs entre ces deux affaires ? Dans les deux cas, les agresseurs étaient des « amis » de la victime et des gens complètement normaux, voire même des garçons de bonne famille. Et surtout, ils semblaient n’avoir absolument aucune conscience de la gravité de leurs actes. Pour le viol en réunion, il s’agissait clairement d’un « délire de soirée », un « pari », une «  rigolade » aux yeux des agresseurs. Ils ont trouvé ça tellement normal qu’ils en ont largement parlé autour d’eux et ont été complètement abasourdis de se retrouver finalement en prison.

Comment expliquer une telle inconscience ? Peut-être, qu’à propos du viol, ils ont entendu parler de « calvaire charnel » au lieu de « crime », de « traumatisme » ou de « détresse. Peut-être aussi ont-ils vu beaucoup de vidéos où des femmes, résistant à des rapports sexuels, finalement appréciaient bien un peu de brutalité. Peut-être aussi croyaient-ils qu’un « vrai viol », c’était la nuit, dans un parking, perpétué par un étranger armé et fou…

Pour finir, revenons-en à Tomb Raider. Je ne considère pas que toute représentation d’un viol ou d’une agression sexuelle est problématique. Elle l’est si elle érotise ou minimise les violences sexuelles. Je n’ai vu que le trailer de Tom Raider et ça me parait insuffisant pour tirer des conclusions définitives. Ceci dit, je trouve déjà très maladroit de faire d’un sex-symbol comme Lara Croft une victime d’agression sexuelle (surtout si elle pousse des gémissements comme le dit le pigiste de Joystick). Cela ne fait qu’érotiser encore une fois les violences sexuelles.

—————————————————————————————————————————-

Références

1. Anderson CA, Shibuya A, Ihori N, et al. Violent video game effects on aggression, empathy, and prosocial behavior in Eastern and Western countries: A meta-analytic review. Psychological Bulletin. 2010;136(2):151-173.

2. Anderson CA, Gentile DA, Buckley KE. Violent Video Game Effects on Children and Adolescents: Theory, Research, and Public Policy. Oxford University Press; 2007.

3. Polman H, de Castro BO, van Aken MAG. Experimental study of the differential effects of playing versus watching violent video games on children’s aggressive behavior. Aggressive Behavior. 2008;34(3):256–264.

4. Ferguson C. The Good, The Bad and the Ugly: A Meta-analytic Review of Positive and Negative Effects of Violent Video Games. Psychiatric Quarterly. 2007;78(4):309-316.

5. Ferguson CJ. Evidence for publication bias in video game violence effects literature: A meta-analytic review. Aggression and Violent Behavior. 2007;12(4):470-482.

6. Ferguson CJ, Olson CK, Kutner LA, Warner DE. Violent Video Games, Catharsis Seeking, Bullying, and Delinquency: A Multivariate Analysis of Effects. Crime & Delinquency. 2010. Available at: http://cad.sagepub.com/content/early/2010/03/04/0011128710362201. Consulté août 25, 2012.

7. Engelhardt CR, Bartholow BD, Saults JS. Violent and nonviolent video games differentially affect physical aggression for individuals high vs. low in dispositional anger. Aggressive Behavior. 2011;37(6):539–546.

8. Lanis K, Covell K. Images of women in advertisements: Effects on attitudes related to sexual aggression. Sex Roles. 1995;32(9-10):639-649.

9. Mackay J. N, Covell K. The Impact of Women in Advertisements on Attitudes Toward Women. Sex Roles. 1997;36(9-10):573-583.

10. Emmers-Sommer T, Pauley P, Hanzal A, Triplett L. Love, Suspense, Sex, and Violence: Men’s and Women’s Film Predilections, Exposure to Sexually Violent Media, and their Relationship to Rape Myth Acceptance. Sex Roles. 2006;55(5):311-320.

11. Barongan C, Hall GCN. The Influence Of Misogynous Rap Music On Sexual Aggression Against Women. Psychology of Women Quarterly. 1995;19(2):195-207.

12. Milburn MA, Mather R, Conrad SD. The Effects of Viewing R-rated Movie Scenes That Objectify Women on Perceptions of Date Rape. Sex Roles. 2000;43(9):645-664.

13. Poulin R. Sexualisation précoce et pornographie. Dispute; 2009.

14. Brown JD, L’Engle KL. X-Rated Sexual Attitudes and Behaviors Associated With U.S. Early Adolescents’ Exposure to Sexually Explicit Media. Communication Research. 2009;36(1):129-151.

15. Peter J, Valkenburg PM. Adolescents’ Exposure to Sexually Explicit Internet Material and Notions of Women as Sex Objects: Assessing Causality and Underlying Processes. Journal of Communication. 2009;59(3):407-433.

16. Allen M, Emmers T, Gebhardt L, Giery MA. Exposure to Pornography and Acceptance of Rape Myths. Journal of Communication. 1995;45(1):5–26.

17. Allen M, D’alessio D, Brezgel K. A Meta-Analysis Summarizing the Effects of Pornography II Aggression After Exposure. Human Communication Research. 1995;22(2):258–283.

18. Hald GM, Malamuth NM, Yuen C. Pornography and attitudes supporting violence against women: revisiting the relationship in nonexperimental studies. Aggressive Behavior. 2010;36(1):14–20.

19. Malamuth N, Hald G, Koss M. Pornography, Individual Differences in Risk and Men’s Acceptance of Violence Against Women in a Representative Sample. Sex Roles. 2012;66(7):427-439.

20. Malamuth NM, Sockloskie RJ, Koss MP, Tanaka JS. Characteristics of aggressors against women: Testing a model using a national sample of college students. Journal of Consulting and Clinical Psychology. 1991;59(5):670-681.

21. Diamond M, Jozifkova E, Weiss P. Pornography and Sex Crimes in the Czech Republic. Archives of Sexual Behavior. 2011;40(5):1037-1043.