Les attributs du pouvoir et leur confiscation aux femmes. L’expression de la colère

Les attributs du pouvoir et leur confiscation aux femmes

Partie 3 : l’expression de la colère

Partie 1 : l’occupation de l’espace

Partie 2 : le temps de parole et le choix des sujets de conversation

colère

Vajrapani, un bodhisattva

Nous avons vu que prendre de la place dans l’espace, et contrôler la conversation, étaient deux façons d’affirmer son statut social. Or, ces comportements sont considérés comme inappropriés pour les femmes. Nous allons maintenant voir comment une autre marque de la domination – l’expression de la colère – est déniée aux femmes.

Colère et pouvoir

La colère est une émotion, fortement inconfortable, qui répond à la perception d’une offense ou d’une négligence1. Elle permet de mobiliser des ressources afin de rétablir son intégrité physique et psychique. C’est une émotion sociale, car elle est le plus fréquemment dirigée vers autrui. Elle va de l’irritation à la rage.

Afficher sa colère semblerait être lié à la notion de pouvoir. En effet, pour que l’expression de la colère soit perçue comme légitime, encore faut-il que celui ou celle qui l’exprime, ait le pouvoir de régler la situation génératrice de colère2. Le lien entre colère et statut social a été confirmé par plusieurs études. Dans l’une, datant de 1997, la colère exprimée par des individus de statuts sociaux élevés a été jugée comme plus appropriée1.

Don Draper en colère

Ceux qui expriment de la colère sont perçues comme des dominants

Par ailleurs, Larissa Tiedens a également mené une série d’expérimentations à ce sujet3. L’une d’elle  a consisté à faire visionner à 76 participants une vidéo d’un politicien tenant le même discours, mais exprimant soit de la colère, soit de la tristesse, et à leur faire remplir un questionnaire. Les personnes qui avaient vu le politicien en colère avaient tendance à le considérer comme un meilleur leader politique. Une autre de ces expériences a eu lieu dans une entreprise et a montré que les personnes qui exprimaient le plus souvent de la colère étaient aussi celles qui avaient le meilleur statut social (meilleur salaire, plus de promotion et mieux estimé-e-s par le manager). Enfin, la dernière expérimentation était sur le mode de l’entretien d’embauche : des étudiants en école de commerce ont visualisé des vidéos, où un candidat disait s’être soit senti triste, soit en colère, suite à une erreur d’un des ses collègues de son ancienne entreprise. Les participants ont jugé que le candidat « colérique » méritait un salaire et une position hiérarchique plus élevés que le candidat « triste ».

D’autres expériences, basées sur des photographies de visages, ont confirmé que les personnes qui expriment de la colère sont perçues comme plus dominantes que celles qui expriment de la tristesse ou de la peur4,5.

Expression de la colère : une question de sexe ou de genre ?

Il semblerait qu’il n’y ait que peu de différences, en termes de fréquences ou d’intensité, dans le ressenti de la colère chez les hommes et les femmes6. Que l’on soit homme ou femme, on ressentirait de la colère à une fréquence de 1 à 2 fois par semaine7. Une étude de 1996 portant sur 2031 adultes indique même que les femmes ressentiraient plus fréquemment de la colère, en particulier si elles ont des enfants8. Les femmes signalent également des colères plus intenses et plus persistantes dans le temps9.

La différence principale résiderait dans l’expression de cette colère, mais les résultats des études sont plutôt contradictoires à ce sujet.

Certaines études suggèrent que les filles et les femmes expriment moins leur colère que les personnes de sexe masculin. Ainsi,  selon une enquête de 1992, les femmes avaient plus tendance à affirmer, que quand elles étaient en colère,  elles le « gardaient pour soi »10. Une étude de 2000 portant sur des enfants indique que les filles ont plus souvent tendance à ne pas exprimer leur colère11. Un autre, de 2004, portant également sur des enfants indiquent que c’est autour de l’âge de 4-5 ans, que les filles commencent à consciemment inhiber l’expression de leur colère6. Cependant,  Sharkin et Gelo n’ont pas réussi à montrer, en 1991, sur un échantillon de 150 étudiants, que les femmes étaient plus mal à l’aise avec leur colère12.

Des études montrent des différences dans la façon d’exprimer la colère. En effet,les femmes exprimeraient leur colère de

femme fâchée

Les femmes – ou du moins les personnes féminines – ont tendance à exprimer leur colère moins ouvertement

façon moins agressive que les hommes : elles parlent9,13, pleurent6, prient9, cherchent la réconciliation14 ou retournent l’agressivité contre elles-mêmes14 tandis, que les hommes ont plus tendance à utiliser des stratégies plus directes, plus extériorisés et plus violentes14, comme jeter des objets6 ou frapper14. Cette différence dans la  propension à l’agressivité physique apparaitrait à l’âge de 1 ou 2 ans, et se maintiendrait jusqu’à l’âge adulte6. Une étude de 1993 confirme que les hommes manifestent plus d’agressivité quand ils sont colère, alors que la colère des femmes s’exprime par de l’hostilité indirecte et de l’irritabilité15.

Enfin, dans certaines études, les différences entre hommes et femmes dans l’expression de la colère sont faibles, voire non significatives,  mais des différences apparaissent beaucoup plus clairement si on tient compte du genre, à savoir le « sexe sociale ». Une étude de 1992 portant uniquement sur des femmes, a montré que face à une provocation, les femmes fortement masculines étaient plus agressives que les femmes peu masculines16. Une étude de 1991 n’a détecté aucun effet significatif du sexe sur le type d’expression de la colère, alors que le lien entre identité de genre et expression de la colère était net. En effet, les personnes masculines avaient plus tendance à se mettre en colère et à l’exprimer, alors que les personnes féminines cherchaient à la contrôler et à ne pas l’exprimer17. Une autre étude de 1993 par les mêmes auteurs, et portant plus spécifiquement sur les personnalités de type A, renouvelle ces résultats15.

Ces mêmes auteurs ont approfondi le lien entre colère et genre dans une étude de 199618. Ils ont estimé à l’aide de tests 17 mesures de la colère, de l’hostilité et de l’agressivité. Pour la colère, en particulier, ils ont estimé trois tendances :

  • Colère extériorisée : la tendance à exprimer la colère envers des personnes ou des objets de l’environnement
  • Colère intériorisée : la tendance à ressentir la colère mais à ne pas l’exprimer
  • Colère contrôlée : la tendance à contrôler le ressenti et l’expression de la colère

Les auteurs ont effectué une ACP à partir de ces 17 variables. Ils ont alors pu synthétiser tous ces comportements en trois types :

  • Comportement 1 : colère extériorisée et agressive, qui inclut de l’agressivité physique.
  • Comportement 2 : forte tendance à la colère, et une colère peu contrôlée et exprimée verbalement ou indirectement.
  • Comportement 3 : colère non exprimée, suivie de ressentiment, de suspicion, d’irritabilité et d’agressivité passive.
homme en colère

Les hommes – et les personnes masculines en général – exprimeraient leur colère de façon plus ouverte et plus agressive

Les analyses statistiques indiquent que les hommes ont plus tendance à adopter le comportement 1. A part cela, le sexe biologique n’était corrélé à aucun autre comportement colérique.

Par contre, le genre était clairement une variable explicative du type de comportement. Par genre, il faut entendre « masculinité » et « féminité ». A noter que « féminité » et « masculinité » ne sont pas exclusives : une même personne peut être masculine et féminine.

Les personnes masculines adoptaient plus fréquemment le comportement de type 1 et le comportement de type 2. A l’inverse, les personnes féminines adoptaient peu les comportements de type 1, de type 2, et de manière surprenante, de type 3.

Certains de ces résultats sont confirmés par une étude de 2001 portant sur un échantillon australien7 : elle a montré que les personnes masculines privilégient les formes de colère extériorisées, et peu contrôlées. Ce sont aussi des personnes qui estiment que la colère fait partie intégrante de leur personnalité. Les personnes féminines, quant à elles, ont plutôt tendance à exercer un fort contrôle de leur colère, et à ne pas l’exprimer.

Enfin,  dans une étude de 200919, des hommes devaient lire un scénario décrivant une humiliation. On leur demandait de se mettre à la place de la personne humiliée. Ils devaient ensuite remplir un questionnaire sur leurs émotions. Une semaine plus tard, on leur en envoyait un second, auquel ils devaient aussi répondre. Les résultats montrèrent que les participants masculins et féminins ressentirent avec la même intensité de la colère juste après avoir lu le scénario. Cependant les personnes masculines indiquaient plus souvent des attentions agressives et ruminaient plus : une semaine après, ils disaient être toujours en colère et  maintenaient leurs intentions agressives.

Sociabilisation

bébé pleurant

Les pleurs d’un bébé ne seront pas interprétés de la même manière selon qu’il soit un garçon ou une fille.

Même chez les nourrissons, les attentes en matière d’émotion ne sont pas les mêmes de la part de l’entourage. Dans une expérience très connu, datant de 197620, deux groupes de participants visionnaient  une vidéo d’un bébé en train de pleurer. L’expérimentateur disait à un groupe que le bébé était une fille, et à l’autre, un garçon. Les participants devaient ensuite se prononcer sur le pourquoi des pleurs du bébé sur la vidéo. Le groupe qui pensait qu’il s’agissait d’une fille évoquait le plus souvent la peur pour expliquer les pleurs, alors qu’à l’inverse, le groupe qui pensait qu’il s’agissait d’un garçon évoquait la colère. Cette expérience a été renouvelée en 1980 avec des participants âgés de 5 ans21, ce qui montre que même les jeunes enfants ont intégré l’idée selon laquelle la colère est une émotion masculine.

Le discours des parents à propos des émotions tend à être différent avec les filles et les garçons durant la petite enfance. En effet, les parents font plus souvent référence à la tristesse avec les filles qu’avec les garçons, tandis qu’ils évoquent plus souvent la colère avec les garçons qu’avec les filles22, 14. Ainsi, dans un travail effectué par Fivush, les mères n’utilisaient jamais le terme « en colère » quand elles créaient une histoire pour leur fille, mais l’employaient pour leur fils22.

Les adultes laissent également plus aisément les garçons exprimer leur colère que les filles9. Les mères encouragent plus activement les garçons que les filles à répondre aux provocations par la colère et la vengeance14.  Les garçons  s’attendent aussi à ce que leur mère réagisse plus chaleureusement quand ils expriment de la colère plutôt que de la tristesse14.

De plus, bien que les enfants rejettent les garçons qui sont souvent agressifs, les adultes et les enfants vont évaluer moins négativement un acte agressif isolé s’il provient d’un garçon que d’une fille14.

Tout cela peut expliquer pourquoi les hommes, ou du moins les personnes masculines, expriment plus ouvertement leur colère à l’âge adulte.

Interdiction sociale aux femmes d’exprimer la colère

La colère des femmes est souvent perçue très négativement. Un cliché habituel sur les femmes qui se mettent en colère, est que celles-ci sont des hystériques irrationnelles et des harpies23. Par exemple, des Républicains ont dit, lors des élections primaires précédentes, d’Hillary Clinton que celle-ci était trop colérique pour pouvoir être Présidente des Etats-Unis. De même, les féministes sont souvent décrites comme haineuses, agressives et hystériques : leur colère n’est pas prise au sérieux.

Suffragettes

Les suffragettes étaient déjà dépeintes comme des harpies hystériques

Des études scientifiques tendent à montrer qu’il n’est pas bien vu, pour une femme, d’exprimer sa colère. Ainsi, Lewis a montré en 200024 que les dirigeants de sexe masculin était perçus comme plus compétents quand ils employaient un ton colérique, plutôt qu’un ton neutre ou triste. A l’inverse, les dirigeantes de sexe féminin étaient perçues comme peu compétentes quand elles exprimaient de la colère. Cela a été interprété comme reflétant le plus faible statut social des femmes.

femme en colère

Une femme qui dit avoir ressenti de la colère sera jugée "incontrôlable".

Une autre étude, datant de 200823 a répliqué des résultats de l’étude de Tiedens cité précédemment3: un candidat à un poste, de sexe masculin et exprimant un sentiment de colère, est perçu comme plus compétent, méritant un meilleur salaire et une meilleure situation dans l’entreprise, qu’un candidat exprimant de la tristesse. Les participants à l’étude considéraient aussi que son sentiment (la colère) étaient plutôt dus aux circonstances extérieures, et non à sa personnalité, par rapport au candidat « triste ». Mais les auteurs ont aussi montré, qu’à l’inverse, pour une candidate, il vaut mieux exprimer de la tristesse que de la colère, au risque d’être perçue comme peu compétente et méritant un bas salaire et une situation basse dans la hiérarchie. Par ailleurs, on considérera que, si elle exprime sa colère, cela est due à sa personnalité (« c’est une fille colérique », « elle est agressive ») et non pas aux circonstances extérieures (« la situation était difficile »). Dans une autre expérience, ils ont pu montrer, en fixant le statut social (le ou la candidat-e était soit présenté comme un assistant bas dans la hiérarchie, soit comme un ou une chef-fe de direction),  qu’une femme de haut statut social, mais exprimant de la colère, étaient considérée comme moins compétente et méritant un plus bas salaire, qu’une femme de bas statut social, mais qui employait un ton neutre. Il est à noter qu’on ne trouve pas un tel effet chez les hommes : les hommes de bas niveau social n’était pas perçu comme moins compétents quand ils étaient « colériques » plutôt que neutres. Les femmes « colérique » étaient considérée comme moins compétentes que n’importe quel homme, de bas ou haut statut social, exprimant de la colère ou employant un ton neutre. Toutes les candidates, de haut et bas statut social, étaient considérées comme « incontrôlables » quand elles exprimaient de la colère, mais pas les hommes. Ce serait, cette impression d’« incontrôlabilité » qui aurait fait que les participants à l’étude se refusaient à leur donner une bonne situation dans l’entreprise et un bon salaire. Cependant,  si on arrivait à les convaincre que la colère des femmes était légitime, alors ces dernières paraissaient moins « incontrôlables » et les effets négatifs de leur colère s’annulaient. Ces expériences montrent que, quand une femme exprime sa colère, elle est perçue comme « folle », « incontrôlable », « irrationnelle » : sa colère ne semble pas légitime, et est donc mal perçue.

Roger Sterling

Un homme sera vu comme plus dominant, et plus susceptible d’exprimer de la colère, qu’une femme

Hess, Adams, & Kleck ont également mené en 2005 une série d’expérience pour mieux comprendre le lien entre sexe, statut social et expression des émotions2. Dans une première expérimentation,  ils ont montré à des participants des photos de visages de personnes des deux sexes. Les participants devaient dire  quelles émotions la personne sur la photo était susceptible d’exprimer. Ils devaient aussi noter son niveau de dominance et de sociabilité. Résultats : les sujets ont considéré que les hommes avaient plus de chance d’exprimer de la colère, du dégoût et du mépris, et les femmes, de la peur et de la tristesse. Par ailleurs, les hommes ont aussi été notés comme plus dominants et les femmes comme plus sociables et chaleureuses. Un test statistique (test de Goodman) a suggéré que la plus forte dominance  attribuée aux hommes expliquait pourquoi ils étaient perçus comme plus colériques, mais aussi plus prédisposés au mépris et au dégoût. A l’inverse, si les femmes étaient perçues comme plus enclines à exprimer de la peur ou de la tristesse, c’était parce qu’elles étaient perçues comme moins dominantes. 

Dans une seconde expérience, des participants lisait un texte sur Marc ou Anne (sexe), qui était décrit soit comme dominant-e et énergique, ou soit comme soumis-e et timide (dominance) et qui avait subi soit quelque chose d’humiliant ou d’offensant. On demandait ensuite aux participants de choisir parmi des images d’expressions faciales stylisées laquelle il convenait le mieux à Marc ou Anne d’exprimer dans la situation décrite. Les résultats montrent que, pour les individus dominants, hommes comme femmes,  la colère a été l’expression la plus fréquemment citée comme étant la plus appropriée. Pour la femme non dominante, c’était la tristesse, et pour l’homme non dominant, la colère.

Femme
dominante
Homme
dominant
Femme
non dominante
Homme
non dominant
Neutre 8 % 0 % 0 % 8 %
Colère 44 % 44 % 23.1 % 36 %
Embarras 8 % 0 % 19.2 % 8 %
Joie 0 % 0 % 0 % 0 %
Sourire triste 0 % 4 % 0 % 12 %
Peur 12 % 16 % 11.5 % 28 %
Tristesse 12 % 16 % 42.3 % 8 %
Dégoût 16 % 20 % 3.8 % 0 %

Fréquences des choix de l’émotion qu’il convient le mieux d’adopter  face à une situation humiliante ou offensante

Ces résultats tendent à montrer que les attentes en matière d’émotions ne sont pas directement liées au sexe des individus, mais plus à leur statut social. Il est à noter, comme dans l’étude cité précédemment, que, même quand le facteur de  dominance est fixé, les femmes paraissent quand même moins dominantes que les hommes, puisque les femmes non dominantes sont moins autorisées à exprimer leur colère que les hommes non dominants.

Ainsi, la colère des femmes est perçue négativement, sans doute à cause de leur faible statut social. Leur colère semble donc illégitime.

Conclusion

En conclusion, il semblerait que les femmes – ou du moins les personnes ayant une identité de genre féminine – expriment leur colère de manière moins directe et moins agressive que les hommes – ou les personnes masculines -, voire ne l’exprimeraient pas du tout parfois. Le fait que ce soit plutôt le genre que le sexe biologique qui soit déterminant, indique plutôt l’effet d’une sociabilisation que d’un processus biologique. Par ailleurs, certains auteurs émettent l’hypothèse selon laquelle, le fait que les femmes n’expriment pas leur colère expliquerait pourquoi elles sont plus sensibles à la dépression.

Il est à noter que la colère est la marque des dominants : seule la colère d’un dominant est perçu comme  légitime. Or, quand les femmes se mettent en colère, elles sont considérées comme « folle », « irrationnelles », « incontrôlables ». Les expérimentation de psychologie sociale semblent confirmer que cela est du à leur plus faible statut social.

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Références

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Les attributs du pouvoir et leur confiscation aux femmes. Le genre et l’espace.

Les attributs du pouvoir et leur confiscation aux femmes

Partie 1 : l’occupation de l’espace

Partie 2 : le temps de parole et le choix des sujets de conversation

Partie 3 : l’expression de la colère

Grand Canyon

Dans cette nouvelle série d’articles, nous nous intéresserons à différents comportements qui sont typiques des dominants (occuper beaucoup d’espace, avoir beaucoup de temps de parole et parler fort, exprimer certaines émotions comme la colère…). Nous verrons également qu’il est considéré comme peu convenable pour une femme de les arborer.

Brigitte Laloupe aborde ce thème dans son livre « Pourquoi les femmes gagnent-elles moins que les hommes ». Cela m’a passionnée et j’ai voulu approfondir ce point.

Occuper beaucoup d’espace : un attribut du dominant

Les dominants ont droit à plus d’espace1. Ainsi les dirigeants et les personnes considérées comme importantes ont droit à de spacieux bureaux, bien qu’ils n’y soient pas souvent. A l’inverse, les secrétaires sont serrées dans des petits open-spaces. De manière générale, les riches et les puissants ont de grandes maisons et de grosses voitures.

Plus précisément, l’espace personnel des dominants est plus grand2. L’espace personnel correspond à la « bulle » d’espace qui nous entoure et qu’on ne veut pas voir envahie par les autres (sauf les proches intimes). Cependant, l’espace personnel de chacun n’est pas respecté de la même façon : les puissants envahissent plus souvent le territoire des dominés que l’inverse1. En1977, Henley2 remarqua également que les dominés libèrent de la place aux dominants quand ces derniers s’approchent d’eux, leur laissant spontanément un plus grand espace personnel

En corrélation avec un plus grand espace personnel, les dominants ont tendance à occuper plus d’espace avec leur corps. Cela se voit d’abord dans les postures qu’ils arborent. Quand des personnes ont tendance à « s’étaler » et à prendre beaucoup d’espace (écarter les jambes, mettre les mains sur les hanches en tournant les coudes vers l’extérieur …), ils sont perçus comme dominants ; à l’inverse ceux qui prennent peu de place et adoptent des positions resserrées (jambes et bras croisés par exemple) sont perçus comme dominés3,4. Par ailleurs, une étude3 à montré que, face à une personne adoptant une posture de dominant ou de dominé, on aura tendance à adopter la posture complémentaire (de dominé si on est face à un dominant, de dominant si on est face à un dominé).

L’utilisation de l’espace est donc un très bon indicateur de statut social.

Les espaces privés des hommes

Dans certaines cultures extrêmement patriarcales, les femmes n’ont pas accès au droit de propriété ; le droit à avoir un espace réservé leur est donc dénié1. En Occident, le droit à un espace intime est aussi très souvent réservé aux hommes. D’après une étude de 1976, les hommes ont très souvent droit à un espace privé au sein de la maison (atelier, bureau…), dans lequel les autres membres de la famille n’entrent pas1. A l’inverse, peu de femmes ont droit à de tels espaces. En 1929, sortait l’essai de Virginia Woolf, «Une chambre à soi », dans lequel l’auteure développe l’idée selon laquelle la capacité des femmes à écrire est entravée notamment par le fait qu’elles n’ont pas d’espace privé et intime. Presque un siècle plus tard, la plupart des femmes n’ont toujours pas de «chambre à soi ».

La plus faible utilisation de l’espace par les femmes est visible dans bien d’autres domaines. Par exemple, les femmes possèdent généralement des voitures plus petites que celles des hommes5. Et au travail, les femmes ont généralement de plus petits bureaux ; c’est ce qui ressortait notamment d’une étude interne du MIT (Massachusetts Institute of Technology)6 ou encore du CfA (Harvard-Smithsonian Center for Astrophysics)7.

Voiture femme homme

Les voitures utilisées par les femmes, comme la Twingo, sont souvent plus petites que celles des hommes.

L’espace personnel des femmes

De manière générale, la « bulle » d’espace qui entoure les femmes est plus petite que celui des hommes8. Les duo femme-femme

accoudoir

S’il y un seul accoudoir commun, il sera majoritairement occupé par des hommes.

interagissent à de courtes distances, les duo homme-femme à des distances intermédiaires, et les duo homme-homme aux distances les plus grandes9. Les hommes et les femmes s’approchent plus des femmes que des hommes8, 9. Une étude de 198210 portant sur 852 sujets a montré que les hommes utilisent bien plus souvent l’accoudoir commun dans l’avion que les femmes, et donc prennent volontiers plus de place que ces dernières. Une autre a également déterminé que les hommes prenaient plus de place avec leur corps que les femmes, en particulier s’ils devaient jouer un rôle de professeur plutôt que d’apprenant dans une situation expérimentale11. Une autre étude de 200212 a confirmé que dans une salle d’attente, les femmes se tiennent plus près les unes des autres tandis que les hommes se tiennent à plus grande distance d’autrui.

Les hommes envahissent aussi plus souvent l’espace personnel des femmes que l’inverse1. Par ailleurs, quand le territoire des hommes est envahi, ces derniers répondent souvent de manière négative voir agressive à l’intrusion, tandis que les femmes ont tendance à se reculer et à fuir1,13. Pire : les hommes ont tendance à non seulement pénétrer dans l’espace personnel des femmes, mais aussi à toucher ces dernières pour établir une relation de domination1.

distances inter-personnelles

Les personnes féminines se tiennent plus près l’une de l’autre que les personnes masculines.

Une étude de 200614 portant sur 180 « couples » de participants a montré qu’en réalité, c’est plus le genre (comportement masculin ou féminin) qui détermine la distance entre personnes, que le sexe biologique. En effet, les personnes « masculines » (très souvent des hommes, mais aussi quelques femmes) se tiennent à plus grande distance des autres que les personnes « féminines » (majoritairement des femmes et des hommes homosexuels) ou au genre intermédiaire (à peu près 40 % d’hommes et  60% de femmes). L’étude semble également montrer que ce sont les personnes masculines (dominantes) qui contrôlent les distances interpersonnelles, puisque leur préférence pour des grandes distances était garantie.

L’utilisation de l’espace est donc avant tout affaire de socialisation féminine ou masculine, et non pas de biologie.

Les positions des hommes et des femmes

Les femmes adoptent en moyenne des postures plus resserrées et les hommes des positions plus « étalées », ce qui reflète les différences de statut social entre les sexes3,15,16 . En Occident, par exemple, la position assises féminine par excellence est celle où les femmes croisent les jambes, ou du moins, les resserrent17. Écarter les jambes sera considérée comme « vulgaire » pour une femme, alors que cette posture sera jugé virile chez les hommes. Il est intéressant de noter qu’une position exprimant la dominance (en s’étalant avec ses jambes) est jugée inadéquate pour les femmes.

position

Les femmes adoptent des positions plus resserrées, prenant moins de place avec leur corps.

Sociabilisation différenciée et occupation de l’espace public

Jeux enfants

Les jeux des garçons prennent plus d’espace que ceux des filles.

Déjà jeunes, on propose aux enfants des activités différentes en fonction de leur sexe: les garçons sont supposés jouer au foot, à la bagarre, dehors, dans l’espace public (rue, parc) ; à l’inverse les filles restent plutôt à l’intérieur, à jouer avec des poupées ou à faire des activités manuelles, dans des espaces plus restreints18,19. Ainsi, les garçons apprennent à s’approprier l’espace et à l’occuper ; les femmes apprennent à le partager.

Cette socialisation se poursuit à l’adolescence. On peut en voir un exemple avec les espaces de loisir pour jeunes, qui ont été étudiés par une équipe du CNRS dans l’agglomération de Bordeaux. L’équipe a pu constater que l’offre de loisirs subventionnée s’adresse en moyenne à deux fois plus de garçons que de filles, toutes activités confondues. Par ailleurs, il y a  trois fois plus de pratiques non mixtes masculines que de pratiques non mixtes féminines qui sont proposées20.

 A partir de l’âge de 12 ans, les filles délaissent totalement ces espaces de loisir. Ces lieux sont donc très largement occupés par les garçons et font office de véritables « maisons des hommes », c’est-à-dire de « lieu[x] où se pratique une compétition permanente entre hommes, dont l’enjeu est la production et la consolidation de l’identité masculine et des privilèges qui lui sont attachés »20,21.

Il en va ainsi par exemple des skate parcs, largement occupés par des garçons qui ne portent pas de protection – au risque de se blesser- et se défient. Ces lieux sont évités par les filles – sauf pour regarder les garçons – et par les garçons maladroits ou peu sportifs, qui ne peuvent pas montrer des signes extérieurs de virilité. Ces équipements génèrent des sentiments d’insécurité car ils sont perçus comme une prolongation de l’hégémonie masculine dans l’espace public. Welzer-Lang dit à ce propos que « certains espaces de quartiers où les filles, les femmes et les jeunes qui ne montrent pas des signes redondants de virilité sont soumis aux risques d’agression et de viols ne sont plus des espaces publics. Ils fonctionnent comme des excroissances des espaces privés où les hommes dominants peuvent imposer leur loi. »25

D’après les auteurs, ces dispositifs (skate parcs et autres…) participent à la reconstitution de la domination masculine sur l’espace

skate parc

Beaucoup de lieux publics, comme les skate parcs, sont en réalité complètement dominés par les garçons adolescents ou les hommes.

public. Alors que  l’objectif avoué de la municipalité est « canaliser la violence des jeunes » (les agents n’ont pas précisé le sexe des  « jeunes », mais il va sans dire qu’il s’agit des garçons),  l’hypersocialisation des garçons dans les espaces publics par le sport produit probablement l’effet inverse de celui escompté20,21.

Plusieurs autres études montrent comment les garçons adolescents dominent l’espace public et font en sorte d’en exclure les adolescentes22. Par exemple, une étude s’est focalisée sur la piscine : les adolescentes y sont contrainte d’adopter de multiples stratégies pour éviter le regard des garçons23. Cela leur donne un sentiment d’insécurité et la sensation qu’elles ne sont pas à leur place. Les jeunes hommes acquièrent ainsi le pouvoir de s’approprier l’espace public et de le modéliser avec des valeurs masculines. Cela est renforcé par le comportement parental : les adolescentes ont moins souvent le droit de sortir et donc d’explorer l’espace public (rue,…)24.

Cette éducation différenciée des garçons et des filles à l’usage de l’espace prépare donc à l’hégémonie masculine dans l’espace public et à au sentiment d’insécurité des femmes dans la rue.

A l’âge adulte, environ 43% des femmes disent avoir peur la nuit dans la rue, contre seulement 17% des hommes26. Les femmes ont notamment peur des agressions sexuelles. Susan Brownmiller considère ainsi que le viol « n’est rien de moins qu’un processus d’intimidation, conscient ou inconsciemment, par lequel tous les hommes maintiennent  toutes les femmes dans la peur»27. Il a été montré dans une étude de 1981 que la peur du viol, – particulièrement présente chez les femmes pauvres, âgées, ou appartenant à des minorités ethniques – est corrélée à des comportements d’auto-restriction (notamment celui d’éviter de sortir seule)26,30. Ainsi, les agressions sexuelles – favorisées par les mythes sur le viol – permettent d’exercer un contrôle sur les femmes, en les intimidant et en les invitant à ne pas s’aventurer sans hommes dans l’espace public. Une femme, qui se ferait agressée ou violée après avoir osé sortir seule, entendra des reproches du type « Une femme ne doit pas sortir seule la nuit ! ». Le viol apparait comme une punition pour celles qui aurait bravé l’interdit, celui d’utiliser librement l’espace public.

En conclusion

talons

Les chaussures à talon ne permettent pas vraiment une bonne exploration de l’espace

La différence d’utilisation de l’espace entre les deux sexes est le reflet d’une différence de statut social. Comme le dit très bien Henley en 1977 : « Non seulement le territoire et l’espace personnel des femmes doivent être restreints et limités dans l’espace, mais aussi leur attitude corporelle. Leur féminité est évaluée en effet par le peu d’espace qu’elles occupent, tandis que la masculinité des hommes est jugé par l’expansion et la force de leurs gestes flamboyants ». Cela est très visible dans les postures assises : une femme aux jambes croisées aura l’air particulièrement féminine, tandis que si elle écarte les jambes, elle sera jugée vulgaire. Trop s’étaler n’est généralement pas considéré comme particulièrement élégant pour une femme.

On peut aussi noter que l’habillement typiquement féminin (jupe et escarpin) empêche également de se mouvoir facilement (les escarpins empêchent de courir ou d’aller à certains endroits ; la jupe est un handicap si on veut faire du vélo car on risque de montrer involontairement sa culotte ; les vêtements serrés peuvent empêcher d’amples mouvements) ou de prendre trop de place -(une femme en jupe doit serrer les jambes au risque sinon qu’on voit son slip.) A l’inverse, les vêtements masculins sont conçus pour être fonctionnels et pratiques.

Par ailleurs, les femmes ont non seulement droit à moins d’espace privé (pas de « chambre à soi » dans la maison, petites voitures et petits bureaux), mais en plus, l’espace public (rue…) apparait souvent dominé par les hommes et interdit aux femmes.

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Références

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Mythes autour du viol. Partie 5 : Les mythes sur le viol dans les médias

Les mythes autour du viol et leurs conséquences

Partie 5 : Comment se transmettent les mythes sur les viols ? Zoom sur les médias.

Partie 1 : Quels sont ces mythes ? Qui y adhère ?

Partie 2 : Les conséquences pour la victime

Partie 3 : Les mythes sur le viol restreignent la liberté des femmes

Partie 4 : Les mythes sur le viol augmentent la propension au viol

Dans les articles précédents, nous avons pu voir ce qu’était les mythes à propos du viol (des idées comme « elle n’avait qu’à pas sortir habillée comme ça », « une femme qui dit non, pense oui »…) ainsi que leurs conséquences, individuellement, sur le rétablissement des victimes, et collectivement sur la liberté des femmes. Nous avons également vu comment la croyance en ces mythes peut mener des hommes à violer.

Dans cette 5ème et dernière partie, je vais évoquer la façon dont se transmettent ces idées reçues  délétères.

Magazines

Les médias véhiculent beaucoup de croyances infondées sur le viol

L’acceptation des mythes sur le viol comme norme

Les normes sont des règles comprises par les membres d’un groupe et qui guident ou contraignent le comportement1. Ces normes peuvent être injonctives – elles prescrivent ou interdisent certains comportements -, ou descriptives – elles informent sur la façon dont les autres jugent ou agissent dans une situation donnée2.

Bohner et ses collaborateurs ont testé l’hypothèse selon laquelle l’acceptation des mythes autour du viol agissait comme une norme3. Ils ont fait passer un test à 264 étudiants allemands de sexe masculin, leur permettant de mesurer l’adhésion aux mythes et la propension au viol de ces derniers, dans diverses situations : soit on faisait croire aux étudiants que les participants de l’année précédente présentaient une faible adhésion aux mythes sur le viol, soit, à l’inverse qu’ils présentaient une forte adhésion aux mythes autour du viol. Il y avait également  une situation contrôle où il n’y avait pas d’information sur les prétendus résultats des autres.

Pour mesurer l’adhésion aux mythes des participants, un questionnaire leur a été proposé, où il y avait plusieurs phrases qui reflétaient des mythes autour du viol (« une femme qui dit non pense oui », « une tenue aguicheuse peut inciter un homme à violer »…). Les étudiants devaient cocher une case parmi 7 pour exprimer leur accord ou leur désaccord avec le mythe, la case 1 correspondant à « pas du tout d’accord » et la case 7 à « tout à fait d’accord ». Pour manipuler les participants, les auteurs avaient indiqué la case prétendument la plus souvent cochée l’année passée.

adhésion aux mythes norme

L'adhésion aux mythes sur le viol agirait comme une norme sociale.

Cette étude a redémontré qu’au niveau individuel, une forte adhésion aux mythes sur le viol augmente la propension au viol (voir : Conséquences des mythes sur le viol sur la propension au viol). Les résultats indiquent également que quand les participants percevaient un fort niveau d’acceptation des mythes sur le viol chez les autres, leur propension à exercer des violences sexuelles augmentait, du moins si eux-mêmes adhéraient au préalable à ces mythes. En effet, la propension au viol des hommes adhérant peu aux mythes sur le viol n’était pas beaucoup affectée par les supposées réponses des autres. Cela est plutôt cohérent, car les normes sont surtout efficaces quand elles renforcent des attitudes préexistantes.

Cette expérience a été ensuite renouvelée, sauf que l’on faisait croire aux participants que les réponses indiquées comme ayant été majoritairement cochées précédemment, étaient celles d’un groupe auquel ils n’appartenaient pas (alors que précédemment  on indiquait à des étudiants en psychologie les prétendues réponses d’autres étudiants en psychologie). Ces fausses réponses d’un groupe externe influençaient tout de même leur propension au viol4.

Ces données suggèrent que quand la majorité semble adhérer aux mythes autour du viol, la croyance en ces mythes est renforcée au niveau individuel, et la propension au viol, amplifiée. La norme sociale pourrait être perçue comme une justification des agressions sexuelles.

Les mythes sur les viols dans les médias

Etant donné que l’avis de la majorité, en ce qui concerne les mythes autour du viol, semble renforcer au niveau individuel les croyances en ces mythes et augmente en conséquence la propension à agresser sexuellement, il m’a semblé intéressant de voir si les médias, qui ont une influence majeure sur l’opinion publique, ne véhiculent pas eux aussi des idées reçues sur le viol.

Une étude de 20085 a ainsi tenté d’évaluer la prévalence des mythes sur le viol dans la presse écrite. Ainsi 156 articles issus

journaux

Les articles de la presse écrite véhiculent nombre de mythes sur le viol.

de la presse américaine, portant sur une affaire de violence sexuelle très médiatisée, l’affaire Kobe Bryant (un joueur de basket américain qui a été accusé de viol en 2003 par une femme), ont été analysés. A peu près 65% (102) d’entre eux colportaient au moins un mythe sur le viol,  elle ment étant le mythe le plus répandu (présent dans 42% des articles). Elle en avait envie (de la relation sexuelle violente) était le mythe qui arrivait en deuxième position (dans 31% des articles). Seulement 7% des articles questionnaient l’honnêteté de Bryant. Les auteurs ont également testé l’impact de la lecture d’un article qui contenait des mythes sur le viol : les lecteurs avaient alors beaucoup plus tendance à croire que la victime mentait, en comparaison avec ceux qui avait lu un article qui contestait les mythes sur le viol.

Dans une autre étude6, les mêmes auteurs ont analysé 555 titres d’articles de journaux – qui ont probablement plus d’impact que les articles eux-même- toujours à propos de l’affaire Kobe Bryant. Bien que les titres comprennent en général moins de 10 mots, environ 10% d’entre eux  rapportaient quand même un mythe à propos du viol ! Les mythes les plus courants étaient les mêmes que dans l’étude précédente (elle ment ou elle en avait envie). De plus, ces titres employaient bien plus souvent le terme d’ « accusatrice » (accuser) que celui de « victime présumée » (alleged victim). Or, comme l’a montré Bohner en 2001, certains choix de langage (utilisation du passif, évitement de l’emploie du mot « viol ») dans les écrits sur les agressions sexuelles, permettent d’exprimer subtilement que la victime est en partie responsable7.

Par ailleurs, il a été montré plusieurs fois que la presse écrite a tendance à blâmer les victimes, surtout si elles connaissaient leur agresseur et si l’agression suit un schéma de domination raciale (si l’agresseur est blanc et si la victime est noire) ou de classe (un riche qui agresse une pauvre)8–13. Les articles de journaux se concentrent sur le comportement des victimes, en particulier sur leur comportement sexuel passé9.

Les magazines adressés à un public masculin (FHM, Nuts, Zoo…) seraient particulièrement sexistes : une étude a montré que des citations sexistes (et véhiculant souvent des mythes sur le viol) extraites de ces magazines ne pouvaient pas être distinguées de phrases prononcées par des violeurs14. Au contraire, les citations de ces magazines ont même été jugées plus dégradantes pour les femmes que les paroles des violeurs !

Les mythes sur le viol seraient aussi présents à la télévision : une étude de 199215 portant sur des épisodes de séries des années 1980, impliquant un viol, a montré qu’en moyenne, un épisode comprenait au moins un mythe sur le viol, avec en moyenne 5 références à ce ou ces mythes. Elle l’a cherché, elle ment et elle le désirait étaient les mythes les plus répandus. Une étude de 2000 présente des résultats similaires, mais pointait cependant le fait que les viols y étaient représentés  d’une manière de moins en moins stéréotypés16.  Enfin une autre étude, portant sur 96 étudiantes, a montré qu’il y avait une corrélation entre le temps passé devant la télévision et l’adhésion aux mythes sur le viol17.

Un troussage de domestique

Un troussage de domestique, un excellent ouvrage qui analyse le rôle des médias dans l'affaire DSK

En France, la récente affaire DSK a donné lieu à un véritable déferlement de mythes sur le viol (« il n’y a pas mort d’homme »,  « c’est un troussage de domestique », « il n’a pas pu faire ça »…) dans les journaux, sur les ondes ou encore à la télévision, ce qui montre bien que les médias français sont très loin d’être épargnés par ce phénomène. Christine Delphy et d’autres féministes ont entrepris d’analyser de manière très fine ces réactions misogynes dans l’ouvrage « Un troussage de domestique » (que je vous recommande chaudement !).

femme objet sexuel

La visualisation de pubs représentant des femmes objets sexuels augmentent le niveau d'adhésion aux mythes sur le viol

Finissons par un média très souvent dénoncé par les féministes : la publicité. Environ 2000 publicités, tirées de magazines et représentant des femmes, ont été analysées dans une étude de 200818. Un peu plus de la moitié d’entre elles dépeignaient les femmes comme des objets sexuels, et un peu moins de 10%, comme des victimes.  Dans 73% des cas, une femme représentée en victime était également représentée en objet sexuel.  Les auteurs de l’étude suggèrent que ces représentations de femmes à la fois sexualisées et victimes,  ont pour conséquence d’associer sexualité féminine et douleur, et donc de banaliser les violences contre les femmes. Il est vrai que ces deux éléments (victimisation et sexualisation) évoquent les mythes comme « les femmes aiment être forcées/la sexualité violente ». Par ailleurs, les images de femmes objets sexuels expriment l’idée que les corps des femmes sont disponibles pour les hommes, qu’ils peuvent être jugés et touchés selon leur bon vouloir. Enfin, déshumaniser un groupe de personnes faciliterait les agressions à son égard. Il a ainsi été montré dans deux études que, quand des participants avaient vu des publicités représentant des femmes sexuellement objectivisées, leur adhésion aux mythes sur le viol augmentait19,20.

En conclusion

Les médias véhiculent de manière massive des mythes autour du viol. Or, l’adhésion à ces mythes est une norme : l’opinion de la majorité à ce sujet influence les croyances au niveau individuel. Ainsi, les médias contribuent à ce que ces idées reçues soient répandues dans la population.

BONUS : Petit Jeu

Voici quelques articles qui relatent un viol ou une agression sexuelle. Selon vous, contiennent-ils des mythes sur le viol ? Si oui, à quelle(s) catégorie(s) appartiennent-ils ?

1. Elle ment

2. Elle l’a bien cherché

3. Elle voulait et a aimé cette relation sexuelle

4. Le viol(ou l’agression sexuelle) n’est pas quelque chose d’important

5. Il n’a pas eu l’intention de la violer (ou de l’agresser)/il ne l’a pas fait exprès

6. Il n’est pas le genre d’homme à faire cela

7. Les hommes ont des pulsions sexuelles incontrôlables

8. Ca n’arrive qu’à certaines femmes

Claude Lanzmann arrêté pour un baiser volé 

Juan: il lui met un doigt dans les fesses pendant son sommeil 

DSK. Ce que l’on sait sur Nafissatou Diallo

DSK : l’homme qui aime les femmes sans modération

Accusation de viol levée contre Kobe Bryant

Tristane Banon : une photo privée pourrait salir sa réputation face à DSK 

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Références

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Mythes autour du viol. Partie 4 : Les mythes sur le viol augmentent la propension au viol.

Les mythes autour du viol et leurs conséquences

Partie 4 : Conséquences sur la propension au viol

Partie 1 : Quels sont ces mythes ? Qui y adhère ?

Partie 2 : Les conséquences pour la victime

Partie 3 : Les mythes sur le viol restreignent la liberté des femmes

Partie 5 : Les mythes sur le viol dans les médias

Les mythes sur le viol et les agressions sexuelles – ces croyances infondées qui transfèrent de l’agresseur vers la victime la responsabilité du viol – non seulement nuisent au rétablissement des victimes, mais en plus, servent de prétextes à limiter la liberté des femmes. Nous allons voir maintenant quelles sont leurs conséquences sur la propension des hommes à violer.

Pour simplifier la lecture de l’article, nous utiliserons deux abréviations :
RP (« Rape proclivity ») pour « Propension au viol »
- RMA (« Rape Myth Acceptance ») pour « Acceptation des Mythes sur le viol »

viol de lucrèce

Le viol de Lucrèce, Titien

Qu’est ce que la propension au viol (RP) ?

La propension au viol (RP) est le penchant pour le viol que manifestent certaines personnes. Elle permet d’estimer la probabilité qu’un individu soit un violeur potentiel.

Expérimentalement, elle est mesurée de la façon suivante : un scénario de viol est décrit (mais sans que jamais le mot « viol » n’apparaisse) et l’on demande à un échantillon de personnes si elles se seraient comportées comme l’agresseur du scénario. Les réponses possibles varient de (1) Pas du tout à (5) Très probablement.

Par exemple :

Cela fait plusieurs fois que vous êtes sorti avec une femme rencontrée récemment. Un week-end, vous allez tous deux au cinéma, puis vous retournez ensemble chez vous. Vous buvez quelques bières, écoutez de la musique et vous vous faîtes quelques caresses. A un moment, votre amie se rend compte qu’elle a trop bu et qu’elle ne peut pas conduire pour rentrer chez elle. Vous lui dites qu’elle peut rester ici pour dormir, pas de problèmes ! Vous avez envie de saisir cette opportunité de coucher avec elle. Mais elle objecte, disant que tout cela arrive trop précipitamment et qu’elle est trop ivre. Vous ne vous laissez pas rebuter, vous vous allongez sur elle et faîtes ce que vous avez envie de faire.

Cette méthode de mesure n’est pas reliée à la désirabilité sociale1 : autrement dit, les répondants  ne sont pas influencés par le « Qu’en dira-t-on ? ».

Dans une review de 1981, Malamuth indiquait que, sur l’ensemble des études analysées, environ 35% des hommes présentaient une certaine propension au viol2. Une autre étude de 1992, portant sur 159 étudiants d’une université américaine protestante, a montré que 34% d’entre eux admettaient une certaine propension aux agressions sexuelles3. Dans une étude réalisée en 1998 en Allemagne, 33% des participants avaient  déclaré qu’il y aurait une chance qu’ils se comportent comme l’agresseur4. Enfin, dans une étude qualitative de 2004 portant sur 20 étudiants5, 6 d’entre eux ont admis que sous des circonstances particulières, ils seraient capables de violer ou d’agresser sexuellement.

femmes Minangkabau

Il y a très peu de viols chez les Minangkabau

En 1986, l’anthropologue Peggy Reeves Sanday a proposé une échelle afin de mesurer la propension au viol de différentes sociétés6. Cette échelle allait de « très encline au viol » à « hostile au viol ». Les Etats-Unis – qui ont le plus haut taux de viol dans les pays industrialisés7 – étaient classés parmi les sociétés très enclines au viol, très loin devant les pays européens. A l’inverse, la Suède, la Norvège et la société des Minangkabau à Sumatra présentaient une très faible propension au viol. Elle a pu constater que les sociétés hostiles au viol étaient caractérisées par le droit, pour les femmes, à conserver leurs biens après le mariage, par la participation des hommes à l’éducation des enfants et par une moindre ségrégation des sexes.

Lien entre propension au viol (RP) et acceptation des mythes sur le viol (RMA)

En 1980, Burt émettait l’hypothèse que les mythes sur le viol puissent agir comme des « neutralisants psychologiques » qui permettent aux hommes de s’affranchir de l’interdiction sociale de blesser les autres, quand ils agressent sexuellement8.

De nombreuses études expérimentales ont clairement mis en évidence une corrélation significative entre la RP et le niveau de RMA. Ainsi en 1981, Malamuth a trouvé une corrélation égale à 0,60 entre la RP et la RMA2. Dans une méta-analyse de 2002, la corrélation moyenne sur 11 études, entre ces deux variables était de 0,26.

Ces corrélations sont compatibles avec l’idée de Burt, selon laquelle les mythes sur le viol affectent la probabilité de violer au niveau individuel. Deux autres hypothèses sont également possibles :

  • Les hommes justifient des tendances préexistantes au viol en adoptant les mythes sur le viol. Ainsi la RP serait la cause (et non pas la conséquence) de la RMA.
  • Il n’y a pas de lien causal direct entre RMA et RP, mais ces deux variables sont corrélées à  une troisième autre, comme par exemple l’hostilité à l’égard des femmes.

Mise en évidence d’un impact des mythes à propos du viol sur la propension à violer

En 1998, Bohner et ses collaborateurs ont été les premiers à tenter d’élucider ces liens causaux4. Ils firent le raisonnement suivant :

  • Si la RMA a un effet causal sur la RP, alors la relation entre RMA et RP sera plus forte, si les participants pensent aux mythes sur le viol quand ils remplissent le questionnaire sur la RP.
  • A l’inverse, si la RP est la cause de la RMA, la relation entre les deux variables sera plus forte si les participants remplissent un questionnaire sur la RMA, alors qu’ils sont en train de penser à leur propension au viol.
  • S’il n’y a pas de lien causal direct, l’importance de la corrélation ne variera pas.
formulaire

Selon l'ordre des questionnaires, la corrélation entre RMA et RP change.

Ils comparèrent deux situations expérimentales: dans la première, les 113 participants complétaient d’abord le test sur la RMA, puis celui sur la RP ; dans la seconde, ils complétaient les deux questionnaires dans l’ordre inverse. Ils trouvèrent que la relation entre RP et RMA était plus forte quand les participants avaient d’abord rempli le test sur la RMA.

Les auteurs en déduisirent que les mythes sur les viols avaient bien un effet causal sur la propension à violer, au niveau individuel, comme l’avait suggéré Burt 18 ans plus tôt.

Ces résultats ont été répétés en 2005 sur 107 individus10. De plus, la corrélation entre RP et RMA était plus forte chez les hommes qui avaient déjà été agressif sexuellement dans le passé10. Ces derniers représentaient 44% des individus de l’échantillon et la majorité d’entre eux n’avaient pas utilisé la force pour obtenir un rapport sexuel, mais avaient usé d’un comportement manipulatoire pour arriver à leur fin.

Détermination des motivations médiatrices entre RMA et RP

Une fois que le lien causal entre RMA et RP a été établi, il fallait chercher quelles étaient les motivations qui servaient de médiateurs entre RMA et RP. En général, deux grandes hypothèses sont émises à propos de la motivation des violeurs1 :

  • L’excitation sexuelle
  • L’exercice d’un pouvoir,  un moyen (parmi tant d’autres) permettant aux hommes de maintenir leur statut supérieur.
viol

Qu'est ce qui motive les violeurs ? L'excitation sexuelle ? Le désir de dominer ? ou bien les deux ?

Les études basées sur les témoignages de violeurs ou d’agresseurs sexuels, condamnées ou ayant avoué leur crime, suggèrent que la principale motivation au viol est l’excitation sexuelle1. Le problème est que les violeurs et agresseurs n’ont pas forcément bien conscience de ce qui les a motivés à agresser. De plus, même si ils étaient conscients de leurs motivations profondes, il y a peu de chance qu’ils admettent avoir violé par plaisir de dominer une femme.

Les contenus des mythes sur le viol sont très divers. Certains prétendent que les hommes ne peuvent pas contrôler leurs pulsions et d’autres minimisent la gravité des agressions sexuelles, les reléguant au statut de rapport sexuel habituel. Par ailleurs, certains mythes sur le viol mettent plus l’accent sur le comportement de la victime, sous-entendant qu’« elle l’a bien mérité » et donc qu’elle devait être punie. Tout cela semble indiquer que, aussi bien l’excitation sexuelle que le désir de domination, peuvent motiver un violeur.

Pour y voir plus clair, des chercheurs (dont Bohner) ont entrepris une série d’expérimentations en 20041. Ils ont pris comme cadre de travail le cas des viols commis par un proche, qui représentent 75% des viols11. Plus exactement, ils ont réanalysé leurs données de 1998 (obtenues sur un échantillon de 113 hommes Allemands, « étude 1 ») et ont conduit deux autres expérimentations au Royaume-Uni (« étude 2 ») et au Zimbabwe (« étude 3 »).

Dans les trois cas, des hommes ont répondu à un test sur leur RMA et ont lu 5 scénarios de viol ayant eu lieu lors d’un rendez-vous amoureux. Pour chacun des scénarios, les participants devaient indiquer :

  1. la probabilité de se comporter comme l’agresseur (mesure de la RP)
  2. quel serait leur niveau d’excitation sexuelle dans cette situation (mesure de l’excitation sexuelle anticipée)
  3. quel serait leur niveau de contentement d’avoir pu obtenir ce qu’ils voulaient (mesure du plaisir de dominer anticipé)

Pour analyser ces résultats, un modèle de régression multiple a été utilisé, permettant de déterminer les variations d’une variable (ici, la RP) en fonction d’autres variables (ici, la RMA et les deux médiateurs potentiels : l’excitation sexuelle et le plaisir de dominer). Ils ont également cherché à évaluer la variation des deux médiateurs potentiels en fonction de la RMA.

Dans les études 2 et 3, ils ont retrouvé la corrélation entre RMA et RP. Dans les études 1 et 2, le plaisir de dominer, mais pas l’excitation sexuelle, était significativement reliée à la RP. Dans l’étude 3, il y avait une relation positive et significative entre la RP et les deux médiateurs potentiels. Cependant, la relation entre RMA et l’excitation sexuelle n’était pas significative, ce qui l’exclut d’office comme médiateur. De plus, la relation entre excitation sexuelle et RP était beaucoup plus faible que la relation entre plaisir de la domination et RP.

résultats de l'article

Coefficients prédisant une variable (par exemple, RP) à partir d’une autre (par exemple, RMA). Les coefficients entre parenthèses et le coefficient de la RMA quand on inclut les médiateurs potentiels comme prédicteurs concurrents. *p < .05. **p < .01. ***p < .001. D’après Chiroro et al 20041

Ainsi, le plaisir de dominer serait la motivation médiatrice entre le RMA et la RP, contrairement à l’excitation sexuelle. Ces résultats corroborent la théorie féministe selon laquelle le viol a pour fonction de perpétuer la domination masculine (voir notamment : Les mythes sur le viol restreignent la liberté des femmes). Par contre, ils vont plutôt à l’encontre des théories qui suggèrent que le viol est motivé par l’excitation sexuelle.

Cela dit, dans les trois études, le plaisir de dominer et l’excitation sexuelle étaient très corrélés. Les auteurs supposent que pour beaucoup d’hommes, le désir de dominer et le désir sexuels sont très fortement associés. Cela est cohérent avec les résultats d’une étude qui a révélé que les hommes présentant une forte probabilité d’harceler ou d’agresser sexuellement, faisaient un lien automatique entre sexe et pouvoir12. Quand ces hommes étaient en présence d’un stimulus évoquant le pouvoir, ils avaient tendance à se dire plus attirés par une femme, ce qui n’était pas le cas des autres participants.

En conclusion

Les mythes sur le viol poussent certains hommes à agresser sexuellement. Ce lien de cause à effet est principalement motivé par une volonté de dominer sa victime. Dénoncer et démanteler les mythes sur le viol est donc sans doute un moyen de limiter les agressions sexuelles.

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Références

1. Chiroro P, Bohner G, Viki GT, Jarvis CI. Rape Myth Acceptance and Rape Proclivity. Journal of Interpersonal Violence. 2004;19(4):427 -442.

2. Malamuth NM. Rape Proclivity Among Males. Journal of Social Issues. 1981;37(4):138-157.

3. Osland JA, Fitch M, Willis EE. Likelihood to rape in college males. Sex Roles. 1996;35(3-4):171-183.

4. Bohner G, Reinhard M, Rutz S, et al. Rape myths as neutralizing cognitions: evidence for a causal impact of anti‐victim attitudes on men’s self‐reported likelihood of raping. European Journal of Social Psychology. 1998;28(2):257-268.

5. Lev-Wiesel R. Male University Students’ Attitudes Toward Rape and Rapists. Child and Adolescent Social Work Journal. 2004;21(3):199-210.

6. Reeves-Sanday P. Rape and the Silencing of the Feminine. Rape. 1986.

7. Murnen SK, Wright C, Kaluzny G. If « Boys Will Be Boys, » Then Girls Will Be Victims? A Meta-Analytic Review of the Research That Relates Masculine Ideology to Sexual Aggression. Sex Roles. 2002;46(11-12):359-375.

8. Burt MR. Cultural myths and supports for rape. Journal of Personality and Social Psychology. 1980;38(2):217-230.

9. Bohner G, Siebler F, Schmelcher J. Social Norms and the Likelihood of Raping: Perceived Rape Myth Acceptance of Others Affects Men’s Rape Proclivity. Personality and Social Psychology Bulletin. 2006;32(3):286 -297.

10. Bohner G, Jarvis CI, Eyssel F, Siebler F. The causal impact of rape myth acceptance on men’s rape proclivity: comparing sexually coercive and noncoercive men. European Journal of Social Psychology. 2005;35(6):819-828.

11. Bulletin 2006. Collectif Féministe Contre le Viol; 2006.

12. Bargh JA, Raymond P, Pryor JB, Strack F. Attractiveness of the underling: An automatic power → sex association and its consequences for sexual harassment and aggression. Journal of Personality and Social Psychology. 1995;68(5):768-781.