Catharsis, jeux vidéos, pornographie, viol… : quelques mots sur « l’affaire Lara Croft »

Catharsis, jeux vidéos, pornographie, viol… : quelques mots sur « l’affaire Lara Croft »

Tomb Raider

Aujourd’hui un article, peut-être un peu fourre-tout, mais qui a pour vocation notamment de répondre à l’article de Peggy Sastre et à toutes les réactions du type « Pfff, mais c’est de la fiction, on s’en fiche, ça sert à rien, il y a plus important à faire ! ».

Je voudrais montrer, que non, il n’y a pas un cloisonnement net entre fiction et réalité. La fiction véhicule des idées et des croyances, et ces idées et croyances se traduisent en actes.

Je remercie au passage Alphonsine Chasteboeuf pour ses précisions très intéressantes sur la catharsis. :)

Contexte

Couverture de Joystick

Le numéro de Joystick où est paru l’article problématique

Je crois que tout le monde est à peu près au courant de la polémique, mais je reprends. Tout commence avec un article de Joystick traitant du prochain opus de Tomb Raider, dans lequel l’héroïne, Lara Croft, est agressée sexuellement. Problème : l’article, qui est quand même imprimé dans un journal grand public, prend le point de vue des agresseurs (fictifs, certes). Sur longues six pages, le journaliste décrit combien il a été pour lui « excitant » de voir l’héroïne se faire « remettre à sa place », « humilier » et « souiller sans ménagement ». La gameuse féministe Mar_lard s’est donc fendu d’un post sur le blog Genre! pour expliquer, tout simplement, en quoi ce genre d’écrit est problématique. Toute une polémique a eu lieu, l’article ayant eu un énorme succès et de nombreux blogueurs ou journalistes ont décidé de donner leur opinion sur « l’affaire ».

Dans cette cacophonie, un article a particulièrement attiré mon attention : c’est celui de Peggy Sastre. Cette dernière a mis un point d’honneur à distinguer représentation d’un« viol dans la vraie vie » et représentation d’un « viol fictif » et a évoqué l’effet de catharsis. Par ailleurs, de nombreuses autres personnes, que ce soit dans les commentaires ou sur les réseaux sociaux, se sont indignées que des féministes puissent s’intéresser à un sujet aussi « stupide » que le traitement du viol dans les médias (jeux vidéos et journaux, en l’occurrence). Au passage, des gens ont aussi fait le lien entre jeux vidéos et pornographie, en prétendant que cette dernière « protégeait » du viol par un effet cathartique, similaire à celui qu’auraient les jeux vidéo violents.

C’est à tout cela que je souhaite répondre aujourd’hui dans un article mi-« scientifique » mi-militant.

Catharsis et violence dans les jeux vidéos et à la télévision

La catharsis (qui signifie « purification » en grec) a d’abord été définie par Aristote, qui en parle comme un phénomène se produisant chez les spectateurs d’une tragédie. Le fait de voir des personnages en action permettrait de se libérer de ses angoisses, passions et craintes par un effet d’identification.

Ce phénomène est très souvent évoqué pour justifier la violence que l’on retrouve dans certains médias, comme les films ou les jeux vidéos. Le fait de voir des meurtres, des tortures, des viols et des violences en tout genre, permettrait de se libérer de ses pulsions violentes.

Qu’en disent les études scientifiques, très nombreuses, à ce sujet ? Les preuves s’accumulent pour indiquer que les médias violents ont

gta

Les jeux violents, comme GTA, augmentent l’agressivité des joueurs.

pour conséquence d’augmenter l’agressivité. Ainsi, une méta-analyse de 20101, portant sur 381 études et plus de 130 000 joueurs de plusieurs pays (Etats-Unis, Japon) a montré que jouer à des jeux vidéos violents augmente l’agressivité, que ce soit au niveau du comportement ou au niveau de la pensée, et diminue l’empathie et les comportements pro-sociaux (aider quelqu’un, faire un don, etc.). Ces effets négatifs étaient significatifs, aussi bien chez les individus occidentaux que chez les personnes asiatiques. Cette méta-analyse a également montré les conséquences négatives des jeux vidéos violents se maintenaient à longs termes, et pas seulement à courts termes.

Les auteurs remarquent également que, bien que la plupart des universitaires pensent généralement que les enfants sont plus vulnérables à l’exposition à la violence, que les adolescents ou les adultes, il y a en réalité peu de preuves à ce sujet.

Les résultats des travaux sur les jeux vidéos sont semblables à ceux des recherches portant sur les films et les programmes télévisés violents. Cependant, il semblerait que les effets des jeux vidéos seraient plus importants2,3. En effet, les jeux vidéos sont plus interactifs et le joueur, étant actif, est plus impliqué émotionnellement et psychologiquement.

Au passage, oui, il y a un auteur, Ferguson4–6, qui a publié trois méta-analyses à ce sujet (largement redondantes car s’appuyant quasiment sur les mêmes études), et qui dit n’avoir détecté aucun effet négatif de la violence dans les jeux vidéos. Mais ses trois méta-analyses portent uniquement sur une dizaine d’études ; et apparemment, il en a ignoré plusieurs publiées récemment.

Bien évidemment, il ne s’agit pas de dire que les jeux vidéos violents sont la cause de tous les maux. La violence existait bien avant l’apparition des écrans. Il est aussi à noter que nous ne sommes pas égaux face à la violence des jeux vidéos. Ces derniers auront peu d’effets sur certaines personnes, et en auront beaucoup sur d’autres. Visiblement, les personnes colériques sont les plus affectées7.

Il ne s’agit pas non plus d’incriminer l’ensemble des jeux vidéos, mais seulement les jeux vidéos violents.

Voilà pour ce qui en est de la violence dans les médias visuels. On voit bien que des images de violences fictives ont un impact sur la réalité, et que donc la séparation violence fictive/réelle est peu pertinente. Passons maintenant au problème des mythes autour du viol dans les médias.

Rappels sur les mythes autour du viol et les médias

Avant de continuer, je voudrais redonner quelques précisions sur le viol, et plus précisément sur les croyances que le justifie : les mythes sur le viol.  Pour en savoir plus, je vous conseille de lire mes articles consacrés à ce sujet.

Première chose : le viol est un crime tristement banal. Aux Etats-Unis, 18 à 25% des femmes ont subi soit une tentative de viol, soit un viol dans leur vie. Le viol n’est pas le fait de détraqués, de fous, de pervers psychopathes, mais d’hommes (99% des auteurs sont des hommes) bien intégrés dans la société. Bref, les violeurs sont des gens absolument « normaux ». Dans plus de 75% des cas, la victime connait son agresseur : conjoint,  ami, collègue, voisin…

Deuxième chose : les moteurs psychologiques du viol, et des agressions sexuelles en général, sont le sexisme et l’adhésion aux « mythes sur le viol ». Ces mythes sont des attitudes et croyances généralement fausses, mais répandues et persistantes,  permettant de nier et de justifier l’agression sexuelle masculine contre les femmes. Il s’agit d’idées comme « elle n’aurait pas dû porter une jupe si courte », « elle ment sûrement », « elle l’a aimée », « les hommes ont des pulsions incontrôlables » etc. Il a été montré qu’il existe un lien causal entre adhésion à ces mythes et propension au viol. Je vous invite à lire le 4ème article de ma série « mythes sur le viol » où tout cela est détaillé.

Zemmour

Exemple de mythes sur les viols : "les hommes sont des prédateurs sexuels"

Or les médias regorgent de mythes sur le viol : dans les séries télévisées, les films, les journaux, la radio, etc (lire le 5ème article pour plus d’informations). Il a pu être montré, que lire ce type de mythes dans les journaux, augmente l’adhésion à ces croyances.

A ce titre, l’article de Joystick est un exemple particulièrement édifiant. Le journaliste présente l’agression sexuelle de Lara Croft, du point de vue de l’agresseur. Le long des 6 pages, c’est essentiellement un mythe qui s’étale : celui de la minimisation des agressions sexuelles. Ce mythe consiste notamment à voir les agressions sexuelles comme « sexuelles » avant d’être des « agressions ». Or les agressions sexuelles sont motivées avant tout par un désir de dominer, et non pas par un désir sexuel. Réduire les agressions sexuelles et le viol à de la sexualité, c’en est oublier tout l’aspect extrêmement violent et traumatisant. Mar_lard a tout à fait raison de s’insurger contre une expression comme « calvaire charnel » qui glamourise la notion de violences sexuelles.

Il est vrai que l’agression sexuelle de Lara Croft est fictive. Mais qu’importe, du moment que des mythes sur le viol sont colportés, le résultat est le même. Après tout, les publicités, les films et les paroles de chansons décrivent bien des situations fictionnelles. Pourtant, ces médias ont bien un impact sur les croyances à propos du viol8–12, ce qui montre que nous ne sommes pas tellement capables de « faire  la part des choses » entre fiction et réalité.

L’article de Joystick n’est pas un cas isolé. Cependant, l’ayant lu en entier, j’ai rarement vu un article étaler ainsi son machisme sans aucun complexe.

Pornographie et mythes autour du viol

A présent, je vais évoquer la pornographie et ses effets sur les croyances à propos du viol pour différentes raisons :

  • L’article de Joystick emploie le champ lexical de la pornographie violente : « malmener », « actrice gonzo SM», « punition », « remettre à sa place », « humilier »,  « souiller sans management », « prend cher », « gros dégoûtant », « calvaire charnelle », « gémissements », etc… Au final, l’article ressemble presque à une description d’une vidéo pornographique.
  • Parce que, certes, on a vu que les jeux vidéos violents produisaient des effets dans la réalité, mais ceux-ci dépeignent rarement des viols, plutôt des meurtres (du moins en Occident).
  • Parce que plusieurs commentateurs ont fait le rapprochement jeux vidéos-pornographie et ont prétendu que, comme les jeux vidéos, la pornographie avait un effet cathartique et protégeait des viols.
  • Parce que tout cela m’intéresse tout simplement ;).

Je vous ai dit, qu’a priori, il me semble peu logique que la pornographie puisse servir de protection contre les viols. Je crois qu’elle a plutôt l’effet contraire, au vu de tout ce que j’ai lu sur les mythes sur le viol.

En effet, les scénarios de la pornographie, genre machiste par excellence, ne s’appuient quasiment que sur des croyances erronés concernant les violences sexuelles. Un scénario courant est, par exemple, celui où une femme montre une résistance à un rapport sexuel, mais finalement y prend du plaisir, ce qui correspond au fameux mythe « Une femme qui dit non, pense oui ». Le mythe « une femme aime le sexe violent » est également très présent puisque la pornographie dépeint généralement des pénétrations violentes, sous lesquelles les femmes hurlent de plaisir… Les caresses, ou ce qu’on appelle les préliminaires, ne sont quasiment jamais montrés. Ce mythe est de plus en plus présent dans la pornographie, puisque les genres violents de type « gonzo » se développent de plus en plus13.

9weeks

Visualiser certaines scènes de "9 semaines 1/2" augmente l’adhésion aux mythes sur le viol.

Il faut aussi considérer le fait que deux études ont montré que le simple fait de visualiser des publicités représentant des femmes objectivisées augmente le niveau d’adhésion aux mythes des participants8,9. Par ailleurs, une étude portant sur des films, certes comportant des scènes érotiques, mais non pornographiques (9 semaines ½ et Showgirls) a indiqué que quand des hommes, même égalitaristes et progressistes, visualisaient ce type de scènes, leur perception du viol s’en trouvait modifiée12. En effet, les hommes ayant regardé ce type de vidéo, avaient plus tendance à considérer qu’une victime de viol avait du plaisir et qu’elle avait eu ce qu’elle voulait, par rapport à ceux qui avaient regardé un dessin-animé.

Revenons-en à la pornographie. Comme pour les jeux vidéos violents, de nombreuses études ont pu montrer des effets négatifs de la pornographie, en particulier qu’elle favorisait des attitudes favorables à la violence envers les femmes.

Par exemple, les analyses d’une enquête prospective14, ayant eu lieu entre 2001 et 2004 sur un échantillon diversifié de jeunes adolescents américains, ont montré que l’exposition précoce aux médias sexuellement explicites prédisait, aussi bien pour les garçons que pour les filles, des attitudes moins progressistes par rapport à l’égalité homme-femme. Pour les garçons, cette exposition précoce prédisait également un plus grand nombre d’actes de harcèlement sexuel deux ans plus tard. Dans le même ordre d’idée, une étude commencée en 2006 sur un panel d’adolescents néerlandais a montré que visualiser de la pornographie sur Internet favorisait l’idée que les femmes étaient des objets sexuels15.

homme devant son ordinateur

Visualiser de la pornographie augmente les attitude favorables aux violences envers les femmes

Les travaux sur le lien entre pornographie et attitudes favorables à la violence envers les femmes (que je vais à partir de maintenant synthétiser en ASV pour  « attitudes supporting violence against women ») ont été synthétisés dans trois méta-analyses, deux de 199516,17 et une de 201018. Allen, le premier auteur des deux méta-analyses de 1995, et ses associés, ont distingué, dans la première16, deux types d’études : les études non expérimentales, basées sur des enquêtes, et les études expérimentales ayant eu lieu au laboratoire dans des conditions contrôlées. Ils ont pu ainsi clairement voir, dans les études expérimentales, un effet significatif de la consommation de pornographie, qui favorisait les ASV. La pornographie violente avait d’ailleurs plus d’effets que la pornographie non-violente. Au contraire, les études non-expérimentales, en général, ne montraient aucun effet de la pornographie. L’équipe d’Allen remarqua que les conclusions des études non-expérimentales étaient souvent contradictoires. Cependant dans la seconde méta-analyse de 1995, ils trouvèrent un effet de la pornographie sur les ASV dans les deux types d’études17.

En 2010, un autre chercheur, Hald18, et ses associés, ont identifié plusieurs problèmes dans la première méta-analyse d’Allen, en ce qui concernait notamment les études non-expérimentales. Ils ont donc conduit une nouvelle méta-analyse corrigée et mise-à-jour. Ils ont trouvé, qu’en réalité, il existait bien une association significative entre consommation de pornographie et ASV, dans les études non-expérimentales, et que la pornographie violente avait des effets plus grands. Cependant, les résultats des études variaient beaucoup, ce qui laissait à penser qu’il existait des variables modératrices.

Malamuth et ses collègues ont conduit ainsi une autre étude pour déterminer quelles étaient ces variables modératrices19. Ils ont notamment testé si la pornographie affectait plus les hommes présentant un plus fort risque d’agression sexuelle, c’est-à-dire ceux présentant fortement deux traits de personnalité : la masculinité hostile et l’attrait pour les relations sexuelles impersonnelles (i.e avec de nombreux partenaires, sans forcément les connaitre ou y être attachés)20. La masculinité hostile se définit comme une combinaison de deux caractéristiques : 1) Un désir de contrôle et de domination, en particulier dans les relations avec les femmes, 2) Des sentiments d’hostilité et de méfiance à l’égard des autres, en particulier des femmes, tout cela accompagné d’attitudes misogynes. Les résultats confirment une nouvelle fois que la consommation de pornographie favorise les ASV. Ils montrent aussi qu’il existe une interaction entre consommation de pornographie et personnalité à risque, les hommes présentant une forte masculinité hostile et un attrait pour les relations sexuelles impersonnelles étant les plus affectés.

résultat

Résultats de l’étude de Malamuth 2010. En ordonnées : ASV. En abscisse : niveau de risque. Les différentes courbes correspondent à différents niveaux de consommation de pornographie

En conclusion, comme pour les jeux vidéos violents, les études de psychologie sociale indiquent qu’il n’y a pas d’effet de catharsis pour la pornographie. Ceci, comme pour les jeux vidéos violents, certains contestent qu’il y ait des effets négatifs liés à la visualisation de pornographie. J’ai pu constater qu’il s’agissait dans les deux cas… des mêmes personnes ! Ainsi, Ferguson qui a rédigé plusieurs articles visant à démontrer que les jeux vidéos violents n’avaient aucun effet négatif, a écrit en 2009 une review sur le lien entre pornographie et agressions sexuelles, en concluant qu’ « il est tant de jeter à la poubelle l’hypothèse selon laquelle la pornographie favorise les violences sexuelles ».  Il me semble assez malhonnête : par exemple, il évoque la première review d’Allen et al. en disant que les résultats sont mitigés, mais ne parle pas de la seconde, où les résultats sont plus homogènes.

Il y a également plusieurs personnes qui disent, que parce qu’il y a une corrélation négative, à l’échelle d’une population entière, entre légalisation de la pornographie et taux de viols, cela indique qu’il y a un effet protecteur de la pornographie. Une des dernières étude en date porte sur le cas de la République Tchèque, qui a légalisé la pornographie en 199021. Mais plusieurs critiques peuvent être faites face à ce type de méthodologie. Premièrement, l’échelle (un pays entier) est trop grande. Il peut y avoir de nombreux autres facteurs qui peuvent expliquer une diminution du nombre de viols, par exemple une amélioration du statut des femmes. Deuxièmement, en qui concerne au moins l’étude en République Tchèque, les auteurs s’appuient sur le nombre de dépôts de plainte pour estimer le taux de viols. Cela me semble hautement problématique, étant donné que de nombreuses victimes ne portent pas plainte. On pourrait même interpréter les données différemment : si, quand la pornographie est légalisée, il y a moins de dépôts de plainte, c’est parce que les victimes osent moins voir la police, de peur d’être blâmées !

Conclusion

J’ai écrit cela dans un seul but : pour montrer que les représentations de la violence dans les médias, que ce soit les  magazines (comme Joystick), les jeux vidéos ou la pornographie, ont un impact sur la réalité. Il y a bien sûr plusieurs facteurs à tout cela. Jouer à un jeu-vidéo ou regarder de la pornographie (ou lire Joystick) ne va pas faire automatiquement de vous un agresseur. Mais s’inquiéter de comment est dépeint un viol ou une agression sexuelle est un combat important.

Quand les féministes s’occupaient du « Mademoiselle », j’ai souvent entendu dire « Oh les féministes, elles ne s’occupent que des trucs inutiles ! Pourquoi elles ne s’occupent pas de choses graves, comme le viol ? ». Maintenant qu’elles s’occupent de viols, on continue d’entendre le même argument, sous prétexte que le viol en question est fictif. Mais est-ce qu’il ne faudrait s’intéresser qu’aux viols réels ? Bien sûr, il est extrêmement important de prendre en charge les victimes dans les meilleures conditions possibles, afin que leur guérison se passe au mieux. Pourtant il est tout aussi important d’essayer de prévenir les viols potentiels, non ? C’est exactement ce qu’a fait Mar_lard puisqu’elle s’est attaquée à un facteur de violences sexuelles : la banalisation et l’érotisation de ces dernières.

Mieux vaut prévenir que guérir

J’ai dans mon entourage, proche ou lointain, réel ou virtuel, plusieurs connaissances ou connaissances de connaissances qui ont été victimes d’agressions sexuelles ou de viols. J’ai en ce moment à l’esprit deux témoignages que j’ai entendus, et qui concerne un cas d’agression sexuelle et un cas de viol en réunion. Les points communs entre ces deux affaires ? Dans les deux cas, les agresseurs étaient des « amis » de la victime et des gens complètement normaux, voire même des garçons de bonne famille. Et surtout, ils semblaient n’avoir absolument aucune conscience de la gravité de leurs actes. Pour le viol en réunion, il s’agissait clairement d’un « délire de soirée », un « pari », une «  rigolade » aux yeux des agresseurs. Ils ont trouvé ça tellement normal qu’ils en ont largement parlé autour d’eux et ont été complètement abasourdis de se retrouver finalement en prison.

Comment expliquer une telle inconscience ? Peut-être, qu’à propos du viol, ils ont entendu parler de « calvaire charnel » au lieu de « crime », de « traumatisme » ou de « détresse. Peut-être aussi ont-ils vu beaucoup de vidéos où des femmes, résistant à des rapports sexuels, finalement appréciaient bien un peu de brutalité. Peut-être aussi croyaient-ils qu’un « vrai viol », c’était la nuit, dans un parking, perpétué par un étranger armé et fou…

Pour finir, revenons-en à Tomb Raider. Je ne considère pas que toute représentation d’un viol ou d’une agression sexuelle est problématique. Elle l’est si elle érotise ou minimise les violences sexuelles. Je n’ai vu que le trailer de Tom Raider et ça me parait insuffisant pour tirer des conclusions définitives. Ceci dit, je trouve déjà très maladroit de faire d’un sex-symbol comme Lara Croft une victime d’agression sexuelle (surtout si elle pousse des gémissements comme le dit le pigiste de Joystick). Cela ne fait qu’érotiser encore une fois les violences sexuelles.

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Références

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2. Anderson CA, Gentile DA, Buckley KE. Violent Video Game Effects on Children and Adolescents: Theory, Research, and Public Policy. Oxford University Press; 2007.

3. Polman H, de Castro BO, van Aken MAG. Experimental study of the differential effects of playing versus watching violent video games on children’s aggressive behavior. Aggressive Behavior. 2008;34(3):256–264.

4. Ferguson C. The Good, The Bad and the Ugly: A Meta-analytic Review of Positive and Negative Effects of Violent Video Games. Psychiatric Quarterly. 2007;78(4):309-316.

5. Ferguson CJ. Evidence for publication bias in video game violence effects literature: A meta-analytic review. Aggression and Violent Behavior. 2007;12(4):470-482.

6. Ferguson CJ, Olson CK, Kutner LA, Warner DE. Violent Video Games, Catharsis Seeking, Bullying, and Delinquency: A Multivariate Analysis of Effects. Crime & Delinquency. 2010. Available at: http://cad.sagepub.com/content/early/2010/03/04/0011128710362201. Consulté août 25, 2012.

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8. Lanis K, Covell K. Images of women in advertisements: Effects on attitudes related to sexual aggression. Sex Roles. 1995;32(9-10):639-649.

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10. Emmers-Sommer T, Pauley P, Hanzal A, Triplett L. Love, Suspense, Sex, and Violence: Men’s and Women’s Film Predilections, Exposure to Sexually Violent Media, and their Relationship to Rape Myth Acceptance. Sex Roles. 2006;55(5):311-320.

11. Barongan C, Hall GCN. The Influence Of Misogynous Rap Music On Sexual Aggression Against Women. Psychology of Women Quarterly. 1995;19(2):195-207.

12. Milburn MA, Mather R, Conrad SD. The Effects of Viewing R-rated Movie Scenes That Objectify Women on Perceptions of Date Rape. Sex Roles. 2000;43(9):645-664.

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18. Hald GM, Malamuth NM, Yuen C. Pornography and attitudes supporting violence against women: revisiting the relationship in nonexperimental studies. Aggressive Behavior. 2010;36(1):14–20.

19. Malamuth N, Hald G, Koss M. Pornography, Individual Differences in Risk and Men’s Acceptance of Violence Against Women in a Representative Sample. Sex Roles. 2012;66(7):427-439.

20. Malamuth NM, Sockloskie RJ, Koss MP, Tanaka JS. Characteristics of aggressors against women: Testing a model using a national sample of college students. Journal of Consulting and Clinical Psychology. 1991;59(5):670-681.

21. Diamond M, Jozifkova E, Weiss P. Pornography and Sex Crimes in the Czech Republic. Archives of Sexual Behavior. 2011;40(5):1037-1043.

Mythes autour du viol. Partie 5 : Les mythes sur le viol dans les médias

Les mythes autour du viol et leurs conséquences

Partie 5 : Comment se transmettent les mythes sur les viols ? Zoom sur les médias.

Partie 1 : Quels sont ces mythes ? Qui y adhère ?

Partie 2 : Les conséquences pour la victime

Partie 3 : Les mythes sur le viol restreignent la liberté des femmes

Partie 4 : Les mythes sur le viol augmentent la propension au viol

Dans les articles précédents, nous avons pu voir ce qu’était les mythes à propos du viol (des idées comme « elle n’avait qu’à pas sortir habillée comme ça », « une femme qui dit non, pense oui »…) ainsi que leurs conséquences, individuellement, sur le rétablissement des victimes, et collectivement sur la liberté des femmes. Nous avons également vu comment la croyance en ces mythes peut mener des hommes à violer.

Dans cette 5ème et dernière partie, je vais évoquer la façon dont se transmettent ces idées reçues  délétères.

Magazines

Les médias véhiculent beaucoup de croyances infondées sur le viol

L’acceptation des mythes sur le viol comme norme

Les normes sont des règles comprises par les membres d’un groupe et qui guident ou contraignent le comportement1. Ces normes peuvent être injonctives – elles prescrivent ou interdisent certains comportements -, ou descriptives – elles informent sur la façon dont les autres jugent ou agissent dans une situation donnée2.

Bohner et ses collaborateurs ont testé l’hypothèse selon laquelle l’acceptation des mythes autour du viol agissait comme une norme3. Ils ont fait passer un test à 264 étudiants allemands de sexe masculin, leur permettant de mesurer l’adhésion aux mythes et la propension au viol de ces derniers, dans diverses situations : soit on faisait croire aux étudiants que les participants de l’année précédente présentaient une faible adhésion aux mythes sur le viol, soit, à l’inverse qu’ils présentaient une forte adhésion aux mythes autour du viol. Il y avait également  une situation contrôle où il n’y avait pas d’information sur les prétendus résultats des autres.

Pour mesurer l’adhésion aux mythes des participants, un questionnaire leur a été proposé, où il y avait plusieurs phrases qui reflétaient des mythes autour du viol (« une femme qui dit non pense oui », « une tenue aguicheuse peut inciter un homme à violer »…). Les étudiants devaient cocher une case parmi 7 pour exprimer leur accord ou leur désaccord avec le mythe, la case 1 correspondant à « pas du tout d’accord » et la case 7 à « tout à fait d’accord ». Pour manipuler les participants, les auteurs avaient indiqué la case prétendument la plus souvent cochée l’année passée.

adhésion aux mythes norme

L'adhésion aux mythes sur le viol agirait comme une norme sociale.

Cette étude a redémontré qu’au niveau individuel, une forte adhésion aux mythes sur le viol augmente la propension au viol (voir : Conséquences des mythes sur le viol sur la propension au viol). Les résultats indiquent également que quand les participants percevaient un fort niveau d’acceptation des mythes sur le viol chez les autres, leur propension à exercer des violences sexuelles augmentait, du moins si eux-mêmes adhéraient au préalable à ces mythes. En effet, la propension au viol des hommes adhérant peu aux mythes sur le viol n’était pas beaucoup affectée par les supposées réponses des autres. Cela est plutôt cohérent, car les normes sont surtout efficaces quand elles renforcent des attitudes préexistantes.

Cette expérience a été ensuite renouvelée, sauf que l’on faisait croire aux participants que les réponses indiquées comme ayant été majoritairement cochées précédemment, étaient celles d’un groupe auquel ils n’appartenaient pas (alors que précédemment  on indiquait à des étudiants en psychologie les prétendues réponses d’autres étudiants en psychologie). Ces fausses réponses d’un groupe externe influençaient tout de même leur propension au viol4.

Ces données suggèrent que quand la majorité semble adhérer aux mythes autour du viol, la croyance en ces mythes est renforcée au niveau individuel, et la propension au viol, amplifiée. La norme sociale pourrait être perçue comme une justification des agressions sexuelles.

Les mythes sur les viols dans les médias

Etant donné que l’avis de la majorité, en ce qui concerne les mythes autour du viol, semble renforcer au niveau individuel les croyances en ces mythes et augmente en conséquence la propension à agresser sexuellement, il m’a semblé intéressant de voir si les médias, qui ont une influence majeure sur l’opinion publique, ne véhiculent pas eux aussi des idées reçues sur le viol.

Une étude de 20085 a ainsi tenté d’évaluer la prévalence des mythes sur le viol dans la presse écrite. Ainsi 156 articles issus

journaux

Les articles de la presse écrite véhiculent nombre de mythes sur le viol.

de la presse américaine, portant sur une affaire de violence sexuelle très médiatisée, l’affaire Kobe Bryant (un joueur de basket américain qui a été accusé de viol en 2003 par une femme), ont été analysés. A peu près 65% (102) d’entre eux colportaient au moins un mythe sur le viol,  elle ment étant le mythe le plus répandu (présent dans 42% des articles). Elle en avait envie (de la relation sexuelle violente) était le mythe qui arrivait en deuxième position (dans 31% des articles). Seulement 7% des articles questionnaient l’honnêteté de Bryant. Les auteurs ont également testé l’impact de la lecture d’un article qui contenait des mythes sur le viol : les lecteurs avaient alors beaucoup plus tendance à croire que la victime mentait, en comparaison avec ceux qui avait lu un article qui contestait les mythes sur le viol.

Dans une autre étude6, les mêmes auteurs ont analysé 555 titres d’articles de journaux – qui ont probablement plus d’impact que les articles eux-même- toujours à propos de l’affaire Kobe Bryant. Bien que les titres comprennent en général moins de 10 mots, environ 10% d’entre eux  rapportaient quand même un mythe à propos du viol ! Les mythes les plus courants étaient les mêmes que dans l’étude précédente (elle ment ou elle en avait envie). De plus, ces titres employaient bien plus souvent le terme d’ « accusatrice » (accuser) que celui de « victime présumée » (alleged victim). Or, comme l’a montré Bohner en 2001, certains choix de langage (utilisation du passif, évitement de l’emploie du mot « viol ») dans les écrits sur les agressions sexuelles, permettent d’exprimer subtilement que la victime est en partie responsable7.

Par ailleurs, il a été montré plusieurs fois que la presse écrite a tendance à blâmer les victimes, surtout si elles connaissaient leur agresseur et si l’agression suit un schéma de domination raciale (si l’agresseur est blanc et si la victime est noire) ou de classe (un riche qui agresse une pauvre)8–13. Les articles de journaux se concentrent sur le comportement des victimes, en particulier sur leur comportement sexuel passé9.

Les magazines adressés à un public masculin (FHM, Nuts, Zoo…) seraient particulièrement sexistes : une étude a montré que des citations sexistes (et véhiculant souvent des mythes sur le viol) extraites de ces magazines ne pouvaient pas être distinguées de phrases prononcées par des violeurs14. Au contraire, les citations de ces magazines ont même été jugées plus dégradantes pour les femmes que les paroles des violeurs !

Les mythes sur le viol seraient aussi présents à la télévision : une étude de 199215 portant sur des épisodes de séries des années 1980, impliquant un viol, a montré qu’en moyenne, un épisode comprenait au moins un mythe sur le viol, avec en moyenne 5 références à ce ou ces mythes. Elle l’a cherché, elle ment et elle le désirait étaient les mythes les plus répandus. Une étude de 2000 présente des résultats similaires, mais pointait cependant le fait que les viols y étaient représentés  d’une manière de moins en moins stéréotypés16.  Enfin une autre étude, portant sur 96 étudiantes, a montré qu’il y avait une corrélation entre le temps passé devant la télévision et l’adhésion aux mythes sur le viol17.

Un troussage de domestique

Un troussage de domestique, un excellent ouvrage qui analyse le rôle des médias dans l'affaire DSK

En France, la récente affaire DSK a donné lieu à un véritable déferlement de mythes sur le viol (« il n’y a pas mort d’homme »,  « c’est un troussage de domestique », « il n’a pas pu faire ça »…) dans les journaux, sur les ondes ou encore à la télévision, ce qui montre bien que les médias français sont très loin d’être épargnés par ce phénomène. Christine Delphy et d’autres féministes ont entrepris d’analyser de manière très fine ces réactions misogynes dans l’ouvrage « Un troussage de domestique » (que je vous recommande chaudement !).

femme objet sexuel

La visualisation de pubs représentant des femmes objets sexuels augmentent le niveau d'adhésion aux mythes sur le viol

Finissons par un média très souvent dénoncé par les féministes : la publicité. Environ 2000 publicités, tirées de magazines et représentant des femmes, ont été analysées dans une étude de 200818. Un peu plus de la moitié d’entre elles dépeignaient les femmes comme des objets sexuels, et un peu moins de 10%, comme des victimes.  Dans 73% des cas, une femme représentée en victime était également représentée en objet sexuel.  Les auteurs de l’étude suggèrent que ces représentations de femmes à la fois sexualisées et victimes,  ont pour conséquence d’associer sexualité féminine et douleur, et donc de banaliser les violences contre les femmes. Il est vrai que ces deux éléments (victimisation et sexualisation) évoquent les mythes comme « les femmes aiment être forcées/la sexualité violente ». Par ailleurs, les images de femmes objets sexuels expriment l’idée que les corps des femmes sont disponibles pour les hommes, qu’ils peuvent être jugés et touchés selon leur bon vouloir. Enfin, déshumaniser un groupe de personnes faciliterait les agressions à son égard. Il a ainsi été montré dans deux études que, quand des participants avaient vu des publicités représentant des femmes sexuellement objectivisées, leur adhésion aux mythes sur le viol augmentait19,20.

En conclusion

Les médias véhiculent de manière massive des mythes autour du viol. Or, l’adhésion à ces mythes est une norme : l’opinion de la majorité à ce sujet influence les croyances au niveau individuel. Ainsi, les médias contribuent à ce que ces idées reçues soient répandues dans la population.

BONUS : Petit Jeu

Voici quelques articles qui relatent un viol ou une agression sexuelle. Selon vous, contiennent-ils des mythes sur le viol ? Si oui, à quelle(s) catégorie(s) appartiennent-ils ?

1. Elle ment

2. Elle l’a bien cherché

3. Elle voulait et a aimé cette relation sexuelle

4. Le viol(ou l’agression sexuelle) n’est pas quelque chose d’important

5. Il n’a pas eu l’intention de la violer (ou de l’agresser)/il ne l’a pas fait exprès

6. Il n’est pas le genre d’homme à faire cela

7. Les hommes ont des pulsions sexuelles incontrôlables

8. Ca n’arrive qu’à certaines femmes

Claude Lanzmann arrêté pour un baiser volé 

Juan: il lui met un doigt dans les fesses pendant son sommeil 

DSK. Ce que l’on sait sur Nafissatou Diallo

DSK : l’homme qui aime les femmes sans modération

Accusation de viol levée contre Kobe Bryant

Tristane Banon : une photo privée pourrait salir sa réputation face à DSK 

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Références

1. Gilbert DT, Fiske ST, Lindzey G éd. The Handbook of Social Psychology, Fourth Edition. 4e éd. Oxford University Press, USA; 1998.

2. Cialdini RB, Reno RR, Kallgren CA. A focus theory of normative conduct: Recycling the concept of norms to reduce littering in public places. Journal of Personality and Social Psychology. 1990;58(6):1015–1026.

3. Bohner G, Siebler F, Schmelcher J. Social Norms and the Likelihood of Raping: Perceived Rape Myth Acceptance of Others Affects Men’s Rape Proclivity. Personality and Social Psychology Bulletin. 2006;32(3):286 –297.

4. Bohner G, Pina A, Tendayi Viki G, Siebler F. Using social norms to reduce men’s rape proclivity: Perceived rape myth acceptance of out-groups may be more influential than that of in-groups. Psychology, Crime & Law. 2010;16(8):671–693.

5. Franiuk R, Seefelt JL, Cepress SL, Vandello JA. Prevalence and Effects of Rape Myths in Print Journalism. Violence Against Women. 2008;14(3):287–309.

6. Franiuk R, Seefelt JL, Vandello JA. Prevalence of Rape Myths in Headlines and Their Effects on Attitudes Toward Rape. Sex Roles. 2008;58(11-12):790–801.

7. Bohner G. Writing about rape: Use of the passive voice and other distancing text features as an expression of perceived responsibility of the victim. British Journal of Social Psychology. 2001;40(4):515–529.

8. Ardovini-Brooker J, Caringella-MacDonald S. Media attributions of blame and sympathy in ten rape cases. The Justice Professional. 2002;15(1):3–18.

9. Korn A, Efrat S. The Coverage of Rape in the Israeli Popular Press. Violence Against Women. 2004;10(9):1056–1074.

10. Kosse SH. Race, Riches &(and) Reporters – Do Race and Class Impact Media Rape Narratives – An Analysis of the Duke Lacrosse Case. S. Ill. U. L.J. 2006;31:243.

11. Frewin K, Pond R, Tuffin K. Sexual Abuse, Counselling and Compensation: Discourses in New Zealand Newspapers. Feminism & Psychology. 2009;19(1):29–47.

12. Bonnes SM. Gender and racial stereotyping in rape coverage : an analysis of rape coverage in Grocott’s Mail. 2010. Available at: http://eprints.ru.ac.za/1786/. Consulté mars 8, 2012.

13. Meyer A. « Too Drunk To Say No ». Feminist Media Studies. 2010;10(1):19–34.

14. Horvath MAH, Hegarty P, Tyler S, Mansfield S. « Lights on at the end of the party »: Are lads’ mags mainstreaming dangerous sexism? British Journal of Psychology.

15. Brinson SL. The use and opposition of rape myths in prime-time television dramas. Sex Roles. 1992;27(7-8):359–375.

16. Cuklanz LM. Rape on prime time: television, masculinity, and sexual violence. University of Pennsylvania Press; 2000.

17. Kahlor L, Morrison D. Television Viewing and Rape Myth Acceptance among College Women. Sex Roles. 2007;56:729–739.

18. Stankiewicz JM, Rosselli F. Women as Sex Objects and Victims in Print Advertisements. Sex Roles. 2008;58(7-8):579–589.

19. Lanis K, Covell K. Images of women in advertisements: Effects on attitudes related to sexual aggression. Sex Roles. 1995;32(9-10):639–649.

20. Mackay J. N, Covell K. The Impact of Women in Advertisements on Attitudes Toward Women. Sex Roles. 1997;36(9-10):573–583.