Les cultures enclines au viol et les cultures sans viol. Le cas de la culture occidentale

Partie 2 : le cas de la culture occidentale

Partie 1 : les études interculturelles

Partie 3 : Alcool, fêtes & viol – les fraternités étudiantes aux États-Unis

J’ai commencé une petite série d’articles sur les cultures enclines au viol. Après vous avoir présenté le concept de cultures enclines au viol (à comparer aux cultures sans viol) , je vais discuter maintenant du cas des cultures occidentales.

L’enlèvement des Sabines

L’enlèvement des Sabines, par Francisco Pradilla

Selon plusieurs autrices1,2, la culture euro-américaine est une culture prônant le viol. En effet, on y rencontre plusieurs caractéristiques qui la classent dans cette catégorie :

  • Le viol y est fréquent
  • Les croyances qui justifient l’existence du viol, les mythes sur le viol y sont largement répandus. Ces mythes ont tendance à transférer la responsabilité du viol de l’agresseur vers la victime et banalise ce crime. Par exemple « elle n’avait qu’à pas porter une jupe si courte » est un mythe sur le viol. Ou encore « les hommes ont des besoins irrépressibles qui les poussent à violer. »
  • Le viol peut servir de punition
  • Inégalités et système d’oppression
  • Valorisation d’une sexualité violente.

Je vais à présent détailler ces différents points.

Fréquence du viol

En Occident, le viol est un phénomène à l’ampleur considérable, comme l’indique plusieurs études.

pasdejusticepasdepaix

En France, il y aurait entre 55 000 et 100 000 femmes victimes d’un viol ou d’une tentative de viol par an.

Ainsi, en France, l’enquête ENVEFF de 20003 (Enquête Nationale sur les Violences envers les Femmes en France) a indiqué que 0,3% des femmes interrogées (toutes âgées de 20 à 59 ans) avaient été violées dans l’année précédente. Si l’on applique cette proportion aux 15,9 millions de femmes âgées de 20 à 59 ans vivant en France métropolitaine, ce sont donc quelque 48 000 femmes âgées de 20 à 59 ans qui auraient été victimes de viol dans l’année, auxquelles il faudrait rajouter les femmes de 18 à 20 ans et celles de plus de 59 ans, sans compter les mineures. Par ailleurs, l’enquête INSEE 2005-20064 portant  sur des femmes de 18 à 59 ans donne le chiffre de 0,7 % de femmes violées, et de 1,5 % pour les viols et les tentatives de viols réunis, sur deux années.  Le rapport de l’ONDRP de 20125 explique qu’en 2010-2011, 0,7% des femmes de 18 ans à 75 ans interrogées déclarent avoir été victimes d’un viol ou d’une tentative de viol. En rapportant cette proportion au poids total de cette catégorie dans la population française, l’ONDRP estime que 154 000 femmes ont été victimes, avec une marge d’erreur de 45 000 victimes. Cela signifie qu’il y a entre 55 000 et 100 000 femmes victimes d’un viol ou d’une tentative de viol par an. Enfin, on évalue à 16% le nombre de femmes françaises ayant subi au moins un viol ou une tentative de viol au cours de leur vie6. Plus de la moitié d’entre elles (59%) ont vécu cette violence alors qu’elles étaient mineures6.

Aux États-Unis, il y aurait environ 200 000 victimes de viol (âgées de plus de 12 ans) par an7. Par ailleurs, 18 à 25% des femmes américaines auraient subi soit une tentative de viol, soit un viol dans leur vie8,9.

En Australie, une étudiante sur six affirme avoir été victime d’un viol durant sa vie (17 % ont été victimes de viol et 12 % de tentative de viol) selon une enquête réalisée par l’Union nationale des étudiants australiens auprès de 1.500 femmes étudiant à l’université10.

Mythes sur le viol

Les mythes sur le viol sont des attitudes et croyances, généralement fausses, permettant de nier et de justifier l’agression sexuelle masculine contre les femmes11. En Occident, ces mythes sont répandus et persistants. Ainsi, une étude américaine a montré, en utilisant des échelles de mesure de l’adhésion aux mythes autour du viol (avec des questions fermées), qu’entre 25% et 35% des gens adhèrent à la majorité de ces mythes11. Cependant dans une autre étude américaine utilisant des questions ouvertes, près de 66% des personnes interrogées approuvaient les mythes autour du viol12.

Pour en savoir plus sur les mythes sur le viol, vous pouvez lire ma série d’articles à ce sujet.

Le viol comme punition

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Le viol… un acte de punition et de vengeance ?

Le viol ne serait pas qu’une violence masculine : ce serait aussi un puissant moyen pour maintenir les femmes dans une positionsubordonnée, en les punissant. Ainsi, Susan Brownmiller considère que le viol « n’est rien de moins qu’un processus d’intimidation, conscient ou inconsciemment, par lequel tous les hommes maintiennent toutes les femmes dans la peur»13. Il a été montré dans une étude de 1981 que la peur du viol, – particulièrement présente chez les femmes pauvres, âgées, ou appartenant à des minorités ethniques – est corrélée à des comportements d’auto-restriction (notamment celui d’éviter de sortir seule)14,15. Par ailleurs, une femme agressée ou violée après avoir osé sortir seule, entendra des reproches du type « Une femme ne doit pas sortir seule la nuit », puisque ce type d’idée reçu -  les mythes sur le viol – sont extrêmement répandues11,12. Ainsi, le viol servirait de punition pour celles qui auraient bravé l’interdit, celui d’utiliser librement l’espace public.

Par ailleurs, plusieurs études, portant sur les raisons pour lesquelles les hommes violent, corrobore l’idée que le viol sert parfois de punition. Dans une étude de 198516, les auteurs ont demandé à 114 violeurs condamnés de décrire les « bénéfices » que le viol leur avait apportés. Un certain nombre de violeurs considéraient que leur comportement était un acte légitime de vengeance ou de punition, perpétué à l’encontre de personnes qui avaient commis une faute. Darke note en 1990 que les violeurs utilisent des phrases révélant une volonté d’humilier, de dominer et, dans certains cas, de punir : « Je voulais la rabaisser et la remettre à sa place, car elle m’avait défié »17. Dans une étude de 200718,  on a demandé à 35 violeurs de femmes adultes d’expliquer leur acte : l’explication la plus fréquente (1/4 des violeurs) a été qu’ils s’étaient sentis lésés et avaient voulu prendre leur revanche.

Enfin, une étude de 200519 a cherché à étudier les motivations des meurtriers sexuels en en interviewant 28. Les auteurs ont pu voir émerger trois grandes motivations, dont à nouveau le désir de se venger.

Inégalités et système d’oppression

Dans la plupart des cultures enclines au viol,  les relations sociales sont marquées par la violence interpersonnelle, conjuguée avec une idéologie de la domination masculine20. En effet, la dynamique du viol n’est pas seulement la conséquence de certaines dispositions psychologiques des agresseurs : le différentiel de pouvoir entre groupes d’individus détermine qui viole et qui est violé⋅e2. Ainsi, en France, plus de 90% des victimes de viols sont des femmes et environ 96% des agresseurs, des hommes selon une enquête du Collectif Féministe contre le Viol21.  Outre la domination masculine, d’autres types d’oppression peuvent entrer en compte, comme ceux basés sur la race, la classe sociale ou encore l’orientation sexuelle. Le viol apparait être ainsi la  conséquence d’un emboîtement de systèmes oppressifs2.

Femmes handicapée

Les femmes handicapées ont trois fois plus de risques d’être violées que les femmes valides.

Les personnes qui ont le moins de pouvoir dans la société seront les plus pauvres ou encore celles qui seront les moins crues dans un tribunal. Elles ont donc moins la possibilité de se défendre. Par exemple, les migrantes en situation irrégulières sont particulièrement vulnérables : non seulement, elles sont dans une situation économiques particulièrement précaires, mais en plus, elles risquent d’être expulsées2. Aux Etats-Unis, les femmes afro-américaines sont plus blâmées quand elles ont été victimes de viol que les femmes blanches22. Pour ces femmes, le viol survient par ailleurs dans un contexte historique bien particulier, puisqu’à l’époque de l’esclavage, les maîtres blancs avaient parfaitement le droit de violer leurs femmes esclaves23.  Enfin, d’autres exemples montrent que le viol dépend de différentiels de pouvoir : les femmes handicapées ont trois fois de risques d’être violées que les femmes valides2 et les femmes très pauvres, quatre fois plus de risques que les autres femmes 23

Valorisation d’une sexualité violente

En lisant, dans mon premier article sur les cultures du viol, que les Gusii, une société kenyane dans laquelle on considère que durant les rapports sexuels hétérosexuels, l’homme doit braver la résistance de la femme, et doit lui faire mal (si bien qu’un jeune époux est félicité si sa femme ne peut plus marcher le lendemain de la nuit de noce), vous avez peut-être été très choqué⋅e, ou encore cela vous a fait ricaner tellement cela vous a semblé grossier. Pourtant, peut-on dire qu’il en va tellement différemment en Occident ?

En français, le mot « séduction » est associé à deux champs lexicaux bien particuliers, la chasse et surtout, la guerre24. On dira ainsi qu’un homme fait la chasse à une femme, qu’il l’épie, la poursuit de ses ardeurs. On dira aussi d’un séducteur qu’il a eu de nombreuses conquêtes féminines, qu’il use de tactique, de stratégie ou encore des armes de la séduction. On parle de victoire amoureuse ou de triomphe. Du côté des femmes, on dit plus volontiers qu’elles résistent aux assauts des hommes, ou alors qu’elles constituent des trophées pour ceux-ci, une fois séduites. La littérature regorge de cette métaphore séduction-guerre, ou plus rarement séduction-chasse. Par exemple, le vicomte de Valmont écrit à la Marquise de Merteuil dans Les Liaisons dangereuses (1782) de Pierre Choderlos de Laclos :

j’ai risqué de perdre, par un triomphe prématuré, le charme des longs combats & les détails d’une pénible défaite ; si, séduit par un désir de jeune homme, j’ai pensé exposer le vainqueur de Mme de Tourvel à ne recueillir, pour fruit de ses travaux, que l’insipide avantage d’avoir eu une femme de plus ! Ah ! qu’elle se rende, mais qu’elle combatte ; que, sans avoir la force de vaincre, elle ait celle de résister ; qu’elle savoure à loisir le sentiment de sa faiblesse, & soit contrainte d’avouer sa défaite. Laissons le braconnier obscur tuer à l’affût le cerf qu’il a surpris ; le vrai chasseur doit le forcer.

Dom Juan

Dom Juan

Et dans Dom Juan (1665) de Molière, le personnage éponyme s’exclame :

On goûte une douceur extrême à réduire, par cent hommages, le cœur d’une jeune beauté, à voir de jour en jour les petits progrès qu’on y fait, à combattre par des transports, par des larmes et des soupirs, l’innocente pudeur d’une âme qui a peine à rendre les armes, à forcer pied à pied toutes les petites résistances qu’elle nous oppose, à vaincre les scrupules dont elle se fait un honneur et la mener doucement où nous avons envie de la faire venir. Mais lorsqu’on en est maître une fois, il n’y a plus rien à dire ni rien à souhaiter; tout le beau de la passion est fini, et nous nous endormons dans la tranquillité d’un tel amour, si quelque objet nouveau ne vient réveiller nos désirs, et présenter à notre cœur les charmes attrayants d’une conquête à faire. Enfin il n’est rien de si doux que de triompher de la résistance d’une belle personne, et j’ai sur ce sujet l’ambition des conquérants, qui volent perpétuellement de victoire en victoire, et ne peuvent se résoudre à borner leurs souhaits. Il n’est rien qui puisse arrêter l’impétuosité de mes désirs: je me sens un cœur à aimer toute la terre; et comme Alexandre, je souhaiterais qu’il y eût d’autres mondes, pour y pouvoir étendre mes conquêtes amoureuses.

Ainsi, la séduction hétérosexuelle apparait déjà comme un rapport de domination, du séducteur (l’homme en général) sur la personne séduite (généralement, la femme). Mais cela est encore plus visible et marquant si on s’intéresse à la façon dont sont décrits les rapports sexuels.

La relation hétérosexuelle n’est souvent perçue que sous le prisme de la pénétration, vaginale ou anale25. L’homme est généralement considéré comme le pénétrant, la femme comme la pénétrée. Or cette pénétration de la femme par l’homme est souvent décrite comme s’il s’agissait d’une agression de ce dernier sur la première. Les métaphores de la conquête, de la possession, de l’effraction voire de la destruction reviennent régulièrement26,27. On dira qu’un homme possède une femme, qu’il la prend, la besogne, la matraque, la pilonne, ou encore lui défonce/déchire/détruit tel orifice. Les femmes sont quasiment tout le temps objets dans ces phrases, et les hommes sujets. Les termes argotiques baiser, niquer ou enculer signifient également « tromper » ou « duper »26,27. Ces termes violents reviennent souvent dans les descriptions de vidéos pornographiques. Dans notre culture, plus l’acte sexuel est apparemment violent, plus la « baise » est considérée comme « bonne » : dans les vidéos pornographique, plus les va-et-vient se font fortement et rapidement, plus la femme pousse des gémissements de plaisir.

« Faire mal » = « Bien baiser » ?

Par ailleurs l’un des principaux ressorts dans la pornographie consiste pour les hommes à obtenir l’aveu de plaisir par les femmes, après qu’elles ont montré quelque résistance26. Les phrases du type « avoue que tu aimes ça » « avoue que tu es une salope »  résument en grande partie ce script, comme si le refus initial des femmes servait de masque à leur véritable désir, qui est celui d’être mise au service sexuel des hommes, et qu’elles ne peuvent pas assumer ouvertement. On dit d’ailleurs souvent des femmes qu’elles s’abandonnent aux assauts de son partenaire. Ainsi, non seulement dans notre culture, l’acte sexuel est souvent associé à l’agression ou la destruction des femmes par les hommes, mais en plus, y est répandue l’idée selon laquelle les femmes désirent au fond être agressées/humiliées/détruites26.

Il y a un peu moins d’un an, un site de « conseils en séduction » indiquait dans un article adressé aux hommes et intitulé Comment bien baiser (je vous laisse chercher sur Google), que pour « faire gémir » sa partenaire, il fallait la dominer et « imposer sa puissance ». On retrouvait l’idée que ce n’était qu’en procédant ainsi, que la partenaire « baisée comme une fille de joie », osera se « laisser aller à des fantasmes souvent inexprimés » et que de nombreuses « femmes rêvent de se faire démonter par un inconnu au chibre géant ». Par ailleurs, l’une des suggestions données dans l’article est : « Ne lui demandez pas si vous pouvez la pénétrer comme un animal sauvage, faites-le ! »

Ces scripts valorisant une sexualité violente et conquérante, et que l’on retrouve dans la pornographie ou ailleurs, sont les reflets d’anciens scénarios culturels27. Certaines féministes, comme Sheila Jeffreys parle d’«érotisation de la domination» pour caractériser ces scripts26.

vogue

Sensualité ou brutalité ?

Conclusion

Comme nous l’avons vu, les cultures occidentales semblent regrouper de nombreuses caractéristiques des sociétés enclines au viol. Le viol y est en effet fréquent et semble parfois servir au groupe dominant – les hommes en l’occurrence – à punir les membres du groupe dominé, les femmes. Par ailleurs, les rapports hétérosexuels, même consentis, semblent très souvent associés à la violence.

Ajout (02/03/2013)

Je suis tombée ce matin sur cette peinture murale de l’artiste street-art américain Sever MSK. Juste un exemple supplémentaire pour démontrer comment la sexualité – et en particulier la pénétration- est assimilée à la domination, voire à la destruction dans l’esprit de beaucoup de personnes.

Une peinture murale de l'artiste street-art américain Sever MSK

Une peinture murale de l’artiste street-art américain Sever MSK.

Image trouvée ici.

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Références

1. Rozée PD. Forbidden or Forgiven? Psychology of Women Quarterly. 1993;17(4):499–514.

2. Holzman CG. Multicultural perspectives on counseling survivors of rape. J Soc Distress Homeless. 1994;3(1):81‑97.

3. Jaspard M. Nommer et compter les violences envers les femmes : une première enquête nationale en France. Population et Sociétés. 2001. Available at: http://www.ined.fr/fr/publications/pop_soc/bdd/publication/138/. Consulté le décembre 3, 2011.

4. Tournyol du Clos L, Le Jeannic T. Les violences faites aux femmes. Insee Première. 2008;(1180). Available at: http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?reg_id=0&ref_id=ip1180.

5. Bauer A, Soullez C. Rapport 2012 de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales. 2012. Available at: http://www.inhesj.fr/sites/default/files/files/Synthese_Rapport_ONDRP_2012.pdf.

6. Bajos N, Bozon M. Les violences sexuelles en France : quand la parole se libère. Population et Sociétés. 2008;(445). Available at: http://www.ined.fr/fichier/t_publication/1359/publi_pdf1_pop_soc445.pdf.

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8. Fisher BS, Cullen FT, Turner MG. The sexual victimization of college women. 2000.

9. Tjaden P, Thoennes N. Prevalence and Consequences of Male-to-female and Female-to-male Intimate Partner Violence as Measured by the National Violence Against Women Survey. Violence Against Women. 2000;6:142‑161.

10. Sloane C. Talk About It. National Union of Students; 2011. Available at: http://www.whiteribbon.org.au/uploads/media/talk-about-it-survey-results-and-recommendations.pdf.

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12. Buddie AM, Miller AG. Beyond rape myths: A more complex view of perceptions of rape victims. Sex roles. 2001;45(3-4):139‑160.

13. Brownmiller S. Against Our Will: Men, Women, and Rape. 1975.

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15. Riger S, Gordon MT. The Fear of Rape: A Study in Social Control. Journal of Social Issues. 1981;37(4):71‑92.

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17. Darke JL. Factors Influencing Sexual Assault: Sexual Aggression: Achieving Power Through  Humiliation. In: Handbook of Sexual Assault. Plenum Press. New York: Marshall, W. L., Laws, D. R. and Barbaree, H. E; 1990.

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19. Beech A, Fisher D, Ward T. Sexual Murderers’ Implicit Theories. J Interpers Violence. 2005;20(11):1366‑1389.

20. Sanday PR. Rape-free versus rape-prone: How culture makes a difference. In: Evolution, gender, and rape.; 2003.

21. Bulletin 2006. Collectif Féministe Contre le Viol; 2006.

22. Donovan R, Williams M. Living at the Intersection. Women & Therapy. 2002;25(3-4):95‑105.

23. Holzman CG. Counseling Adult Women Rape Survivors: Women & Therapy. 1996;19(2):47‑62.

24. Gauthier C, Jeffrey D. Enseigner et séduire. Presses Université Laval; 1999.

25. Lhomond B. Qu’est ce qu’un rapport sexuel ? Remarques à propos des enquêtes sur les comportements sexuels. mots. 1996;49(1):106‑115.

26. Ferrand A. La « libération sexuelle » est une guerre économique d’occupation. Genre, sexualité & société. 2010;(3). Available at: http://gss.revues.org/index1402.html. Consulté le février 16, 2013.

27. Bozon M. Les significations sociales des actes sexuels. arss. 1999;128(1):3‑23.

Catharsis, jeux vidéos, pornographie, viol… : quelques mots sur « l’affaire Lara Croft »

Catharsis, jeux vidéos, pornographie, viol… : quelques mots sur « l’affaire Lara Croft »

Tomb Raider

Aujourd’hui un article, peut-être un peu fourre-tout, mais qui a pour vocation notamment de répondre à l’article de Peggy Sastre et à toutes les réactions du type « Pfff, mais c’est de la fiction, on s’en fiche, ça sert à rien, il y a plus important à faire ! ».

Je voudrais montrer, que non, il n’y a pas un cloisonnement net entre fiction et réalité. La fiction véhicule des idées et des croyances, et ces idées et croyances se traduisent en actes.

Je remercie au passage Alphonsine Chasteboeuf pour ses précisions très intéressantes sur la catharsis. :)

Contexte

Couverture de Joystick

Le numéro de Joystick où est paru l’article problématique

Je crois que tout le monde est à peu près au courant de la polémique, mais je reprends. Tout commence avec un article de Joystick traitant du prochain opus de Tomb Raider, dans lequel l’héroïne, Lara Croft, est agressée sexuellement. Problème : l’article, qui est quand même imprimé dans un journal grand public, prend le point de vue des agresseurs (fictifs, certes). Sur longues six pages, le journaliste décrit combien il a été pour lui « excitant » de voir l’héroïne se faire « remettre à sa place », « humilier » et « souiller sans ménagement ». La gameuse féministe Mar_lard s’est donc fendu d’un post sur le blog Genre! pour expliquer, tout simplement, en quoi ce genre d’écrit est problématique. Toute une polémique a eu lieu, l’article ayant eu un énorme succès et de nombreux blogueurs ou journalistes ont décidé de donner leur opinion sur « l’affaire ».

Dans cette cacophonie, un article a particulièrement attiré mon attention : c’est celui de Peggy Sastre. Cette dernière a mis un point d’honneur à distinguer représentation d’un« viol dans la vraie vie » et représentation d’un « viol fictif » et a évoqué l’effet de catharsis. Par ailleurs, de nombreuses autres personnes, que ce soit dans les commentaires ou sur les réseaux sociaux, se sont indignées que des féministes puissent s’intéresser à un sujet aussi « stupide » que le traitement du viol dans les médias (jeux vidéos et journaux, en l’occurrence). Au passage, des gens ont aussi fait le lien entre jeux vidéos et pornographie, en prétendant que cette dernière « protégeait » du viol par un effet cathartique, similaire à celui qu’auraient les jeux vidéo violents.

C’est à tout cela que je souhaite répondre aujourd’hui dans un article mi-« scientifique » mi-militant.

Catharsis et violence dans les jeux vidéos et à la télévision

La catharsis (qui signifie « purification » en grec) a d’abord été définie par Aristote, qui en parle comme un phénomène se produisant chez les spectateurs d’une tragédie. Le fait de voir des personnages en action permettrait de se libérer de ses angoisses, passions et craintes par un effet d’identification.

Ce phénomène est très souvent évoqué pour justifier la violence que l’on retrouve dans certains médias, comme les films ou les jeux vidéos. Le fait de voir des meurtres, des tortures, des viols et des violences en tout genre, permettrait de se libérer de ses pulsions violentes.

Qu’en disent les études scientifiques, très nombreuses, à ce sujet ? Les preuves s’accumulent pour indiquer que les médias violents ont

gta

Les jeux violents, comme GTA, augmentent l’agressivité des joueurs.

pour conséquence d’augmenter l’agressivité. Ainsi, une méta-analyse de 20101, portant sur 381 études et plus de 130 000 joueurs de plusieurs pays (Etats-Unis, Japon) a montré que jouer à des jeux vidéos violents augmente l’agressivité, que ce soit au niveau du comportement ou au niveau de la pensée, et diminue l’empathie et les comportements pro-sociaux (aider quelqu’un, faire un don, etc.). Ces effets négatifs étaient significatifs, aussi bien chez les individus occidentaux que chez les personnes asiatiques. Cette méta-analyse a également montré les conséquences négatives des jeux vidéos violents se maintenaient à longs termes, et pas seulement à courts termes.

Les auteurs remarquent également que, bien que la plupart des universitaires pensent généralement que les enfants sont plus vulnérables à l’exposition à la violence, que les adolescents ou les adultes, il y a en réalité peu de preuves à ce sujet.

Les résultats des travaux sur les jeux vidéos sont semblables à ceux des recherches portant sur les films et les programmes télévisés violents. Cependant, il semblerait que les effets des jeux vidéos seraient plus importants2,3. En effet, les jeux vidéos sont plus interactifs et le joueur, étant actif, est plus impliqué émotionnellement et psychologiquement.

Au passage, oui, il y a un auteur, Ferguson4–6, qui a publié trois méta-analyses à ce sujet (largement redondantes car s’appuyant quasiment sur les mêmes études), et qui dit n’avoir détecté aucun effet négatif de la violence dans les jeux vidéos. Mais ses trois méta-analyses portent uniquement sur une dizaine d’études ; et apparemment, il en a ignoré plusieurs publiées récemment.

Bien évidemment, il ne s’agit pas de dire que les jeux vidéos violents sont la cause de tous les maux. La violence existait bien avant l’apparition des écrans. Il est aussi à noter que nous ne sommes pas égaux face à la violence des jeux vidéos. Ces derniers auront peu d’effets sur certaines personnes, et en auront beaucoup sur d’autres. Visiblement, les personnes colériques sont les plus affectées7.

Il ne s’agit pas non plus d’incriminer l’ensemble des jeux vidéos, mais seulement les jeux vidéos violents.

Voilà pour ce qui en est de la violence dans les médias visuels. On voit bien que des images de violences fictives ont un impact sur la réalité, et que donc la séparation violence fictive/réelle est peu pertinente. Passons maintenant au problème des mythes autour du viol dans les médias.

Rappels sur les mythes autour du viol et les médias

Avant de continuer, je voudrais redonner quelques précisions sur le viol, et plus précisément sur les croyances que le justifie : les mythes sur le viol.  Pour en savoir plus, je vous conseille de lire mes articles consacrés à ce sujet.

Première chose : le viol est un crime tristement banal. Aux Etats-Unis, 18 à 25% des femmes ont subi soit une tentative de viol, soit un viol dans leur vie. Le viol n’est pas le fait de détraqués, de fous, de pervers psychopathes, mais d’hommes (99% des auteurs sont des hommes) bien intégrés dans la société. Bref, les violeurs sont des gens absolument « normaux ». Dans plus de 75% des cas, la victime connait son agresseur : conjoint,  ami, collègue, voisin…

Deuxième chose : les moteurs psychologiques du viol, et des agressions sexuelles en général, sont le sexisme et l’adhésion aux « mythes sur le viol ». Ces mythes sont des attitudes et croyances généralement fausses, mais répandues et persistantes,  permettant de nier et de justifier l’agression sexuelle masculine contre les femmes. Il s’agit d’idées comme « elle n’aurait pas dû porter une jupe si courte », « elle ment sûrement », « elle l’a aimée », « les hommes ont des pulsions incontrôlables » etc. Il a été montré qu’il existe un lien causal entre adhésion à ces mythes et propension au viol. Je vous invite à lire le 4ème article de ma série « mythes sur le viol » où tout cela est détaillé.

Zemmour

Exemple de mythes sur les viols : "les hommes sont des prédateurs sexuels"

Or les médias regorgent de mythes sur le viol : dans les séries télévisées, les films, les journaux, la radio, etc (lire le 5ème article pour plus d’informations). Il a pu être montré, que lire ce type de mythes dans les journaux, augmente l’adhésion à ces croyances.

A ce titre, l’article de Joystick est un exemple particulièrement édifiant. Le journaliste présente l’agression sexuelle de Lara Croft, du point de vue de l’agresseur. Le long des 6 pages, c’est essentiellement un mythe qui s’étale : celui de la minimisation des agressions sexuelles. Ce mythe consiste notamment à voir les agressions sexuelles comme « sexuelles » avant d’être des « agressions ». Or les agressions sexuelles sont motivées avant tout par un désir de dominer, et non pas par un désir sexuel. Réduire les agressions sexuelles et le viol à de la sexualité, c’en est oublier tout l’aspect extrêmement violent et traumatisant. Mar_lard a tout à fait raison de s’insurger contre une expression comme « calvaire charnel » qui glamourise la notion de violences sexuelles.

Il est vrai que l’agression sexuelle de Lara Croft est fictive. Mais qu’importe, du moment que des mythes sur le viol sont colportés, le résultat est le même. Après tout, les publicités, les films et les paroles de chansons décrivent bien des situations fictionnelles. Pourtant, ces médias ont bien un impact sur les croyances à propos du viol8–12, ce qui montre que nous ne sommes pas tellement capables de « faire  la part des choses » entre fiction et réalité.

L’article de Joystick n’est pas un cas isolé. Cependant, l’ayant lu en entier, j’ai rarement vu un article étaler ainsi son machisme sans aucun complexe.

Pornographie et mythes autour du viol

A présent, je vais évoquer la pornographie et ses effets sur les croyances à propos du viol pour différentes raisons :

  • L’article de Joystick emploie le champ lexical de la pornographie violente : « malmener », « actrice gonzo SM», « punition », « remettre à sa place », « humilier »,  « souiller sans management », « prend cher », « gros dégoûtant », « calvaire charnelle », « gémissements », etc… Au final, l’article ressemble presque à une description d’une vidéo pornographique.
  • Parce que, certes, on a vu que les jeux vidéos violents produisaient des effets dans la réalité, mais ceux-ci dépeignent rarement des viols, plutôt des meurtres (du moins en Occident).
  • Parce que plusieurs commentateurs ont fait le rapprochement jeux vidéos-pornographie et ont prétendu que, comme les jeux vidéos, la pornographie avait un effet cathartique et protégeait des viols.
  • Parce que tout cela m’intéresse tout simplement ;).

Je vous ai dit, qu’a priori, il me semble peu logique que la pornographie puisse servir de protection contre les viols. Je crois qu’elle a plutôt l’effet contraire, au vu de tout ce que j’ai lu sur les mythes sur le viol.

En effet, les scénarios de la pornographie, genre machiste par excellence, ne s’appuient quasiment que sur des croyances erronés concernant les violences sexuelles. Un scénario courant est, par exemple, celui où une femme montre une résistance à un rapport sexuel, mais finalement y prend du plaisir, ce qui correspond au fameux mythe « Une femme qui dit non, pense oui ». Le mythe « une femme aime le sexe violent » est également très présent puisque la pornographie dépeint généralement des pénétrations violentes, sous lesquelles les femmes hurlent de plaisir… Les caresses, ou ce qu’on appelle les préliminaires, ne sont quasiment jamais montrés. Ce mythe est de plus en plus présent dans la pornographie, puisque les genres violents de type « gonzo » se développent de plus en plus13.

9weeks

Visualiser certaines scènes de "9 semaines 1/2" augmente l’adhésion aux mythes sur le viol.

Il faut aussi considérer le fait que deux études ont montré que le simple fait de visualiser des publicités représentant des femmes objectivisées augmente le niveau d’adhésion aux mythes des participants8,9. Par ailleurs, une étude portant sur des films, certes comportant des scènes érotiques, mais non pornographiques (9 semaines ½ et Showgirls) a indiqué que quand des hommes, même égalitaristes et progressistes, visualisaient ce type de scènes, leur perception du viol s’en trouvait modifiée12. En effet, les hommes ayant regardé ce type de vidéo, avaient plus tendance à considérer qu’une victime de viol avait du plaisir et qu’elle avait eu ce qu’elle voulait, par rapport à ceux qui avaient regardé un dessin-animé.

Revenons-en à la pornographie. Comme pour les jeux vidéos violents, de nombreuses études ont pu montrer des effets négatifs de la pornographie, en particulier qu’elle favorisait des attitudes favorables à la violence envers les femmes.

Par exemple, les analyses d’une enquête prospective14, ayant eu lieu entre 2001 et 2004 sur un échantillon diversifié de jeunes adolescents américains, ont montré que l’exposition précoce aux médias sexuellement explicites prédisait, aussi bien pour les garçons que pour les filles, des attitudes moins progressistes par rapport à l’égalité homme-femme. Pour les garçons, cette exposition précoce prédisait également un plus grand nombre d’actes de harcèlement sexuel deux ans plus tard. Dans le même ordre d’idée, une étude commencée en 2006 sur un panel d’adolescents néerlandais a montré que visualiser de la pornographie sur Internet favorisait l’idée que les femmes étaient des objets sexuels15.

homme devant son ordinateur

Visualiser de la pornographie augmente les attitude favorables aux violences envers les femmes

Les travaux sur le lien entre pornographie et attitudes favorables à la violence envers les femmes (que je vais à partir de maintenant synthétiser en ASV pour  « attitudes supporting violence against women ») ont été synthétisés dans trois méta-analyses, deux de 199516,17 et une de 201018. Allen, le premier auteur des deux méta-analyses de 1995, et ses associés, ont distingué, dans la première16, deux types d’études : les études non expérimentales, basées sur des enquêtes, et les études expérimentales ayant eu lieu au laboratoire dans des conditions contrôlées. Ils ont pu ainsi clairement voir, dans les études expérimentales, un effet significatif de la consommation de pornographie, qui favorisait les ASV. La pornographie violente avait d’ailleurs plus d’effets que la pornographie non-violente. Au contraire, les études non-expérimentales, en général, ne montraient aucun effet de la pornographie. L’équipe d’Allen remarqua que les conclusions des études non-expérimentales étaient souvent contradictoires. Cependant dans la seconde méta-analyse de 1995, ils trouvèrent un effet de la pornographie sur les ASV dans les deux types d’études17.

En 2010, un autre chercheur, Hald18, et ses associés, ont identifié plusieurs problèmes dans la première méta-analyse d’Allen, en ce qui concernait notamment les études non-expérimentales. Ils ont donc conduit une nouvelle méta-analyse corrigée et mise-à-jour. Ils ont trouvé, qu’en réalité, il existait bien une association significative entre consommation de pornographie et ASV, dans les études non-expérimentales, et que la pornographie violente avait des effets plus grands. Cependant, les résultats des études variaient beaucoup, ce qui laissait à penser qu’il existait des variables modératrices.

Malamuth et ses collègues ont conduit ainsi une autre étude pour déterminer quelles étaient ces variables modératrices19. Ils ont notamment testé si la pornographie affectait plus les hommes présentant un plus fort risque d’agression sexuelle, c’est-à-dire ceux présentant fortement deux traits de personnalité : la masculinité hostile et l’attrait pour les relations sexuelles impersonnelles (i.e avec de nombreux partenaires, sans forcément les connaitre ou y être attachés)20. La masculinité hostile se définit comme une combinaison de deux caractéristiques : 1) Un désir de contrôle et de domination, en particulier dans les relations avec les femmes, 2) Des sentiments d’hostilité et de méfiance à l’égard des autres, en particulier des femmes, tout cela accompagné d’attitudes misogynes. Les résultats confirment une nouvelle fois que la consommation de pornographie favorise les ASV. Ils montrent aussi qu’il existe une interaction entre consommation de pornographie et personnalité à risque, les hommes présentant une forte masculinité hostile et un attrait pour les relations sexuelles impersonnelles étant les plus affectés.

résultat

Résultats de l’étude de Malamuth 2010. En ordonnées : ASV. En abscisse : niveau de risque. Les différentes courbes correspondent à différents niveaux de consommation de pornographie

En conclusion, comme pour les jeux vidéos violents, les études de psychologie sociale indiquent qu’il n’y a pas d’effet de catharsis pour la pornographie. Ceci, comme pour les jeux vidéos violents, certains contestent qu’il y ait des effets négatifs liés à la visualisation de pornographie. J’ai pu constater qu’il s’agissait dans les deux cas… des mêmes personnes ! Ainsi, Ferguson qui a rédigé plusieurs articles visant à démontrer que les jeux vidéos violents n’avaient aucun effet négatif, a écrit en 2009 une review sur le lien entre pornographie et agressions sexuelles, en concluant qu’ « il est tant de jeter à la poubelle l’hypothèse selon laquelle la pornographie favorise les violences sexuelles ».  Il me semble assez malhonnête : par exemple, il évoque la première review d’Allen et al. en disant que les résultats sont mitigés, mais ne parle pas de la seconde, où les résultats sont plus homogènes.

Il y a également plusieurs personnes qui disent, que parce qu’il y a une corrélation négative, à l’échelle d’une population entière, entre légalisation de la pornographie et taux de viols, cela indique qu’il y a un effet protecteur de la pornographie. Une des dernières étude en date porte sur le cas de la République Tchèque, qui a légalisé la pornographie en 199021. Mais plusieurs critiques peuvent être faites face à ce type de méthodologie. Premièrement, l’échelle (un pays entier) est trop grande. Il peut y avoir de nombreux autres facteurs qui peuvent expliquer une diminution du nombre de viols, par exemple une amélioration du statut des femmes. Deuxièmement, en qui concerne au moins l’étude en République Tchèque, les auteurs s’appuient sur le nombre de dépôts de plainte pour estimer le taux de viols. Cela me semble hautement problématique, étant donné que de nombreuses victimes ne portent pas plainte. On pourrait même interpréter les données différemment : si, quand la pornographie est légalisée, il y a moins de dépôts de plainte, c’est parce que les victimes osent moins voir la police, de peur d’être blâmées !

Conclusion

J’ai écrit cela dans un seul but : pour montrer que les représentations de la violence dans les médias, que ce soit les  magazines (comme Joystick), les jeux vidéos ou la pornographie, ont un impact sur la réalité. Il y a bien sûr plusieurs facteurs à tout cela. Jouer à un jeu-vidéo ou regarder de la pornographie (ou lire Joystick) ne va pas faire automatiquement de vous un agresseur. Mais s’inquiéter de comment est dépeint un viol ou une agression sexuelle est un combat important.

Quand les féministes s’occupaient du « Mademoiselle », j’ai souvent entendu dire « Oh les féministes, elles ne s’occupent que des trucs inutiles ! Pourquoi elles ne s’occupent pas de choses graves, comme le viol ? ». Maintenant qu’elles s’occupent de viols, on continue d’entendre le même argument, sous prétexte que le viol en question est fictif. Mais est-ce qu’il ne faudrait s’intéresser qu’aux viols réels ? Bien sûr, il est extrêmement important de prendre en charge les victimes dans les meilleures conditions possibles, afin que leur guérison se passe au mieux. Pourtant il est tout aussi important d’essayer de prévenir les viols potentiels, non ? C’est exactement ce qu’a fait Mar_lard puisqu’elle s’est attaquée à un facteur de violences sexuelles : la banalisation et l’érotisation de ces dernières.

Mieux vaut prévenir que guérir

J’ai dans mon entourage, proche ou lointain, réel ou virtuel, plusieurs connaissances ou connaissances de connaissances qui ont été victimes d’agressions sexuelles ou de viols. J’ai en ce moment à l’esprit deux témoignages que j’ai entendus, et qui concerne un cas d’agression sexuelle et un cas de viol en réunion. Les points communs entre ces deux affaires ? Dans les deux cas, les agresseurs étaient des « amis » de la victime et des gens complètement normaux, voire même des garçons de bonne famille. Et surtout, ils semblaient n’avoir absolument aucune conscience de la gravité de leurs actes. Pour le viol en réunion, il s’agissait clairement d’un « délire de soirée », un « pari », une «  rigolade » aux yeux des agresseurs. Ils ont trouvé ça tellement normal qu’ils en ont largement parlé autour d’eux et ont été complètement abasourdis de se retrouver finalement en prison.

Comment expliquer une telle inconscience ? Peut-être, qu’à propos du viol, ils ont entendu parler de « calvaire charnel » au lieu de « crime », de « traumatisme » ou de « détresse. Peut-être aussi ont-ils vu beaucoup de vidéos où des femmes, résistant à des rapports sexuels, finalement appréciaient bien un peu de brutalité. Peut-être aussi croyaient-ils qu’un « vrai viol », c’était la nuit, dans un parking, perpétué par un étranger armé et fou…

Pour finir, revenons-en à Tomb Raider. Je ne considère pas que toute représentation d’un viol ou d’une agression sexuelle est problématique. Elle l’est si elle érotise ou minimise les violences sexuelles. Je n’ai vu que le trailer de Tom Raider et ça me parait insuffisant pour tirer des conclusions définitives. Ceci dit, je trouve déjà très maladroit de faire d’un sex-symbol comme Lara Croft une victime d’agression sexuelle (surtout si elle pousse des gémissements comme le dit le pigiste de Joystick). Cela ne fait qu’érotiser encore une fois les violences sexuelles.

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Références

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Mythes autour du viol. Partie 5 : Les mythes sur le viol dans les médias

Les mythes autour du viol et leurs conséquences

Partie 5 : Comment se transmettent les mythes sur les viols ? Zoom sur les médias.

Partie 1 : Quels sont ces mythes ? Qui y adhère ?

Partie 2 : Les conséquences pour la victime

Partie 3 : Les mythes sur le viol restreignent la liberté des femmes

Partie 4 : Les mythes sur le viol augmentent la propension au viol

Dans les articles précédents, nous avons pu voir ce qu’était les mythes à propos du viol (des idées comme « elle n’avait qu’à pas sortir habillée comme ça », « une femme qui dit non, pense oui »…) ainsi que leurs conséquences, individuellement, sur le rétablissement des victimes, et collectivement sur la liberté des femmes. Nous avons également vu comment la croyance en ces mythes peut mener des hommes à violer.

Dans cette 5ème et dernière partie, je vais évoquer la façon dont se transmettent ces idées reçues  délétères.

Magazines

Les médias véhiculent beaucoup de croyances infondées sur le viol

L’acceptation des mythes sur le viol comme norme

Les normes sont des règles comprises par les membres d’un groupe et qui guident ou contraignent le comportement1. Ces normes peuvent être injonctives – elles prescrivent ou interdisent certains comportements -, ou descriptives – elles informent sur la façon dont les autres jugent ou agissent dans une situation donnée2.

Bohner et ses collaborateurs ont testé l’hypothèse selon laquelle l’acceptation des mythes autour du viol agissait comme une norme3. Ils ont fait passer un test à 264 étudiants allemands de sexe masculin, leur permettant de mesurer l’adhésion aux mythes et la propension au viol de ces derniers, dans diverses situations : soit on faisait croire aux étudiants que les participants de l’année précédente présentaient une faible adhésion aux mythes sur le viol, soit, à l’inverse qu’ils présentaient une forte adhésion aux mythes autour du viol. Il y avait également  une situation contrôle où il n’y avait pas d’information sur les prétendus résultats des autres.

Pour mesurer l’adhésion aux mythes des participants, un questionnaire leur a été proposé, où il y avait plusieurs phrases qui reflétaient des mythes autour du viol (« une femme qui dit non pense oui », « une tenue aguicheuse peut inciter un homme à violer »…). Les étudiants devaient cocher une case parmi 7 pour exprimer leur accord ou leur désaccord avec le mythe, la case 1 correspondant à « pas du tout d’accord » et la case 7 à « tout à fait d’accord ». Pour manipuler les participants, les auteurs avaient indiqué la case prétendument la plus souvent cochée l’année passée.

adhésion aux mythes norme

L'adhésion aux mythes sur le viol agirait comme une norme sociale.

Cette étude a redémontré qu’au niveau individuel, une forte adhésion aux mythes sur le viol augmente la propension au viol (voir : Conséquences des mythes sur le viol sur la propension au viol). Les résultats indiquent également que quand les participants percevaient un fort niveau d’acceptation des mythes sur le viol chez les autres, leur propension à exercer des violences sexuelles augmentait, du moins si eux-mêmes adhéraient au préalable à ces mythes. En effet, la propension au viol des hommes adhérant peu aux mythes sur le viol n’était pas beaucoup affectée par les supposées réponses des autres. Cela est plutôt cohérent, car les normes sont surtout efficaces quand elles renforcent des attitudes préexistantes.

Cette expérience a été ensuite renouvelée, sauf que l’on faisait croire aux participants que les réponses indiquées comme ayant été majoritairement cochées précédemment, étaient celles d’un groupe auquel ils n’appartenaient pas (alors que précédemment  on indiquait à des étudiants en psychologie les prétendues réponses d’autres étudiants en psychologie). Ces fausses réponses d’un groupe externe influençaient tout de même leur propension au viol4.

Ces données suggèrent que quand la majorité semble adhérer aux mythes autour du viol, la croyance en ces mythes est renforcée au niveau individuel, et la propension au viol, amplifiée. La norme sociale pourrait être perçue comme une justification des agressions sexuelles.

Les mythes sur les viols dans les médias

Etant donné que l’avis de la majorité, en ce qui concerne les mythes autour du viol, semble renforcer au niveau individuel les croyances en ces mythes et augmente en conséquence la propension à agresser sexuellement, il m’a semblé intéressant de voir si les médias, qui ont une influence majeure sur l’opinion publique, ne véhiculent pas eux aussi des idées reçues sur le viol.

Une étude de 20085 a ainsi tenté d’évaluer la prévalence des mythes sur le viol dans la presse écrite. Ainsi 156 articles issus

journaux

Les articles de la presse écrite véhiculent nombre de mythes sur le viol.

de la presse américaine, portant sur une affaire de violence sexuelle très médiatisée, l’affaire Kobe Bryant (un joueur de basket américain qui a été accusé de viol en 2003 par une femme), ont été analysés. A peu près 65% (102) d’entre eux colportaient au moins un mythe sur le viol,  elle ment étant le mythe le plus répandu (présent dans 42% des articles). Elle en avait envie (de la relation sexuelle violente) était le mythe qui arrivait en deuxième position (dans 31% des articles). Seulement 7% des articles questionnaient l’honnêteté de Bryant. Les auteurs ont également testé l’impact de la lecture d’un article qui contenait des mythes sur le viol : les lecteurs avaient alors beaucoup plus tendance à croire que la victime mentait, en comparaison avec ceux qui avait lu un article qui contestait les mythes sur le viol.

Dans une autre étude6, les mêmes auteurs ont analysé 555 titres d’articles de journaux – qui ont probablement plus d’impact que les articles eux-même- toujours à propos de l’affaire Kobe Bryant. Bien que les titres comprennent en général moins de 10 mots, environ 10% d’entre eux  rapportaient quand même un mythe à propos du viol ! Les mythes les plus courants étaient les mêmes que dans l’étude précédente (elle ment ou elle en avait envie). De plus, ces titres employaient bien plus souvent le terme d’ « accusatrice » (accuser) que celui de « victime présumée » (alleged victim). Or, comme l’a montré Bohner en 2001, certains choix de langage (utilisation du passif, évitement de l’emploie du mot « viol ») dans les écrits sur les agressions sexuelles, permettent d’exprimer subtilement que la victime est en partie responsable7.

Par ailleurs, il a été montré plusieurs fois que la presse écrite a tendance à blâmer les victimes, surtout si elles connaissaient leur agresseur et si l’agression suit un schéma de domination raciale (si l’agresseur est blanc et si la victime est noire) ou de classe (un riche qui agresse une pauvre)8–13. Les articles de journaux se concentrent sur le comportement des victimes, en particulier sur leur comportement sexuel passé9.

Les magazines adressés à un public masculin (FHM, Nuts, Zoo…) seraient particulièrement sexistes : une étude a montré que des citations sexistes (et véhiculant souvent des mythes sur le viol) extraites de ces magazines ne pouvaient pas être distinguées de phrases prononcées par des violeurs14. Au contraire, les citations de ces magazines ont même été jugées plus dégradantes pour les femmes que les paroles des violeurs !

Les mythes sur le viol seraient aussi présents à la télévision : une étude de 199215 portant sur des épisodes de séries des années 1980, impliquant un viol, a montré qu’en moyenne, un épisode comprenait au moins un mythe sur le viol, avec en moyenne 5 références à ce ou ces mythes. Elle l’a cherché, elle ment et elle le désirait étaient les mythes les plus répandus. Une étude de 2000 présente des résultats similaires, mais pointait cependant le fait que les viols y étaient représentés  d’une manière de moins en moins stéréotypés16.  Enfin une autre étude, portant sur 96 étudiantes, a montré qu’il y avait une corrélation entre le temps passé devant la télévision et l’adhésion aux mythes sur le viol17.

Un troussage de domestique

Un troussage de domestique, un excellent ouvrage qui analyse le rôle des médias dans l'affaire DSK

En France, la récente affaire DSK a donné lieu à un véritable déferlement de mythes sur le viol (« il n’y a pas mort d’homme »,  « c’est un troussage de domestique », « il n’a pas pu faire ça »…) dans les journaux, sur les ondes ou encore à la télévision, ce qui montre bien que les médias français sont très loin d’être épargnés par ce phénomène. Christine Delphy et d’autres féministes ont entrepris d’analyser de manière très fine ces réactions misogynes dans l’ouvrage « Un troussage de domestique » (que je vous recommande chaudement !).

femme objet sexuel

La visualisation de pubs représentant des femmes objets sexuels augmentent le niveau d'adhésion aux mythes sur le viol

Finissons par un média très souvent dénoncé par les féministes : la publicité. Environ 2000 publicités, tirées de magazines et représentant des femmes, ont été analysées dans une étude de 200818. Un peu plus de la moitié d’entre elles dépeignaient les femmes comme des objets sexuels, et un peu moins de 10%, comme des victimes.  Dans 73% des cas, une femme représentée en victime était également représentée en objet sexuel.  Les auteurs de l’étude suggèrent que ces représentations de femmes à la fois sexualisées et victimes,  ont pour conséquence d’associer sexualité féminine et douleur, et donc de banaliser les violences contre les femmes. Il est vrai que ces deux éléments (victimisation et sexualisation) évoquent les mythes comme « les femmes aiment être forcées/la sexualité violente ». Par ailleurs, les images de femmes objets sexuels expriment l’idée que les corps des femmes sont disponibles pour les hommes, qu’ils peuvent être jugés et touchés selon leur bon vouloir. Enfin, déshumaniser un groupe de personnes faciliterait les agressions à son égard. Il a ainsi été montré dans deux études que, quand des participants avaient vu des publicités représentant des femmes sexuellement objectivisées, leur adhésion aux mythes sur le viol augmentait19,20.

En conclusion

Les médias véhiculent de manière massive des mythes autour du viol. Or, l’adhésion à ces mythes est une norme : l’opinion de la majorité à ce sujet influence les croyances au niveau individuel. Ainsi, les médias contribuent à ce que ces idées reçues soient répandues dans la population.

BONUS : Petit Jeu

Voici quelques articles qui relatent un viol ou une agression sexuelle. Selon vous, contiennent-ils des mythes sur le viol ? Si oui, à quelle(s) catégorie(s) appartiennent-ils ?

1. Elle ment

2. Elle l’a bien cherché

3. Elle voulait et a aimé cette relation sexuelle

4. Le viol(ou l’agression sexuelle) n’est pas quelque chose d’important

5. Il n’a pas eu l’intention de la violer (ou de l’agresser)/il ne l’a pas fait exprès

6. Il n’est pas le genre d’homme à faire cela

7. Les hommes ont des pulsions sexuelles incontrôlables

8. Ca n’arrive qu’à certaines femmes

Claude Lanzmann arrêté pour un baiser volé 

Juan: il lui met un doigt dans les fesses pendant son sommeil 

DSK. Ce que l’on sait sur Nafissatou Diallo

DSK : l’homme qui aime les femmes sans modération

Accusation de viol levée contre Kobe Bryant

Tristane Banon : une photo privée pourrait salir sa réputation face à DSK 

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Références

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Mythes autour du viol. Partie 4 : Les mythes sur le viol augmentent la propension au viol.

Les mythes autour du viol et leurs conséquences

Partie 4 : Conséquences sur la propension au viol

Partie 1 : Quels sont ces mythes ? Qui y adhère ?

Partie 2 : Les conséquences pour la victime

Partie 3 : Les mythes sur le viol restreignent la liberté des femmes

Partie 5 : Les mythes sur le viol dans les médias

Les mythes sur le viol et les agressions sexuelles – ces croyances infondées qui transfèrent de l’agresseur vers la victime la responsabilité du viol – non seulement nuisent au rétablissement des victimes, mais en plus, servent de prétextes à limiter la liberté des femmes. Nous allons voir maintenant quelles sont leurs conséquences sur la propension des hommes à violer.

Pour simplifier la lecture de l’article, nous utiliserons deux abréviations :
RP (« Rape proclivity ») pour « Propension au viol »
- RMA (« Rape Myth Acceptance ») pour « Acceptation des Mythes sur le viol »

viol de lucrèce

Le viol de Lucrèce, Titien

Qu’est ce que la propension au viol (RP) ?

La propension au viol (RP) est le penchant pour le viol que manifestent certaines personnes. Elle permet d’estimer la probabilité qu’un individu soit un violeur potentiel.

Expérimentalement, elle est mesurée de la façon suivante : un scénario de viol est décrit (mais sans que jamais le mot « viol » n’apparaisse) et l’on demande à un échantillon de personnes si elles se seraient comportées comme l’agresseur du scénario. Les réponses possibles varient de (1) Pas du tout à (5) Très probablement.

Par exemple :

Cela fait plusieurs fois que vous êtes sorti avec une femme rencontrée récemment. Un week-end, vous allez tous deux au cinéma, puis vous retournez ensemble chez vous. Vous buvez quelques bières, écoutez de la musique et vous vous faîtes quelques caresses. A un moment, votre amie se rend compte qu’elle a trop bu et qu’elle ne peut pas conduire pour rentrer chez elle. Vous lui dites qu’elle peut rester ici pour dormir, pas de problèmes ! Vous avez envie de saisir cette opportunité de coucher avec elle. Mais elle objecte, disant que tout cela arrive trop précipitamment et qu’elle est trop ivre. Vous ne vous laissez pas rebuter, vous vous allongez sur elle et faîtes ce que vous avez envie de faire.

Cette méthode de mesure n’est pas reliée à la désirabilité sociale1 : autrement dit, les répondants  ne sont pas influencés par le « Qu’en dira-t-on ? ».

Dans une review de 1981, Malamuth indiquait que, sur l’ensemble des études analysées, environ 35% des hommes présentaient une certaine propension au viol2. Une autre étude de 1992, portant sur 159 étudiants d’une université américaine protestante, a montré que 34% d’entre eux admettaient une certaine propension aux agressions sexuelles3. Dans une étude réalisée en 1998 en Allemagne, 33% des participants avaient  déclaré qu’il y aurait une chance qu’ils se comportent comme l’agresseur4. Enfin, dans une étude qualitative de 2004 portant sur 20 étudiants5, 6 d’entre eux ont admis que sous des circonstances particulières, ils seraient capables de violer ou d’agresser sexuellement.

femmes Minangkabau

Il y a très peu de viols chez les Minangkabau

En 1986, l’anthropologue Peggy Reeves Sanday a proposé une échelle afin de mesurer la propension au viol de différentes sociétés6. Cette échelle allait de « très encline au viol » à « hostile au viol ». Les Etats-Unis – qui ont le plus haut taux de viol dans les pays industrialisés7 – étaient classés parmi les sociétés très enclines au viol, très loin devant les pays européens. A l’inverse, la Suède, la Norvège et la société des Minangkabau à Sumatra présentaient une très faible propension au viol. Elle a pu constater que les sociétés hostiles au viol étaient caractérisées par le droit, pour les femmes, à conserver leurs biens après le mariage, par la participation des hommes à l’éducation des enfants et par une moindre ségrégation des sexes.

Lien entre propension au viol (RP) et acceptation des mythes sur le viol (RMA)

En 1980, Burt émettait l’hypothèse que les mythes sur le viol puissent agir comme des « neutralisants psychologiques » qui permettent aux hommes de s’affranchir de l’interdiction sociale de blesser les autres, quand ils agressent sexuellement8.

De nombreuses études expérimentales ont clairement mis en évidence une corrélation significative entre la RP et le niveau de RMA. Ainsi en 1981, Malamuth a trouvé une corrélation égale à 0,60 entre la RP et la RMA2. Dans une méta-analyse de 2002, la corrélation moyenne sur 11 études, entre ces deux variables était de 0,26.

Ces corrélations sont compatibles avec l’idée de Burt, selon laquelle les mythes sur le viol affectent la probabilité de violer au niveau individuel. Deux autres hypothèses sont également possibles :

  • Les hommes justifient des tendances préexistantes au viol en adoptant les mythes sur le viol. Ainsi la RP serait la cause (et non pas la conséquence) de la RMA.
  • Il n’y a pas de lien causal direct entre RMA et RP, mais ces deux variables sont corrélées à  une troisième autre, comme par exemple l’hostilité à l’égard des femmes.

Mise en évidence d’un impact des mythes à propos du viol sur la propension à violer

En 1998, Bohner et ses collaborateurs ont été les premiers à tenter d’élucider ces liens causaux4. Ils firent le raisonnement suivant :

  • Si la RMA a un effet causal sur la RP, alors la relation entre RMA et RP sera plus forte, si les participants pensent aux mythes sur le viol quand ils remplissent le questionnaire sur la RP.
  • A l’inverse, si la RP est la cause de la RMA, la relation entre les deux variables sera plus forte si les participants remplissent un questionnaire sur la RMA, alors qu’ils sont en train de penser à leur propension au viol.
  • S’il n’y a pas de lien causal direct, l’importance de la corrélation ne variera pas.
formulaire

Selon l'ordre des questionnaires, la corrélation entre RMA et RP change.

Ils comparèrent deux situations expérimentales: dans la première, les 113 participants complétaient d’abord le test sur la RMA, puis celui sur la RP ; dans la seconde, ils complétaient les deux questionnaires dans l’ordre inverse. Ils trouvèrent que la relation entre RP et RMA était plus forte quand les participants avaient d’abord rempli le test sur la RMA.

Les auteurs en déduisirent que les mythes sur les viols avaient bien un effet causal sur la propension à violer, au niveau individuel, comme l’avait suggéré Burt 18 ans plus tôt.

Ces résultats ont été répétés en 2005 sur 107 individus10. De plus, la corrélation entre RP et RMA était plus forte chez les hommes qui avaient déjà été agressif sexuellement dans le passé10. Ces derniers représentaient 44% des individus de l’échantillon et la majorité d’entre eux n’avaient pas utilisé la force pour obtenir un rapport sexuel, mais avaient usé d’un comportement manipulatoire pour arriver à leur fin.

Détermination des motivations médiatrices entre RMA et RP

Une fois que le lien causal entre RMA et RP a été établi, il fallait chercher quelles étaient les motivations qui servaient de médiateurs entre RMA et RP. En général, deux grandes hypothèses sont émises à propos de la motivation des violeurs1 :

  • L’excitation sexuelle
  • L’exercice d’un pouvoir,  un moyen (parmi tant d’autres) permettant aux hommes de maintenir leur statut supérieur.
viol

Qu'est ce qui motive les violeurs ? L'excitation sexuelle ? Le désir de dominer ? ou bien les deux ?

Les études basées sur les témoignages de violeurs ou d’agresseurs sexuels, condamnées ou ayant avoué leur crime, suggèrent que la principale motivation au viol est l’excitation sexuelle1. Le problème est que les violeurs et agresseurs n’ont pas forcément bien conscience de ce qui les a motivés à agresser. De plus, même si ils étaient conscients de leurs motivations profondes, il y a peu de chance qu’ils admettent avoir violé par plaisir de dominer une femme.

Les contenus des mythes sur le viol sont très divers. Certains prétendent que les hommes ne peuvent pas contrôler leurs pulsions et d’autres minimisent la gravité des agressions sexuelles, les reléguant au statut de rapport sexuel habituel. Par ailleurs, certains mythes sur le viol mettent plus l’accent sur le comportement de la victime, sous-entendant qu’« elle l’a bien mérité » et donc qu’elle devait être punie. Tout cela semble indiquer que, aussi bien l’excitation sexuelle que le désir de domination, peuvent motiver un violeur.

Pour y voir plus clair, des chercheurs (dont Bohner) ont entrepris une série d’expérimentations en 20041. Ils ont pris comme cadre de travail le cas des viols commis par un proche, qui représentent 75% des viols11. Plus exactement, ils ont réanalysé leurs données de 1998 (obtenues sur un échantillon de 113 hommes Allemands, « étude 1 ») et ont conduit deux autres expérimentations au Royaume-Uni (« étude 2 ») et au Zimbabwe (« étude 3 »).

Dans les trois cas, des hommes ont répondu à un test sur leur RMA et ont lu 5 scénarios de viol ayant eu lieu lors d’un rendez-vous amoureux. Pour chacun des scénarios, les participants devaient indiquer :

  1. la probabilité de se comporter comme l’agresseur (mesure de la RP)
  2. quel serait leur niveau d’excitation sexuelle dans cette situation (mesure de l’excitation sexuelle anticipée)
  3. quel serait leur niveau de contentement d’avoir pu obtenir ce qu’ils voulaient (mesure du plaisir de dominer anticipé)

Pour analyser ces résultats, un modèle de régression multiple a été utilisé, permettant de déterminer les variations d’une variable (ici, la RP) en fonction d’autres variables (ici, la RMA et les deux médiateurs potentiels : l’excitation sexuelle et le plaisir de dominer). Ils ont également cherché à évaluer la variation des deux médiateurs potentiels en fonction de la RMA.

Dans les études 2 et 3, ils ont retrouvé la corrélation entre RMA et RP. Dans les études 1 et 2, le plaisir de dominer, mais pas l’excitation sexuelle, était significativement reliée à la RP. Dans l’étude 3, il y avait une relation positive et significative entre la RP et les deux médiateurs potentiels. Cependant, la relation entre RMA et l’excitation sexuelle n’était pas significative, ce qui l’exclut d’office comme médiateur. De plus, la relation entre excitation sexuelle et RP était beaucoup plus faible que la relation entre plaisir de la domination et RP.

résultats de l'article

Coefficients prédisant une variable (par exemple, RP) à partir d’une autre (par exemple, RMA). Les coefficients entre parenthèses et le coefficient de la RMA quand on inclut les médiateurs potentiels comme prédicteurs concurrents. *p < .05. **p < .01. ***p < .001. D’après Chiroro et al 20041

Ainsi, le plaisir de dominer serait la motivation médiatrice entre le RMA et la RP, contrairement à l’excitation sexuelle. Ces résultats corroborent la théorie féministe selon laquelle le viol a pour fonction de perpétuer la domination masculine (voir notamment : Les mythes sur le viol restreignent la liberté des femmes). Par contre, ils vont plutôt à l’encontre des théories qui suggèrent que le viol est motivé par l’excitation sexuelle.

Cela dit, dans les trois études, le plaisir de dominer et l’excitation sexuelle étaient très corrélés. Les auteurs supposent que pour beaucoup d’hommes, le désir de dominer et le désir sexuels sont très fortement associés. Cela est cohérent avec les résultats d’une étude qui a révélé que les hommes présentant une forte probabilité d’harceler ou d’agresser sexuellement, faisaient un lien automatique entre sexe et pouvoir12. Quand ces hommes étaient en présence d’un stimulus évoquant le pouvoir, ils avaient tendance à se dire plus attirés par une femme, ce qui n’était pas le cas des autres participants.

En conclusion

Les mythes sur le viol poussent certains hommes à agresser sexuellement. Ce lien de cause à effet est principalement motivé par une volonté de dominer sa victime. Dénoncer et démanteler les mythes sur le viol est donc sans doute un moyen de limiter les agressions sexuelles.

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Références

1. Chiroro P, Bohner G, Viki GT, Jarvis CI. Rape Myth Acceptance and Rape Proclivity. Journal of Interpersonal Violence. 2004;19(4):427 -442.

2. Malamuth NM. Rape Proclivity Among Males. Journal of Social Issues. 1981;37(4):138-157.

3. Osland JA, Fitch M, Willis EE. Likelihood to rape in college males. Sex Roles. 1996;35(3-4):171-183.

4. Bohner G, Reinhard M, Rutz S, et al. Rape myths as neutralizing cognitions: evidence for a causal impact of anti‐victim attitudes on men’s self‐reported likelihood of raping. European Journal of Social Psychology. 1998;28(2):257-268.

5. Lev-Wiesel R. Male University Students’ Attitudes Toward Rape and Rapists. Child and Adolescent Social Work Journal. 2004;21(3):199-210.

6. Reeves-Sanday P. Rape and the Silencing of the Feminine. Rape. 1986.

7. Murnen SK, Wright C, Kaluzny G. If « Boys Will Be Boys, » Then Girls Will Be Victims? A Meta-Analytic Review of the Research That Relates Masculine Ideology to Sexual Aggression. Sex Roles. 2002;46(11-12):359-375.

8. Burt MR. Cultural myths and supports for rape. Journal of Personality and Social Psychology. 1980;38(2):217-230.

9. Bohner G, Siebler F, Schmelcher J. Social Norms and the Likelihood of Raping: Perceived Rape Myth Acceptance of Others Affects Men’s Rape Proclivity. Personality and Social Psychology Bulletin. 2006;32(3):286 -297.

10. Bohner G, Jarvis CI, Eyssel F, Siebler F. The causal impact of rape myth acceptance on men’s rape proclivity: comparing sexually coercive and noncoercive men. European Journal of Social Psychology. 2005;35(6):819-828.

11. Bulletin 2006. Collectif Féministe Contre le Viol; 2006.

12. Bargh JA, Raymond P, Pryor JB, Strack F. Attractiveness of the underling: An automatic power → sex association and its consequences for sexual harassment and aggression. Journal of Personality and Social Psychology. 1995;68(5):768-781.

Les mythes autour du viol et leurs conséquences. Partie 2 : les conséquences pour la victime

Les mythes autour du viol et leurs conséquences 

Partie 2 : les conséquences pour la victime

Partie 1 : Quels sont ces mythes ? Qui y adhère ?
Partie 3 : Les mythes sur le viol restreignent la liberté des femmes
Partie 4 : Conséquences sur la propension au viol
Partie 5 : Les mythes sur le viol dans les médias

Dépression après le viol

Les taux de dépression sont élevés chez les victimes de viol

Nous avons vu dans une première partie quels étaient les mythes sur le viol et qui y adhérait. Les victimes de viol sont les celles qui souffrent le plus directement de ces mythes, qui ont  pour principale conséquence de les blâmer et de déresponsabiliser le violeur1. La responsabilité du viol est donc déplacée du coupable vers la victime.

Ce transfert est typique des agressions sexuelles. Les victimes de vol, par exemple, ne sont pas tenues pour responsables de ce qui leur arrive. Même si elles peuvent se faire légèrement blâmées (« Il n’aurait pas du transporté tant d’argent sur lui.»), les implications  sociales ne sont absolument pas équivalentes à celles que vivent les victimes de viol2.

A ce propos et comme me le faisait très justement remarquer une de mes commentatrices, elfvy, en Français, la forme « elle s’est faite violer» (appelé « causatif pronominal ») est très courante alors qu’à l’inverse le passif « elle a été violée » est beaucoup plus rare. Or plusieurs études grammaire indiquent ces deux expressions n’ont pas exactement le même sens : la construction causative pronominale (« elle s’est faite violer ») implique une certaine responsabilité ou du moins une activité volontaire du sujet !3

Nous allons voir dans cette partie quelles conséquences entraîne ce transfert de responsabilité sur la victime.

Les séquelles psychologiques chez les victimes de viol

cauchemar

Le TSPT se manifeste notamment par des cauchemars évoquant l’évènement traumatisant

Chez les victimes de viol, les séquelles psychologiques sont largement plus importantes et persistantes dans le temps que les séquelles physiques4. Les abus sexuels, et en particulier les viols, sont associés à plusieurs désordres psychiatriques dont les troubles anxieux, alimentaires, les troubles du sommeil, les troubles dépressifs et plus particulièrement les troubles de stress post-traumatique5,6 (TSPT). Le TSPT est une réaction psychologique consécutive à une situation durant laquelle l’intégrité physique ou psychologique du patient ou d’autrui a été menacée, ou effectivement atteinte7. Il se manifeste notamment par des flash-backs et des cauchemars envahissants qui hantent la victime, par l’évitement des situations pouvant rappeler à la victime l’événement traumatisant, et par une hypervigilance. 

Lors d’agressions sexuelles, le choc ressenti est particulièrement fort, puisque les victimes présentent des symptômes de TSPT plus intenses que les victimes d’agressions non sexuelles8. Un nombre non négligeable de victimes de violences sexuelles manifestent des symptômes sévères6. Bien entendu, celles-ci sont tout de même capables de se rétablir et les symptômes diminuent progressivement au cours du temps6,8. Ainsi d’après une étude de 19929, 94% des victimes de viol présentent des symptômes de TSPT 13 jours après l’agression. Elles ne sont plus que 50% trois mois après le viol. Mais, malgré cette diminution des symptômes au cours du temps, certaines victimes rencontrent encore les critères diagnostiques de TSPT des années après le viol6.

Effet du soutien social et des réactions négatives sur le rétablissement de la victime

Lorsqu’une victime de viol révèle ce qui lui est arrivé à son entourage, à la police ou à tout autre personne, elle peut être confrontée à deux types de réactions : des réactions positives (soutien social : écoute, encouragement…) et des réactions négatives (blâme, ne pas croire la victime)10.

Dans  une  étude  portant sur  323  victimes  d’agression sexuelle11,  il a été  observé  que  la  plupart  des  victimes (97,1  %)   perçoivent  des  réactions  positives, mais également  négatives  (98,2 % d’entre elles)  après qu’elles avaient révélé avoir été agressées sexuellement. Les réactions perçues comme négatives perpétuaient la plupart du temps les mythes à propos du viol et de l’agression sexuelle. La plupart de ces victimes auraient souhaité recevoir plus de soutien émotionnel (empathie, écoute…) et d’aide concrète (hébergement…).

Certains travaux étudiant les effets des réactions positives (c’est-à-dire du soutien social) ont montré des effets positifs sur le rétablissement psychologique de la victime10,12, mais d’autres n’ont trouvé aucun effet statistiquement significatif10,13. Il se pourrait qu’en réalité l’effet positif du soutien social sur le rétablissement ne soit pas visible immédiatement après le viol, mais qu’il apparaisse à plus longs termes10. Le soutien social aurait dans tous les cas un impact positif sur le rétablissement physique de la victime14,15.

blâme sur la victime

Blâmer la victime peut avoir des conséquences dramatiques sur son rétablissement

A l’inverse, deux études ont montré que les réactions négatives – le blâme ou l’incrédulité liés aux mythes sur le viol, par exemple  – avaient un impact désastreux sur le rétablissement des victimes10, que ces réactions négatives aient eu lieu juste après le viol13 ou plus d’un an après12. La première étude, de 1991, a montré que les attitudes négatives du conjoint de la victime étaient fortement corrélées à des symptômes psychologiques (cauchemars, angoisse…) plus importants13. Dans l’autre étude, de 1996, tous les types de réactions négatives (blâme, incrédulité, prise de contrôle…) étaient reliées à un plus mauvais rétablissement et à de plus forts symptômes psychologiques12.

Le fait que la quasi-totalité des victimes perçoivent des réactions négatives lors de la révélation de leur viol explique sans doute pourquoi certaines restent traumatisées des années après le viol.

La victime peut également se blâmer elle-même si elle adhère aux mythes à propos du viol. Cependant, le point de vue des proches peut également influencer son  interprétation des faits6. Or plus les victimes culpabilisent pour leurs actions prétendument inadéquate (« Je n’aurais pas du mettre cette jupe »), plus elles se replient sur elles-mêmes, et moins elles s’adressent à des proches pour qu’ils les aident à gérer leur détresse6.

Qui blâme ou ne croit pas les victimes ? Qui les soutient ?

commissariat

La police n’adopte pas toujours une attitude très appropriée face aux victimes de viol….

Les amis, le conjoint et la famille semblent être les meilleurs soutiens aux victimes et c’est souvent à eux que la victime révèle le viol. A l’inverse, la police et les médecins apparaissent comme les moins aidants et ceux ayant le plus de réactions négatives à l’égard de la victime10. Il semble difficile pour la victime de pouvoir éviter ces réactions négatives, puisqu’elle sera dépendante de ces agents.

A la  suite d’un  évènement traumatique,  la victime, quand elle a un conjoint, se tourne généralement vers ce dernier pour rechercher du soutien6. Le rétablissement de la victime dépend donc fortement de son comportement. En effet, un manque de soutien provenant du conjoint ne semble pas pouvoir être compensé par le soutien provenant d’une autre source6.  Or, dans les cas de viols, environ 17% des conjoints blâmeraient la victime et 25% disent se sentir en colère contre elle16,6. De plus, le conjoint a tendance à devenir de moins en moins empathique et patient quand les symptômes de traumatisme persistent17,6. Certains conjoints ressentent même de la jalousie par rapport au violeur et s’inquiètent par rapport à leurs performances sexuelles (!)6.

Une étude18 a montré que les conjoints masculins adoptaient des comportements plus négatifs envers la victime dans les cas d’agressions sexuelles que dans les cas d’agressions non-sexuelles.

Or la façon dont les conjoints réagissent dépendrait très fortement de leur adhésion aux mythes autour du viol6,19. Plus le conjoint croirait à ces mythes, plus il aura tendance à blâmer la victime ou à minimiser l’agression. Ainsi, il a été montré qu’un conjoint sera plus attentif et soutenant s’il perçoit l’agression comme un acte de violence plutôt qu’un acte sexuel12.

De façon général, les personnes blâmant les victimes de viol sont celles présentant un fort niveau de sexisme hostile et d’adhésion aux mythes sur le viol20. Ce sont le plus souvent des hommes21.

Quant aux interactions avec les agents des systèmes juridique et médical, la littérature suggère qu’elles sont souvent mauvaises et vécues par les victimes comme un « second viol », une seconde persécution après le traumatisme initial. La plupart des personnes dénoncées pour viol ne sont pas poursuivies, les victimes traitées aux urgences hospitalières ne reçoivent pas de compréhension et beaucoup d’entre elles n’ont même pas accès à des services de soins psychiatriques de qualité22.

A ce propos, certains comportement des policiers et de représentants de la justice, relatés par Muriel Salmona, psychiatre spécialisée en psychotraumatologie et victimologie, font vraiment froid dans le dos :

Une adolescente de 13 ans a été violée par trois adultes (ayant autorité) qui l’ont obligée à visionner avec eux un film pornographique, et ils ont reproduit sur elle toutes les scènes. Le brigadier et la brigadière de police qui l’auditionnent (audition filmée puisqu’elle est mineure) se mettent à rire lorsqu’elle décrit les scènes de viol. Pire, ils ont dit à la victime qu’elle était une libertine. Ils lui ont demandé si elle aimait être sodomisée. Ils ont même osé dire : "Tu crois vraiment qu’une fille qui est violée, elle se débat comme toi ?" Que penser de ces rires et de ces commentaires ? De telles questions ne peuvent venir de professionnels capables d’impartialité lors des dépôts de plaintes pour viol. Sans surprise cette brigade des mineurs a mis 8 mois avant de traiter la plainte.
Une autre patiente adolescente de 15 ans a été violée par un ancien camarade de classe. Elle non plus n’avait jamais eu de rapports sexuels auparavant, mais elle le connaissait. L’accusé a reconnu qu’elle avait dit non et qu’il lui tenait fermement les deux bras. Pourquoi le procureur a-t-il prononcé un non-lieu ? Est-ce parce qu’elle  avait oublié de leur parler d’échanges MSN entre eux avant le viol ? Une victime avant d’être violée doit savoir qu’elle va être violée et donc éviter tout contact avec le futur agresseur, sinon elle n’est pas crédible ? ! Le moindre oubli vaut plus que des aveux. Le procureur ne s’est pas arrêté au non-lieu. Il a déposé une plainte pour dénonciation mensongère pour crime imaginaire. Il a laissé la brigade des mineurs mettre en garde à vue cette adolescente. Garde à vue où les policiers l’ont traitée de menteuse et lui ont dit que c’est très grave, qu’elle risquait 10 ans de prison.

Aux Etats-Unis, la minimisation des cas de viol – en particulier quand il concerne des femmes pauvres et appartenant à des minorités ethniques- est un grand sujet d’inquiétude. Plusieurs scandales ont éclaté à ce propos23.

Quand est-on le plus blâmé ou le moins cru ?

L’importance du soutien dépendrait de plusieurs circonstances. Ainsi, les agressions sexuelles les plus graves (avec pénétration : les viols) sont celles qui suscitent le moins de réactions positives et le plus de réactions négatives24,14. Les victimes appartenant à des minorités ethniques subissent également plus de reproches24. Les femmes adhérant le plus à leur genre (c’est-à-dire les femmes les plus « féminines »)  sont perçues comme plus crédibles2. Si le viol a été perpétré par un inconnu plutôt que une connaissance, la victime reçoit plus de soutien, probablement parce que les circonstances collent mieux à celle du viol stéréotypé6,25,21 et elle est perçue comme plus crédible26. Si la victime a résisté ou si elle a une bonne réputation, elle sera moins blâmée20. Enfin, les femmes ayant vécu une agression sans violence physique seront elles aussi plus dénigrées ; elles mettront plus de temps aussi à recherche un traitement médical10 alors qu’elles seront aussi plus affectées sur le plan psychologique6.

En bref, excepté quand le viol correspond au viol stéréotypé (la nuit par un étranger armé, avec une victime totalement pure), les victimes ne sont pas considérés comme totalement innocentes.

Les victimes sont le plus blâmées quand la configuration du viol suggère qu’elles aient pu ressentir une attirance sexuelle envers leur agresseur : ainsi les femmes hétérosexuelles et les hommes homosexuels sont plus blâmés que les lesbiennes et les hommes hétérosexuels27,28,29. Une étude a montré que le viol était jugé comme « plus horrible » et plus traumatisant pour les hommes hétérosexuels que pour les femmes et les hommes homosexuels30, comme si le viol était une simple relation sexuelle, et dans un déni complet de la souffrance des femmes et des homosexuels qui en sont victimes. D’après une enquête de 1997, les policiers pensent souvent que le viol est moins traumatisant pour les homosexuels et ils ne prennent pas aux sérieux les plaintes déposées par ceux qu’ils pensent « gays »31.

campagne alcool

"Elle ne voulait pas le faire, mais elle n'a pas pu dire non." Une campagne américaine contre l'excès d'alcool met l'accent sur le comportement des victimes...

Une étude de 2010 a montré que, bien que certaines personnes interrogées ne blâment pas directement la victime, plus de la moitié de celles-ci considéraient que le comportement de la victime (par exemple : sa façon de se vêtir, si elle avait bu de l’alcool…) avait pu causer l’agression sexuelle32. Dans la réalité, les  agressions  impliquant  de  l’alcool  (chez  la victime comme chez l’agresseur )  sont  également  davantage  associées  à  des réactions  négatives24. De même, selon un mythe répandu, les femmes actives sexuellement ont plus tendance à mentir à propos de leur agression sexuelle que les femmes « chastes ». Ainsi, même si on prétend que dans notre société, les femmes ont la possibilité d’avoir autant de partenaires sexuels qu’elles le souhaitent, dans leur réalité, cela leur sera reproché si elles sont victimes de violence sexuelle2. Une étude a montré que, lorsqu’une scène de viol est dépeinte à des sujets, ceux-ci auront tendance à plus blâmer la victime si celle-ci est décrite comme portant une jupe courte33. Ils considéreront qu’elle voulait avoir un avoir un rapport sexuel, qu’elle portait une tenue trop suggestive et qu’elle avait provoqué son violeur.

 

Le viol : un crime largement impuni du fait des mythes sur les agressions sexuelles

Le viol est un crime encore largement impuni puisque seuls  5 % des viols de femmes majeures font l’objet d’une plainte  et trois quarts de ces plaintes sont suivies d’un non lieu ou d’un classement sans suite34 ! Comment expliquer ce phénomène ?

Tout d’abord, certaines personnes ayant subi un rapport sexuel non consenti ne se considèreront pourtant pas comme victime de viol. Il y a plusieurs explications à ce phénomène, notamment l’adhésion aux  mythes autour du viol. Il a été en effet montré que quand une victime adhérait à certains mythes (« quand une victime ne débat pas, ce n’est pas un viol » et « si une femme allume un homme, elle cherche les ennuis ») et qu’elle s’était réellement trouvé dans la situation décrite dans le mythe (ici : qu’elle ne s’est pas débattu ou elle avait séduit son agresseur), elle avait tendance à ne pas se considérer comme victime35.

Ensuite, si les victimes sont si peu disposées à porter plainte, c’est par peur d’être dénigré par les policiers ou les magistrats20. Ainsi, du fait que les victimes ayant été violées par un proche sont plus blâmées que les autres, ces dernières mettent plus de temps à signaler le crime à la police, ce qui contribue d’autant plus à leur incrédibilité2. Elles ont également plus tendance à mentir à propos de l’agression26.

Matthew Hale

Matthew Hale

Le dénigrement des victimes affecte non seulement la probabilité que la victime signale le viol à la police mais également la conviction de la police et des jurés qu’il y a bien eu agression.20 A noter que pour les cas de viol, dans les cours américaines et jusque dans les années 1980, les juges lisaient à voix haute au jury l’avertissement de Hale, un juriste anglais du XVIIIème siècle : « Le viol est une accusation facile à formuler, difficile à prouver, et dont il est encore plus difficile de s’en défendre quand on en est accusé, même si on est parfaitement innocent.» Il est évident que dans de telles circonstance, il est difficile pour une victime d’être prise au sérieux…

Des années 1970 jusqu’aux années 1990, les Etats-Unis connurent plusieurs réformes visant à modifier la législation sur le viol26,23. Auparavant, la victime devait prouver qu’elle avait résisté à son agresseur, et la défense pouvait, quant à elle, puiser dans le comportement sexuel passé de la victime des circonstances atténuantes au crime. Les légistes pensaient en effet que ces lois archaïques décourageaient les victimes à porter plainte et empêchaient les poursuites contre les violeurs. On tâcha également de mieux former les policiers, les procureurs et les médecins à ce sujet. Des progrès ont été faits, mais malgré tout cela, le problème continue à persister aujourd’hui : de nombreux représentants de la justice, les médias, le public et les victimes elles-mêmes continuent d’adhérer aux mythes autour du viol23. Le mythe le plus persistant chez les magistrats est celui que les femmes mentent régulièrement à propos des accusations sexuelles, bien que les fausses accusations soient rares (2-10%)36. Ainsi, la police souhaite souvent que les propos de la victime soient testés par un détecteur de mensonge23, ce qui peut avoir pour conséquence que cette dernière, ne se sentant pas crue, retire sa plainte.

En conclusion

La littérature nous apprend que la très grande majorité des victimes d’agressions sexuelles perçoivent des réactions négatives (blâme, moquerie, incrédulité, minimisation de l’agression, manque de soutien social), du fait que les mythes à propos du viol soient très répandus. Ces réactions négatives nuisent très fortement à leur rétablissement et nuisent au bon fonctionnement judiciaire.

Alors, que ça ne devrait pas être aux femmes d’éviter le viol –mais aux violeurs d’arrêter leurs agressions – la société et le système judiciaire attendent toujours d’elles qu’elles le fassent, en résistant, en restreignant leurs déplacements ou en étant pudiques et réservées.

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Références

1. Scott MB, Lyman SM. Accounts. Am Sociol Rev. 1968;33(1):46-62.

2. Page AD. Judging Women and Defining Crime : Police Officers’ Attitude Toward Women and Rape. Sociological Spectrum. 2008;28:389-411.

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Mythes sur les viols. Partie 1: Quels sont ces mythes ? Qui y adhère ?

Les mythes autour du viol et leurs conséquences 

Partie 1: Quels sont ces mythes ? Qui y adhère ?

Partie 2 : les conséquences pour la victime
Partie 3 : Les mythes sur le viol restreignent la liberté des femmes
Partie 4 : Conséquences sur la propension au viol
Partie 5 : Les mythes sur le viol dans les médias 

Ruelle sombre

Contrairement à la légende, la plupart des viols ne sont pas commis par un étranger dans une petite ruelle sombre

« Evitez de vous habiller comme des salopes si vous ne voulez pas vous faire agresser »
Michael Sanguinetti, policier canadien

 « Un viol, c’est avec un couteau ou un pistolet »
Ivan Levaï, grand journaliste

 «Tant qu’un homme n’est pas muni d’une arme, d’un couteau ou d’un revolver, une femme peut toujours se défendre »
Catherine Millet, intellectuelle française

Slutwalk

Les Slutwalks sont nées en réaction aux propos de Sanguinetti

Récemment, l’association Osez le féminisme a lancé une campagne contre le viol, dont l’un des principaux objectifs est de lutter contre les idées reçues à propos du viol (« Ce sont surtout les filles provocantes qui sont violées »,  « Le viol est provoqué par la testostérone», etc.)

Ces idées reçues (appelées « rape myths » ou « mythes sur le viol ») et leurs conséquences ont été étudiées par les sociologues et psychologues sociaux. J’ai décidé d’y consacrer un article qui sera divisé en plusieurs parties.

Cette première partie explique quels sont ces mythes, pourquoi ils sont faux, et quelles sont les personnes qui y adhèrent. Nous verrons ensuite quelles en sont leurs conséquences et comment ils se transmettent.

Qu’est ce qu’un viol ?

D’après le CNRTL1, le viol est un «rapport sexuel imposé à quelqu’un par la violence, obtenu par la contrainte, qui constitue pénalement un crime ». Dans le droit français, le viol est défini comme «tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise».2

Aux Etats-Unis, 18 à 25% des femmes ont subi soit une tentative de viol, soit un viol dans leur vie 3,4. En France, d’après les statistiques du CFCV5, entre 2003 et 2005, plus de 90% des victimes de viols étaient des femmes et environ 96% des agresseurs, des hommes. Cependant, il se peut qu’il y ait plus de victimes masculines, ces derniers étant moins enclins à se déclarer victimes.

Dans plus de 75% des cas, la victime connaissait son agresseur5. Seulement la moitié des viols est accompagnée de violences physiques et à peine 12% sont commis sous la menace d’une arme6. Environ 20 à 25% des victimes tentent de résister physiquement7. Le crime a le plus souvent lieu au domicile de la victime (environ 65% des cas)8. La moitié des viols a lieu la nuit, l’autre moitié le jour6.

La plupart des violeurs dorment tranquillement : seuls  5 % des viols de femmes majeures font l’objet d’une plainte9. Par ailleurs, le taux de fausses accusations de viol ou d’amplification des faits ne dépasse pas 3 à 8%5,6, un chiffre semblable à celui des autres crimes.

Quels sont les mythes sur le viol ?

Dans l’esprit de la plupart des gens, il existe une image du viol « idéal » qui serait le seul « vrai viol »10,11. Ce viol idéal est commis par un étranger armé et fou, et s’accompagne de beaucoup de violence physique. Il se produit la nuit dans une ruelle sombre ou un parking.

Or, cette image ne correspond que très rarement à la réalité décrite. Et quand le viol ne correspond pas à ce viol stéréotypé, la victime subit le blâme12,13. Elle l’a méritée ou l’a cherchée : c’est ce qu’on appelle « les mythes autour du viol ».

 Lonsway et Fitzgerald (1994) ont défini les mythes sur le viol comme les « attitudes et croyances généralement fausses, mais répandues et persistantes,  permettant de nier et de justifier l’agression sexuelle masculine contre les femmes »14. On peut les regrouper en trois catégories15 :

  • Il ne s’est rien produit. Un certains nombre de mythes promeuvent l’idée que les femmes accusent souvent les hommes à tord de viol. Jusque dans les années 1980, on lisait fréquemment dans les cours américaine lors des procès pour viol l’avertissement de Hale16 : « Il est facile d’accuser quelqu’un de viol, difficile de prouver un viol, et encore plus difficile d’être défendu si on est accusé, même quand on est innocent ».   Actuellement, on tient dans les cours de justice un langage à peu près similaire16. Dans plusieurs études récentes, 20% des personnes interrogées estimaient que les accusations de viol étaient fausses16,17. Un autre mythe prégnant consiste à affirmer que la victime exagère et à minimiser les faits (Par exemple, le fameux « il n’y a pas mort d’homme » de Jack Lang)15,18.
  • Elle l’a voulu ou elle a aimé. Ce sont les mythes prétendant qu’une femme qui dit « non » pense « oui » ; que la violence est sexuellement excitante pour les femmes ; que la victime aurait pu résister si vraiment elle n’était pas consentante. Des études montrent que 1 à 4% des étudiantes américaines croient que les femmes désirent secrètement être violées13,19, tandis que 15 à 16% des étudiants hommes croient ce mythe16,13. Si le viol a eu lieu dans un endroit pour séduire (par exemple : un rendez-vous galant, un bar…), le mythe est d’autant plus fort10. A noter qu’on considère également que les femmes sexuellement actives, et particulièrement les « travailleuses du sexe » comme les actrices de pornographie ou les prostituées, ne peuvent pas ne pas être consentantes12 !
  • Elle l’a mérité : Ce sont les mythes comme “Elle était habillée de manière trop sexy » ou “Elle marchait seule la nuit”. Carmody et Washington (2001) ont montré qu’environ 21% des femmes interrogées dans leur étude estimaient que les femmes cherchaient qui s’habillent de manière provocante cherchent les problèmes19. Johnson et al. (1997) ont trouvé que 27% des hommes et 10% des femmes considéraient que les femmes, par leur comportement, provoquent le viol13. Une autre enquête indique que 22% des gens interrogés pensaient qu’une femme était totalement ou partiellement responsable de son viol si elle avait plusieurs partenaires sexuels et 26% croyaient qu’elle était au moins en partie responsable si elle portait des vêtements trop sexy.
Raphaëla Anderson

Raphaëla Anderson, ancienne actrice de X, n’a pas été prise au sérieux lorsqu’elle a porté plainte pour son viol. Le procureur lui a dit "C’est normal de se faire violer quand on fait du porno".

Ces mythes ont pour principale fonction de rendre la victime coupable et de déresponsabiliser le violeur. En effet, il a été clairement montré que les personnes adhérant à ces mythes ont tendances à blâmer la victime et à chercher des excuses aux violeurs20. Ces mythes ont été par exemple particulièrement entendus lors de l’affaire Strauss-Kahn. Nafissatou Diallo a été considérée comme « peu crédible » car elle aurait menti dans le passé afin de pouvoir immigré, parce qu’elle aurait été intéressée par l’argent et mariée à un dealer. De même, on a accusé Tristane Banon d’avoir eu une attitude trop « légère » pour avoir été violée.

Qui sont ceux qui adhèrent aux mythes sur le viol ?

 Il a été montré, en utilisant des échelles de mesure de l’adhésion aux mythes autour du viol (avec des questions fermées), qu’entre 25% et 35% des gens adhèrent à la majorité de ces mythes14. Cependant dans une étude utilisant des questions ouvertes, près de 66% des personnes interrogées approuvaient les mythes autour du viol18.

Une constante dans la littérature est que les hommes adhèrent plus souvent aux mythes autour du viol que les femmes18, et plus particulièrement les hommes adoptant une attitude masculine stéréotypée20,21. Le sexisme hostile à l’endroit des femmes est corrélé à l’adhésion aux mythes autour du viol, mais c’est également le cas de certaines idées du sexisme bienveillant comme « les sexes sont complémentaires » ou « les femmes sont toutes des princesses »22–25.  D’autres études ont montré que le racisme, l’homophobie, la discrimination de classes et l’intolérance religieuse sont également corrélés à l’adhésion aux mythes sur le viol26–28. Les personnes pensant que la motivation du violeur est non pas sexuelle mais est l’exercice d’un pouvoir sur sa victime sont peu procpices à croire aux mythes sur le viol. Enfin, l’adhésion  aux  mythes  concernant  l’agression  sexuelle  est  liée  à  la méconnaissance  de  la  définition  légale de ce crime11.

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Erratum

J’ai écrit :

le taux de fausses accusations de viol ou d’amplification des faits ne dépasse pas 3 à 8%5

Mais je me suis rendue compte qu’il s’agit de chiffres ne concernant que les mineur-e-s… Chez chiffres proviennent d’une publication de l’IHESI (Institut des Hautes Etudes de la Sécurité Intérieure.) et ont été repris par le CFCV.

Voici ce que j’ai trouvé pour les viols sur les adultes :

  • Une review de 2006 sur ce type d’études*  a indiqué que les policiers ont tendance à juger une accusation de viol comme "fausse" à partir de critères douteux. L’autre conclusion de cette review est qu’il est impossible de déterminer quel est réellement le taux de fausses accusations, car les méthodologies scientifiques de plusieurs études sont contestables. Ainsi, par exemple, un auteur considérait qu’une accusation de viol était fausse si la victime n’avait pas l’air particulièrement perturbé.
  • Une étude de 2010**  a trouvé que le taux de fausses accusation était de l’ordre de 5,9 %. Leur méthodologie pour classer une accusation comme "fausse" est sans doute plus fiable, car elle consiste en une enquête approfondie (plusieurs interviews de l’accusé, du ou de la plaignant-e, rapports médicaux, caméra de surveillance, etc.).

*Rumney, Philip N.S. (2006). False Allegations of Rape. Cambridge Law Journal 65 (1): 128–158. Article

**Lisak, David; Gardinier, Lori; Nicksa, Sarah C.; Cote, Ashley M. (2010). False Allegations of Sexual Assualt: An Analysis of Ten Years of Reported Cases. Violence Against Women 16 (12): 1318–1334. Article

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