Actus – Recherche sur le genre (2)

Ecart entre femmes et hommes dans la publication d’articles scientifiques

Près de 8 millions d’articles scientifiques issus de 1 800 champs différents ont été analysés, du XVIème siècle à aujourd’hui. Les femmes sont sous-représentées parmi les auteur⋅e⋅s. Ainsi, alors qu’elles représentent 39% des postes permanents dans les universités, elles ne représentent que 27% des auteur⋅e⋅ s des publications récentes (1990-2012). Elles ne sont également auteures que de 26% des publications récentes avec un seul auteur. Avant 1990, les femmes étaient sous-représentées en tant que premier auteur⋅e, mais après 1990, cet écart a été en partie comblé. Cependant, elles sont de plus en plus sous-représentées en tant que dernier auteur⋅e, qui est également une position prestigieuse car il s’agit souvent du responsable de l’équipe de recherche. On note tout de même globalement un progrès au cours du temps, puisqu’entre 1665 et 1989, seulement 15.1% des auteur⋅e⋅ s étaient des femmes.

Les auteur⋅e⋅s de l’étude avancent plusieurs hypothèses pour expliquer cet écart entre hommes et femmes. Peut-être que les femmes soumettent moins d’articles, et que leurs contributions aux travaux scientifiques sont en effet moindres, d’où des positions moins prestigieuses, mais cela n’a jamais été démontré. En revanche, des études ont indiqué les femmes sont moins souvent associées à des projets collaboratifs. On sait aussi que les hommes négocient plus et ont plus tendance à mettre en avant leurs réalisations.

Vous pouvez aller voire un graphique interactif synthétisant les données de cette étude ici.

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Être un corps : objectivisation et déshumanisation

Une femme est représentée comme un objet sexuel, si son corps ou les parties sexualisées de son corps sont utilisés pour la représenter et sont séparées du reste de sa personnalité. Il a déjà été montré que les femmes déshumanisent  leurs homologues qui sont objectivées, en leur attribuant une nature moins humaine (par exemple : moins serviable, moins curieuse, etc.) ou en les associations moins souvent  à certaines caractéristiques typiquement humaines (par exemple : la culture, la tradition, etc.).

Les auteur⋅e⋅ s ont essayé d’établir un lien entre cette propension à déshumaniser une homologue objectivisée et leur rapport à leur apparence et à leur corps. Leur étude a porté sur 55 jeunes femmes hétérosexuelles, âgées de 19 à 29 ans. Ils ont pu montrer que les femmes qui ont internalisé les normes de beauté et qui cherchent à plaire aux hommes ont plus tendance à déshumaniser leur homologue objectifiée. Cette tendance est médiée par l’auto-objectivisation, qui consiste à s’intéresser beaucoup à son apparence physique. Cette importance accordée à l’apparence physique induit une évaluation et une comparaison avec le corps de ses homologues féminines. Un tel rapport au corps enlèverait à ces cibles féminines leur personnalité et leur individualité, en les réduisant à de simples objets à examiner et évaluer, ce qui résulterait en un subtil processus de déshumanisation.

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femmes regardant

Les femmes déshumanisent leurs homologues objectivisées, d’autant plus qu’elles se perçoivent elles-mêmes comme des objets.

La division du travail rémunéré chez les couples homosexuels

Une étude a été menée sur les couples homosexuels (998 couples de gays et 1033 couples de lesbiennes) aux Pays-Bas. Les auteures ont pu montrer que dans les couples homosexuels, en particulier dans les couples de gays, la division du travail rémunéré  est beaucoup plus équitable que dans les couples hétérosexuels. Par ailleurs, le mariage et la parentalité entraîne moins une spécialisation des parents (l’un dans le travail rémunéré, l’autre dans l’éducation des enfants) dans les couples de même sexe, en particulier au sein des couples de lesbiennes . Enfin, les couples de gays effectuent plus d’heures de travail rémunéré que les couples lesbiens.

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Bonus : Complimenter et être complimenté

Comme vous avez pu peut-être le constater, mon blog n’a pas été mis à jour depuis longtemps. Beaucoup de travail et un déplacement à l’étranger m’ont un peu ralentie. De plus, je travaille actuellement sur un article sur la parole et les conversations. Or la littérature est très riche à ce sujet : réussir à lire plusieurs articles et à avoir une vision synthétique du sujet  n’est pas évident et me prend du temps.

Dans cet article, j’ai écrit un paragraphe relativement long sur les compliments. Mais je me rends compte à présent qu’il est disproportionné et trop développé par rapport au reste… Je vous le livre en « bonus » car j’ai quand même pas mal travaillé dessus et je trouve ça dommage de tout simplement le supprimer. Cela me permettra par ailleurs de vous livrer quelque chose à lire en attendant le prochain article. :)

Ambiguïté du compliment

Un compliment est généralement un acte de politesse, qui a pour objectif de faire plaisir à son interlocuteur. Cependant, dans certaines situations, un compliment peut sembler menacer  l’espace privé de celui qui le reçoit, ou encore être sarcastique, offensant et ironique. Ainsi, si par un exemple un homme dit à une collègue « Tu es super sexy aujourd’hui. Il faudra que je t’offre un verre un de ces jours. », ce compliment est menaçant, nous seulement parce qu’il s’apparente à du harcèlement sexuel, mais également parce qu’il oblige son interlocutrice à être disponible pour boire un verre1.

Répondre au compliment : l’accepter ou non

Par ailleurs, répondre à un compliment pose problème, car l’interlocuteur est face à un dilemme à cause de deux principes de la conversation 1. Être d’accord avec l’interlocuteur 2. Eviter de se vanter2. Il est donc parfois inconfortable d’être complimenté. D’après une étude de Herbert de 1990 portant sur 1062 conversations issues d’un compliment3, seulement un tiers des compliments sont acceptés (souvent par un « merci » ou un sourire), et souvent de manière gênée.

Quand les deux interlocuteurs sont de statut égal, celui qui reçoit le compliment l’accepte peu souvent et fait des réponses comme « Oh, mais ce pull est vieux, tu sais », « Oh, tu sais, c’est vraiment pas compliqué à faire », ce qui signifie en somme « je sais que ton compliment servait à me faire plaisir, mais j’évite de me vanter, et ainsi je signifie que nous somme égaux »1. A l’inverse, les compliments sont plus souvent acceptés quand ils proviennent d’une personne de niveau social plus élevé1,4. Une étude montre d’ailleurs que c’est en général les dominants qui complimentent le plus les dominés, notamment en ce qui concerne les compétences1 : en effet, ce sont eux qui  sont en position de juger.

Qui complimente qui ?

Conversation au travail : qui risque de complimenter qui ?

Conversation au travail : qui risque de complimenter qui ?

Des différences moyennes apparaissent entre les sexes : dans l’étude de 19903 de Herbert, il a été montré que les femmes se complimentent beaucoup entre elles, tandis que les hommes se complimentent très peu entre eux. De plus les femmes ne complimentent pas de la même façon, puisqu’elles utilisent beaucoup plus fréquemment des termes qui ont un rôle d’intensifieurs comme  quel/le  ou  si (« Quelles belles chaussures ! » « Ta coupe te va si bien »)5. A l’inverse, les hommes emploient des formulations qui atténuent le compliment5. Cela est congruent avec l’ensemble de la littérature, selon laquelle le style de conversations des femmes est plus social et plus basé sur les émotions, que celui des hommes. Par contre, l’étude d’Herbert a montré que les hommes complimentent plus les femmes que l’inverse. Une étude de 1988 effectuée en Nouvelle-Zélande a donné des résultats semblables6,5.

Mais là où le contraste est le plus saisissant, c’est que les compliments des femmes sont beaucoup plus difficilement acceptés que ceux des hommes, surtout quand ces compliments masculins sont adressés à des femmes3. De même, l’étude de 19885 a montré qu’une femme de haut statut est deux fois plus complimentée qu’un homme de même statut, comme si le fait d’être une femme diminuait son statut. Holmes a également noté que les compliments sur l’apparence sont rares entre binômes homme-femme de statuts différents. A l’inverse, les compliments sur la compétence proviennent d’hommes de statut supérieur et sont adressés à des hommes de statut inférieur OU proviennent d’hommes de n’importe quel statut et sont adressés vers des femmes, de n’importe quel statut5. Cela semble bien indiquer que le fait d’être un homme induit automatiquement un statut social supérieur, le mettant en position de juge, qu’importe le  statut social professionnel.

Conclusion

D’après Herbert, le fait que les compliments des hommes soient plus souvent acceptés que ceux des femmes est tout simplement une manifestation de la différence de statut entre les deux sexes3. Une autre indication de cette différence de statut provient du fait que les hommes complimentent les femmes sur leurs compétences, qu’importe leur statut social professionnel. Holmes, l’auteure de l’étude en Nouvelle-Zélande, pose l’hypothèse selon laquelle complimenter n’a pas la même fonction chez les deux sexes : chez les femmes, il permettrait de créer un lien de solidarité ; chez les hommes, le compliment serait plutôt un moyen de formuler un jugement7.

Information complémentaires sur les compliments concernant l’apparence

Cet article concerne tous les types de compliments : sur l’apparence, sur les possessions, sur les compétences et sur l’effort.

Kalista avait l’air d’en savoir plus sur les compliments sur l’apparence, voici donc quelques infos complémentaires :

Les compliments sur l’apparence sont les compliments les plus fréquents

L’étude de Holmes en Nouvelle Zélande6 a indiqué les résultats suivants : les femmes se compliments beaucoup sur leur apparences entre elles (61% des compliments), puis ensuite ce sont les hommes qui complimentent beaucoup les femmes sur leur physique (47% des compliments), puis les femmes sur le physique des hommes (40% des compliments). Finalement, Holmes avaient trouvé que 36% des compliments entre hommes portaient sur leur apparence, ce qui est relativement élevé. Holmes a d’ailleurs supposé qu’un tel pourcentage ne se retrouverait pas dans un échantillon américain.

On voit donc qu’ici les hommes complimentent plus les femmes sur leur physique que l’inverse, mais l’écart entre les deux n’est pas énorme (47% contre 40%) ; cela est cependant à mettre en relation avec le fait que les hommes complimentent plus les femmes que l’inverse (23,1% des compliments de l’étude provenaient d’hommes vers des femmes, contre 16,5% de femmes vers des hommes).

Une étude de 20069 sur un échantillon américain a montré à l’inverse que les hommes préfèrent complimenter les femmes sur leur physique (60,5% des compliments) que sur leur compétences ; à l’inverse les femmes complimentent plutôt les hommes sur leur compétence (seulement 29% des compliments de femmes à des hommes portent sur leur apparence.).

Cela est bien sûr dû aux rôles sociaux : il est important pour une femme d’être belle et élégante, pour un homme d’être performant. Cependant des interviews menées dans l’étude de 20069 ont montré que les femmes s’abstenaient de complimenter les hommes sur leur physique afin de ne pas leur faire croire qu’elles étaient intéressées par eux. Les hommes ont moins peur que leur compliment sur le physique soit mal interprété : il est socialement mieux accepté que les hommes prennent les initiatives en ce qui concerne les relations sentimentales.

Kalista a soulevé le fait qu’un compliment sur l’apparence, venant d’un homme et adressé à une femme, puisse servir à la rabaisser au statut d’objet sexuel. Ce point n’est pas trop évoqué dans les études que j’ai lu. Je pense cependant qu’on peut raisonnablement penser que la différence entre un compliment poli et un compliment menaçant dépend 1. du contexte  : ce n’est pas la même chose de se faire des compliments entre amis qu’entre collègues ou qu’entre patron et une employée 2. de l’aspect physique évoqué : dire "ta nouvelle coupe te va super bien", c’est différent que de dire "tu as de belles fesses". Bref l’aspect sexuel du compliment et le statut social des interlocuteurs est à prendre en compte.

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Références

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6. Holmes J. Compliments and Compliment Responses in New Zealand English. Anthropological Linguistics. 1986;28(4):485-508.

7. Paulston CB, Tucker GR. Sociolinguistics: The Essential Readings. Blackwell Pub. 2003.

Les attributs du pouvoir et leur confiscation aux femmes. Le genre et l’espace.

Les attributs du pouvoir et leur confiscation aux femmes

Partie 1 : l’occupation de l’espace

Partie 2 : le temps de parole et le choix des sujets de conversation

Partie 3 : l’expression de la colère

Grand Canyon

Dans cette nouvelle série d’articles, nous nous intéresserons à différents comportements qui sont typiques des dominants (occuper beaucoup d’espace, avoir beaucoup de temps de parole et parler fort, exprimer certaines émotions comme la colère…). Nous verrons également qu’il est considéré comme peu convenable pour une femme de les arborer.

Brigitte Laloupe aborde ce thème dans son livre « Pourquoi les femmes gagnent-elles moins que les hommes ». Cela m’a passionnée et j’ai voulu approfondir ce point.

Occuper beaucoup d’espace : un attribut du dominant

Les dominants ont droit à plus d’espace1. Ainsi les dirigeants et les personnes considérées comme importantes ont droit à de spacieux bureaux, bien qu’ils n’y soient pas souvent. A l’inverse, les secrétaires sont serrées dans des petits open-spaces. De manière générale, les riches et les puissants ont de grandes maisons et de grosses voitures.

Plus précisément, l’espace personnel des dominants est plus grand2. L’espace personnel correspond à la « bulle » d’espace qui nous entoure et qu’on ne veut pas voir envahie par les autres (sauf les proches intimes). Cependant, l’espace personnel de chacun n’est pas respecté de la même façon : les puissants envahissent plus souvent le territoire des dominés que l’inverse1. En1977, Henley2 remarqua également que les dominés libèrent de la place aux dominants quand ces derniers s’approchent d’eux, leur laissant spontanément un plus grand espace personnel

En corrélation avec un plus grand espace personnel, les dominants ont tendance à occuper plus d’espace avec leur corps. Cela se voit d’abord dans les postures qu’ils arborent. Quand des personnes ont tendance à « s’étaler » et à prendre beaucoup d’espace (écarter les jambes, mettre les mains sur les hanches en tournant les coudes vers l’extérieur …), ils sont perçus comme dominants ; à l’inverse ceux qui prennent peu de place et adoptent des positions resserrées (jambes et bras croisés par exemple) sont perçus comme dominés3,4. Par ailleurs, une étude3 à montré que, face à une personne adoptant une posture de dominant ou de dominé, on aura tendance à adopter la posture complémentaire (de dominé si on est face à un dominant, de dominant si on est face à un dominé).

L’utilisation de l’espace est donc un très bon indicateur de statut social.

Les espaces privés des hommes

Dans certaines cultures extrêmement patriarcales, les femmes n’ont pas accès au droit de propriété ; le droit à avoir un espace réservé leur est donc dénié1. En Occident, le droit à un espace intime est aussi très souvent réservé aux hommes. D’après une étude de 1976, les hommes ont très souvent droit à un espace privé au sein de la maison (atelier, bureau…), dans lequel les autres membres de la famille n’entrent pas1. A l’inverse, peu de femmes ont droit à de tels espaces. En 1929, sortait l’essai de Virginia Woolf, «Une chambre à soi », dans lequel l’auteure développe l’idée selon laquelle la capacité des femmes à écrire est entravée notamment par le fait qu’elles n’ont pas d’espace privé et intime. Presque un siècle plus tard, la plupart des femmes n’ont toujours pas de «chambre à soi ».

La plus faible utilisation de l’espace par les femmes est visible dans bien d’autres domaines. Par exemple, les femmes possèdent généralement des voitures plus petites que celles des hommes5. Et au travail, les femmes ont généralement de plus petits bureaux ; c’est ce qui ressortait notamment d’une étude interne du MIT (Massachusetts Institute of Technology)6 ou encore du CfA (Harvard-Smithsonian Center for Astrophysics)7.

Voiture femme homme

Les voitures utilisées par les femmes, comme la Twingo, sont souvent plus petites que celles des hommes.

L’espace personnel des femmes

De manière générale, la « bulle » d’espace qui entoure les femmes est plus petite que celui des hommes8. Les duo femme-femme

accoudoir

S’il y un seul accoudoir commun, il sera majoritairement occupé par des hommes.

interagissent à de courtes distances, les duo homme-femme à des distances intermédiaires, et les duo homme-homme aux distances les plus grandes9. Les hommes et les femmes s’approchent plus des femmes que des hommes8, 9. Une étude de 198210 portant sur 852 sujets a montré que les hommes utilisent bien plus souvent l’accoudoir commun dans l’avion que les femmes, et donc prennent volontiers plus de place que ces dernières. Une autre a également déterminé que les hommes prenaient plus de place avec leur corps que les femmes, en particulier s’ils devaient jouer un rôle de professeur plutôt que d’apprenant dans une situation expérimentale11. Une autre étude de 200212 a confirmé que dans une salle d’attente, les femmes se tiennent plus près les unes des autres tandis que les hommes se tiennent à plus grande distance d’autrui.

Les hommes envahissent aussi plus souvent l’espace personnel des femmes que l’inverse1. Par ailleurs, quand le territoire des hommes est envahi, ces derniers répondent souvent de manière négative voir agressive à l’intrusion, tandis que les femmes ont tendance à se reculer et à fuir1,13. Pire : les hommes ont tendance à non seulement pénétrer dans l’espace personnel des femmes, mais aussi à toucher ces dernières pour établir une relation de domination1.

distances inter-personnelles

Les personnes féminines se tiennent plus près l’une de l’autre que les personnes masculines.

Une étude de 200614 portant sur 180 « couples » de participants a montré qu’en réalité, c’est plus le genre (comportement masculin ou féminin) qui détermine la distance entre personnes, que le sexe biologique. En effet, les personnes « masculines » (très souvent des hommes, mais aussi quelques femmes) se tiennent à plus grande distance des autres que les personnes « féminines » (majoritairement des femmes et des hommes homosexuels) ou au genre intermédiaire (à peu près 40 % d’hommes et  60% de femmes). L’étude semble également montrer que ce sont les personnes masculines (dominantes) qui contrôlent les distances interpersonnelles, puisque leur préférence pour des grandes distances était garantie.

L’utilisation de l’espace est donc avant tout affaire de socialisation féminine ou masculine, et non pas de biologie.

Les positions des hommes et des femmes

Les femmes adoptent en moyenne des postures plus resserrées et les hommes des positions plus « étalées », ce qui reflète les différences de statut social entre les sexes3,15,16 . En Occident, par exemple, la position assises féminine par excellence est celle où les femmes croisent les jambes, ou du moins, les resserrent17. Écarter les jambes sera considérée comme « vulgaire » pour une femme, alors que cette posture sera jugé virile chez les hommes. Il est intéressant de noter qu’une position exprimant la dominance (en s’étalant avec ses jambes) est jugée inadéquate pour les femmes.

position

Les femmes adoptent des positions plus resserrées, prenant moins de place avec leur corps.

Sociabilisation différenciée et occupation de l’espace public

Jeux enfants

Les jeux des garçons prennent plus d’espace que ceux des filles.

Déjà jeunes, on propose aux enfants des activités différentes en fonction de leur sexe: les garçons sont supposés jouer au foot, à la bagarre, dehors, dans l’espace public (rue, parc) ; à l’inverse les filles restent plutôt à l’intérieur, à jouer avec des poupées ou à faire des activités manuelles, dans des espaces plus restreints18,19. Ainsi, les garçons apprennent à s’approprier l’espace et à l’occuper ; les femmes apprennent à le partager.

Cette socialisation se poursuit à l’adolescence. On peut en voir un exemple avec les espaces de loisir pour jeunes, qui ont été étudiés par une équipe du CNRS dans l’agglomération de Bordeaux. L’équipe a pu constater que l’offre de loisirs subventionnée s’adresse en moyenne à deux fois plus de garçons que de filles, toutes activités confondues. Par ailleurs, il y a  trois fois plus de pratiques non mixtes masculines que de pratiques non mixtes féminines qui sont proposées20.

 A partir de l’âge de 12 ans, les filles délaissent totalement ces espaces de loisir. Ces lieux sont donc très largement occupés par les garçons et font office de véritables « maisons des hommes », c’est-à-dire de « lieu[x] où se pratique une compétition permanente entre hommes, dont l’enjeu est la production et la consolidation de l’identité masculine et des privilèges qui lui sont attachés »20,21.

Il en va ainsi par exemple des skate parcs, largement occupés par des garçons qui ne portent pas de protection – au risque de se blesser- et se défient. Ces lieux sont évités par les filles – sauf pour regarder les garçons – et par les garçons maladroits ou peu sportifs, qui ne peuvent pas montrer des signes extérieurs de virilité. Ces équipements génèrent des sentiments d’insécurité car ils sont perçus comme une prolongation de l’hégémonie masculine dans l’espace public. Welzer-Lang dit à ce propos que « certains espaces de quartiers où les filles, les femmes et les jeunes qui ne montrent pas des signes redondants de virilité sont soumis aux risques d’agression et de viols ne sont plus des espaces publics. Ils fonctionnent comme des excroissances des espaces privés où les hommes dominants peuvent imposer leur loi. »25

D’après les auteurs, ces dispositifs (skate parcs et autres…) participent à la reconstitution de la domination masculine sur l’espace

skate parc

Beaucoup de lieux publics, comme les skate parcs, sont en réalité complètement dominés par les garçons adolescents ou les hommes.

public. Alors que  l’objectif avoué de la municipalité est « canaliser la violence des jeunes » (les agents n’ont pas précisé le sexe des  « jeunes », mais il va sans dire qu’il s’agit des garçons),  l’hypersocialisation des garçons dans les espaces publics par le sport produit probablement l’effet inverse de celui escompté20,21.

Plusieurs autres études montrent comment les garçons adolescents dominent l’espace public et font en sorte d’en exclure les adolescentes22. Par exemple, une étude s’est focalisée sur la piscine : les adolescentes y sont contrainte d’adopter de multiples stratégies pour éviter le regard des garçons23. Cela leur donne un sentiment d’insécurité et la sensation qu’elles ne sont pas à leur place. Les jeunes hommes acquièrent ainsi le pouvoir de s’approprier l’espace public et de le modéliser avec des valeurs masculines. Cela est renforcé par le comportement parental : les adolescentes ont moins souvent le droit de sortir et donc d’explorer l’espace public (rue,…)24.

Cette éducation différenciée des garçons et des filles à l’usage de l’espace prépare donc à l’hégémonie masculine dans l’espace public et à au sentiment d’insécurité des femmes dans la rue.

A l’âge adulte, environ 43% des femmes disent avoir peur la nuit dans la rue, contre seulement 17% des hommes26. Les femmes ont notamment peur des agressions sexuelles. Susan Brownmiller considère ainsi que le viol « n’est rien de moins qu’un processus d’intimidation, conscient ou inconsciemment, par lequel tous les hommes maintiennent  toutes les femmes dans la peur»27. Il a été montré dans une étude de 1981 que la peur du viol, – particulièrement présente chez les femmes pauvres, âgées, ou appartenant à des minorités ethniques – est corrélée à des comportements d’auto-restriction (notamment celui d’éviter de sortir seule)26,30. Ainsi, les agressions sexuelles – favorisées par les mythes sur le viol – permettent d’exercer un contrôle sur les femmes, en les intimidant et en les invitant à ne pas s’aventurer sans hommes dans l’espace public. Une femme, qui se ferait agressée ou violée après avoir osé sortir seule, entendra des reproches du type « Une femme ne doit pas sortir seule la nuit ! ». Le viol apparait comme une punition pour celles qui aurait bravé l’interdit, celui d’utiliser librement l’espace public.

En conclusion

talons

Les chaussures à talon ne permettent pas vraiment une bonne exploration de l’espace

La différence d’utilisation de l’espace entre les deux sexes est le reflet d’une différence de statut social. Comme le dit très bien Henley en 1977 : « Non seulement le territoire et l’espace personnel des femmes doivent être restreints et limités dans l’espace, mais aussi leur attitude corporelle. Leur féminité est évaluée en effet par le peu d’espace qu’elles occupent, tandis que la masculinité des hommes est jugé par l’expansion et la force de leurs gestes flamboyants ». Cela est très visible dans les postures assises : une femme aux jambes croisées aura l’air particulièrement féminine, tandis que si elle écarte les jambes, elle sera jugée vulgaire. Trop s’étaler n’est généralement pas considéré comme particulièrement élégant pour une femme.

On peut aussi noter que l’habillement typiquement féminin (jupe et escarpin) empêche également de se mouvoir facilement (les escarpins empêchent de courir ou d’aller à certains endroits ; la jupe est un handicap si on veut faire du vélo car on risque de montrer involontairement sa culotte ; les vêtements serrés peuvent empêcher d’amples mouvements) ou de prendre trop de place -(une femme en jupe doit serrer les jambes au risque sinon qu’on voit son slip.) A l’inverse, les vêtements masculins sont conçus pour être fonctionnels et pratiques.

Par ailleurs, les femmes ont non seulement droit à moins d’espace privé (pas de « chambre à soi » dans la maison, petites voitures et petits bureaux), mais en plus, l’espace public (rue…) apparait souvent dominé par les hommes et interdit aux femmes.

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Références

1. Wood JT. Gendered Lives. Cengage Learning; 2012.

2. Kalbfleisch PJ, Cody MJ. Gender, Power, and Communication in Human Relationships. Routledge; 1995.

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30. Riger S, Gordon MT. The Fear of Rape: A Study in Social Control. Journal of Social Issues. 1981;37(4):71–92.

Pourquoi les femmes gagnent-elles moins que les hommes ? Les mécanismes psychosociaux du plafond de verre

Pourquoi les femmes gagnent-elles moins que les hommes ?

Les mécanismes psychosociaux du plafond de verre

Je fais une petite pause dans mes articles consacrés aux mythes sur le viol (car oui, il y en a aura au moins un ou deux encore…) pour aborder un sujet a priori un peu moins pénible : les inégalités salariales.

Plus précisément, je voulais vous parler du livre « Pourquoi les femmes gagnent-elles moins que les hommes ? ». Non seulement, je l’ai trouvé très bien - il est très instructif, bien documenté et facile à lire -, mais en plus, il rentre parfaitement dans la thématique de mon blog. Enfin, il a été écrit par Brigitte Laloupe, alias Olympe, qui est l’auteure d’un blog féministe que j’apprécie.

Personnellement, ce livre m’a fait le même effet que « la domination masculine » de Bourdieu : j’ai pu refaire le triste constat que, partout, partout, aussi bien au travail qu’à l’école, en passant par la famille ou la grammaire française, la femme est rabaissée et dénigrée. Alors que je suis bien au courant des problématiques féministes, lire ce livre pendant tout mon trajet en train (3h30 quand même !) m’a rendue bien triste. Parfois j’aimerais que les machos aient raison : « Mais l’égalité, vous l’avez ! »

Quand des associations féministes se battent contre les jouets sexistes ou bien contre la grammaire, la plupart des gens sont dans l’incompréhension. « Mais pourquoi luttent-elles contre ça alors qu’il y a tant à faire au niveau des inégalités salariales ? » entend-on souvent. Pour une raison simple : ces microdiscriminations, qu’on trouve dans les jouets, les livres pour enfants, la grammaire ou encore le fameux « mademoiselle », et qui semblent a priori inoffensives, sont à l’origine de discriminations plus voyantes et plus révoltantes : les inégalités salariales ou les violences conjugales et sexuelles, par exemple.

C’est bien parce qu’on éduque les enfants différemment en fonction de leur sexe, à l’aide de jouets et de livres sexistes, que les femmes adultes s’effacent quand les hommes savent s’affirmer. C’est bien parce que « le masculin l’emporte sur le féminin », que l’action des femmes est invisibilisée et que cela contribue au manque de modèles féminins. C’est parce que les professeurs interagissent moins avec les filles que celles-ci ensuite ne se sentent pas à la hauteur pour se lancer dans une carrière prestigieuse.

Ce n’est pas en votant une nième loi sur l’égalité salariale que cela risque de changer fondamentalement les choses. Même en pénalisant fortement les entreprises, ces dernières préféreront peut-être payer les indemnités (comme les partis pour la parité…) ou elles risqueront d’embaucher moins de femmes, tout simplement. De plus, cela ne changera rien au fait que les femmes devront se mettre à temps partiel, puisque ce seront toujours elles qui devront assurer l’éducation des enfants. Cela ne changera également rien au fait que les jeunes filles se dirigent moins vers les carrières rémunératrices.

Ce sont donc bien les mentalités qu’il faut changer, en luttant contre ces microdiscriminations qui créent des stéréotypes et qui assignent aux hommes et aux femmes des rôles sociaux différenciés.

Brigitte Laloupe, alias Olympe, débusque ces microdiscriminations dans tous les domaines : dans l’éducation des enfants au sein de la famille ou de  l’école, dans la publicité, dans les médias d’information ou encore dans le couple.

Elle décrit également comment cela mène à la cooptation entre hommes : ceux-ci ont souvent des centres d’intérêt bien à eux (politique, sport) que les femmes n’ont pas, ce qui empêche ces dernières de s’intégrer dans leurs réseaux de pouvoir. De plus, mêmes les femmes qui arrivent à s’immiscer ne sont souvent pas les bienvenues…

Brigitte Laloupe décrit également les attributs de la dominance, comme l’occupation de l’espace, le temps de parole, ou encore certains comportements (colère, ne pas sourire…). Elle met en évidence comment il est très mal vu pour une femme d’arborer ces attributs de dominance : écarter les jambes et donc occuper l’espace social comme un dominant (c’est-à-dire un homme) sera considéré comme vulgaire ; parler autant qu’un homme lui revaudra d’être traitée de pipelette ; enfin sa colère sera assimilée à de l’hystérie.

Enfin, dans une dernière partie, l’auteure aborde la façon dont les femmes ont intériorisé les normes et l’éducation féminines : ayant peu confiance en leurs capacités, elles ne sentent pas légitimes dans leur travail ; elles n’osent pas se faire mousser ; elles n’aiment pas la compétition ; elles ont peur de perdre leur féminité ; elles s’effacent. Dans cette partie, Olympe souhaite faire passer un message aux femmes : en dépassant les normes de leur genre, elles peuvent faire bouger les lignes et se faire entendre dans le monde du travail. Cependant, je m’interroge un peu : oui, les femmes doivent prendre confiance en elles et apprendre à se mettre en avant. Mais est-il souhaitable pour la société que les valeurs dites « masculines » (compétitivité, égoïsme…) soient adoptées également par les femmes et servent de références universelles ? Il est clair que cela les aidera pour se faire une place dans un milieu de requins, mais je pense qu’une société, où les valeurs traditionnellement « féminines » (altruisme, empathie…) soient plus valorisées, serait préférable.

Dans tous les cas, j’ai beaucoup apprécié ce livre. J’ai pas mal appris, notamment sur les réseaux masculins. J’ai trouvé la partie sur les attributs de dominance particulièrement intéressante. Cependant, si vous suivez un peu l’actualité féministe sur le net ou si vous lisez le blog d’Olympe, vous vous rendrez compte qu’il y aura des redites… Forcément.

Je pense que c’est typiquement le genre de cadeau qu’on peut offrir à un⋅e ami⋅e sensible au problème des inégalités salariales (et du sexisme en général), mais pas plus impliqué que cela. Il y a de fortes chances que ce livre provoque un électrochoc !

Les mythes autour du viol et leurs conséquences. Partie 2 : les conséquences pour la victime

Les mythes autour du viol et leurs conséquences 

Partie 2 : les conséquences pour la victime

Partie 1 : Quels sont ces mythes ? Qui y adhère ?
Partie 3 : Les mythes sur le viol restreignent la liberté des femmes
Partie 4 : Conséquences sur la propension au viol
Partie 5 : Les mythes sur le viol dans les médias

Dépression après le viol

Les taux de dépression sont élevés chez les victimes de viol

Nous avons vu dans une première partie quels étaient les mythes sur le viol et qui y adhérait. Les victimes de viol sont les celles qui souffrent le plus directement de ces mythes, qui ont  pour principale conséquence de les blâmer et de déresponsabiliser le violeur1. La responsabilité du viol est donc déplacée du coupable vers la victime.

Ce transfert est typique des agressions sexuelles. Les victimes de vol, par exemple, ne sont pas tenues pour responsables de ce qui leur arrive. Même si elles peuvent se faire légèrement blâmées (« Il n’aurait pas du transporté tant d’argent sur lui.»), les implications  sociales ne sont absolument pas équivalentes à celles que vivent les victimes de viol2.

A ce propos et comme me le faisait très justement remarquer une de mes commentatrices, elfvy, en Français, la forme « elle s’est faite violer» (appelé « causatif pronominal ») est très courante alors qu’à l’inverse le passif « elle a été violée » est beaucoup plus rare. Or plusieurs études grammaire indiquent ces deux expressions n’ont pas exactement le même sens : la construction causative pronominale (« elle s’est faite violer ») implique une certaine responsabilité ou du moins une activité volontaire du sujet !3

Nous allons voir dans cette partie quelles conséquences entraîne ce transfert de responsabilité sur la victime.

Les séquelles psychologiques chez les victimes de viol

cauchemar

Le TSPT se manifeste notamment par des cauchemars évoquant l’évènement traumatisant

Chez les victimes de viol, les séquelles psychologiques sont largement plus importantes et persistantes dans le temps que les séquelles physiques4. Les abus sexuels, et en particulier les viols, sont associés à plusieurs désordres psychiatriques dont les troubles anxieux, alimentaires, les troubles du sommeil, les troubles dépressifs et plus particulièrement les troubles de stress post-traumatique5,6 (TSPT). Le TSPT est une réaction psychologique consécutive à une situation durant laquelle l’intégrité physique ou psychologique du patient ou d’autrui a été menacée, ou effectivement atteinte7. Il se manifeste notamment par des flash-backs et des cauchemars envahissants qui hantent la victime, par l’évitement des situations pouvant rappeler à la victime l’événement traumatisant, et par une hypervigilance. 

Lors d’agressions sexuelles, le choc ressenti est particulièrement fort, puisque les victimes présentent des symptômes de TSPT plus intenses que les victimes d’agressions non sexuelles8. Un nombre non négligeable de victimes de violences sexuelles manifestent des symptômes sévères6. Bien entendu, celles-ci sont tout de même capables de se rétablir et les symptômes diminuent progressivement au cours du temps6,8. Ainsi d’après une étude de 19929, 94% des victimes de viol présentent des symptômes de TSPT 13 jours après l’agression. Elles ne sont plus que 50% trois mois après le viol. Mais, malgré cette diminution des symptômes au cours du temps, certaines victimes rencontrent encore les critères diagnostiques de TSPT des années après le viol6.

Effet du soutien social et des réactions négatives sur le rétablissement de la victime

Lorsqu’une victime de viol révèle ce qui lui est arrivé à son entourage, à la police ou à tout autre personne, elle peut être confrontée à deux types de réactions : des réactions positives (soutien social : écoute, encouragement…) et des réactions négatives (blâme, ne pas croire la victime)10.

Dans  une  étude  portant sur  323  victimes  d’agression sexuelle11,  il a été  observé  que  la  plupart  des  victimes (97,1  %)   perçoivent  des  réactions  positives, mais également  négatives  (98,2 % d’entre elles)  après qu’elles avaient révélé avoir été agressées sexuellement. Les réactions perçues comme négatives perpétuaient la plupart du temps les mythes à propos du viol et de l’agression sexuelle. La plupart de ces victimes auraient souhaité recevoir plus de soutien émotionnel (empathie, écoute…) et d’aide concrète (hébergement…).

Certains travaux étudiant les effets des réactions positives (c’est-à-dire du soutien social) ont montré des effets positifs sur le rétablissement psychologique de la victime10,12, mais d’autres n’ont trouvé aucun effet statistiquement significatif10,13. Il se pourrait qu’en réalité l’effet positif du soutien social sur le rétablissement ne soit pas visible immédiatement après le viol, mais qu’il apparaisse à plus longs termes10. Le soutien social aurait dans tous les cas un impact positif sur le rétablissement physique de la victime14,15.

blâme sur la victime

Blâmer la victime peut avoir des conséquences dramatiques sur son rétablissement

A l’inverse, deux études ont montré que les réactions négatives – le blâme ou l’incrédulité liés aux mythes sur le viol, par exemple  – avaient un impact désastreux sur le rétablissement des victimes10, que ces réactions négatives aient eu lieu juste après le viol13 ou plus d’un an après12. La première étude, de 1991, a montré que les attitudes négatives du conjoint de la victime étaient fortement corrélées à des symptômes psychologiques (cauchemars, angoisse…) plus importants13. Dans l’autre étude, de 1996, tous les types de réactions négatives (blâme, incrédulité, prise de contrôle…) étaient reliées à un plus mauvais rétablissement et à de plus forts symptômes psychologiques12.

Le fait que la quasi-totalité des victimes perçoivent des réactions négatives lors de la révélation de leur viol explique sans doute pourquoi certaines restent traumatisées des années après le viol.

La victime peut également se blâmer elle-même si elle adhère aux mythes à propos du viol. Cependant, le point de vue des proches peut également influencer son  interprétation des faits6. Or plus les victimes culpabilisent pour leurs actions prétendument inadéquate (« Je n’aurais pas du mettre cette jupe »), plus elles se replient sur elles-mêmes, et moins elles s’adressent à des proches pour qu’ils les aident à gérer leur détresse6.

Qui blâme ou ne croit pas les victimes ? Qui les soutient ?

commissariat

La police n’adopte pas toujours une attitude très appropriée face aux victimes de viol….

Les amis, le conjoint et la famille semblent être les meilleurs soutiens aux victimes et c’est souvent à eux que la victime révèle le viol. A l’inverse, la police et les médecins apparaissent comme les moins aidants et ceux ayant le plus de réactions négatives à l’égard de la victime10. Il semble difficile pour la victime de pouvoir éviter ces réactions négatives, puisqu’elle sera dépendante de ces agents.

A la  suite d’un  évènement traumatique,  la victime, quand elle a un conjoint, se tourne généralement vers ce dernier pour rechercher du soutien6. Le rétablissement de la victime dépend donc fortement de son comportement. En effet, un manque de soutien provenant du conjoint ne semble pas pouvoir être compensé par le soutien provenant d’une autre source6.  Or, dans les cas de viols, environ 17% des conjoints blâmeraient la victime et 25% disent se sentir en colère contre elle16,6. De plus, le conjoint a tendance à devenir de moins en moins empathique et patient quand les symptômes de traumatisme persistent17,6. Certains conjoints ressentent même de la jalousie par rapport au violeur et s’inquiètent par rapport à leurs performances sexuelles (!)6.

Une étude18 a montré que les conjoints masculins adoptaient des comportements plus négatifs envers la victime dans les cas d’agressions sexuelles que dans les cas d’agressions non-sexuelles.

Or la façon dont les conjoints réagissent dépendrait très fortement de leur adhésion aux mythes autour du viol6,19. Plus le conjoint croirait à ces mythes, plus il aura tendance à blâmer la victime ou à minimiser l’agression. Ainsi, il a été montré qu’un conjoint sera plus attentif et soutenant s’il perçoit l’agression comme un acte de violence plutôt qu’un acte sexuel12.

De façon général, les personnes blâmant les victimes de viol sont celles présentant un fort niveau de sexisme hostile et d’adhésion aux mythes sur le viol20. Ce sont le plus souvent des hommes21.

Quant aux interactions avec les agents des systèmes juridique et médical, la littérature suggère qu’elles sont souvent mauvaises et vécues par les victimes comme un « second viol », une seconde persécution après le traumatisme initial. La plupart des personnes dénoncées pour viol ne sont pas poursuivies, les victimes traitées aux urgences hospitalières ne reçoivent pas de compréhension et beaucoup d’entre elles n’ont même pas accès à des services de soins psychiatriques de qualité22.

A ce propos, certains comportement des policiers et de représentants de la justice, relatés par Muriel Salmona, psychiatre spécialisée en psychotraumatologie et victimologie, font vraiment froid dans le dos :

Une adolescente de 13 ans a été violée par trois adultes (ayant autorité) qui l’ont obligée à visionner avec eux un film pornographique, et ils ont reproduit sur elle toutes les scènes. Le brigadier et la brigadière de police qui l’auditionnent (audition filmée puisqu’elle est mineure) se mettent à rire lorsqu’elle décrit les scènes de viol. Pire, ils ont dit à la victime qu’elle était une libertine. Ils lui ont demandé si elle aimait être sodomisée. Ils ont même osé dire : "Tu crois vraiment qu’une fille qui est violée, elle se débat comme toi ?" Que penser de ces rires et de ces commentaires ? De telles questions ne peuvent venir de professionnels capables d’impartialité lors des dépôts de plaintes pour viol. Sans surprise cette brigade des mineurs a mis 8 mois avant de traiter la plainte.
Une autre patiente adolescente de 15 ans a été violée par un ancien camarade de classe. Elle non plus n’avait jamais eu de rapports sexuels auparavant, mais elle le connaissait. L’accusé a reconnu qu’elle avait dit non et qu’il lui tenait fermement les deux bras. Pourquoi le procureur a-t-il prononcé un non-lieu ? Est-ce parce qu’elle  avait oublié de leur parler d’échanges MSN entre eux avant le viol ? Une victime avant d’être violée doit savoir qu’elle va être violée et donc éviter tout contact avec le futur agresseur, sinon elle n’est pas crédible ? ! Le moindre oubli vaut plus que des aveux. Le procureur ne s’est pas arrêté au non-lieu. Il a déposé une plainte pour dénonciation mensongère pour crime imaginaire. Il a laissé la brigade des mineurs mettre en garde à vue cette adolescente. Garde à vue où les policiers l’ont traitée de menteuse et lui ont dit que c’est très grave, qu’elle risquait 10 ans de prison.

Aux Etats-Unis, la minimisation des cas de viol – en particulier quand il concerne des femmes pauvres et appartenant à des minorités ethniques- est un grand sujet d’inquiétude. Plusieurs scandales ont éclaté à ce propos23.

Quand est-on le plus blâmé ou le moins cru ?

L’importance du soutien dépendrait de plusieurs circonstances. Ainsi, les agressions sexuelles les plus graves (avec pénétration : les viols) sont celles qui suscitent le moins de réactions positives et le plus de réactions négatives24,14. Les victimes appartenant à des minorités ethniques subissent également plus de reproches24. Les femmes adhérant le plus à leur genre (c’est-à-dire les femmes les plus « féminines »)  sont perçues comme plus crédibles2. Si le viol a été perpétré par un inconnu plutôt que une connaissance, la victime reçoit plus de soutien, probablement parce que les circonstances collent mieux à celle du viol stéréotypé6,25,21 et elle est perçue comme plus crédible26. Si la victime a résisté ou si elle a une bonne réputation, elle sera moins blâmée20. Enfin, les femmes ayant vécu une agression sans violence physique seront elles aussi plus dénigrées ; elles mettront plus de temps aussi à recherche un traitement médical10 alors qu’elles seront aussi plus affectées sur le plan psychologique6.

En bref, excepté quand le viol correspond au viol stéréotypé (la nuit par un étranger armé, avec une victime totalement pure), les victimes ne sont pas considérés comme totalement innocentes.

Les victimes sont le plus blâmées quand la configuration du viol suggère qu’elles aient pu ressentir une attirance sexuelle envers leur agresseur : ainsi les femmes hétérosexuelles et les hommes homosexuels sont plus blâmés que les lesbiennes et les hommes hétérosexuels27,28,29. Une étude a montré que le viol était jugé comme « plus horrible » et plus traumatisant pour les hommes hétérosexuels que pour les femmes et les hommes homosexuels30, comme si le viol était une simple relation sexuelle, et dans un déni complet de la souffrance des femmes et des homosexuels qui en sont victimes. D’après une enquête de 1997, les policiers pensent souvent que le viol est moins traumatisant pour les homosexuels et ils ne prennent pas aux sérieux les plaintes déposées par ceux qu’ils pensent « gays »31.

campagne alcool

"Elle ne voulait pas le faire, mais elle n'a pas pu dire non." Une campagne américaine contre l'excès d'alcool met l'accent sur le comportement des victimes...

Une étude de 2010 a montré que, bien que certaines personnes interrogées ne blâment pas directement la victime, plus de la moitié de celles-ci considéraient que le comportement de la victime (par exemple : sa façon de se vêtir, si elle avait bu de l’alcool…) avait pu causer l’agression sexuelle32. Dans la réalité, les  agressions  impliquant  de  l’alcool  (chez  la victime comme chez l’agresseur )  sont  également  davantage  associées  à  des réactions  négatives24. De même, selon un mythe répandu, les femmes actives sexuellement ont plus tendance à mentir à propos de leur agression sexuelle que les femmes « chastes ». Ainsi, même si on prétend que dans notre société, les femmes ont la possibilité d’avoir autant de partenaires sexuels qu’elles le souhaitent, dans leur réalité, cela leur sera reproché si elles sont victimes de violence sexuelle2. Une étude a montré que, lorsqu’une scène de viol est dépeinte à des sujets, ceux-ci auront tendance à plus blâmer la victime si celle-ci est décrite comme portant une jupe courte33. Ils considéreront qu’elle voulait avoir un avoir un rapport sexuel, qu’elle portait une tenue trop suggestive et qu’elle avait provoqué son violeur.

 

Le viol : un crime largement impuni du fait des mythes sur les agressions sexuelles

Le viol est un crime encore largement impuni puisque seuls  5 % des viols de femmes majeures font l’objet d’une plainte  et trois quarts de ces plaintes sont suivies d’un non lieu ou d’un classement sans suite34 ! Comment expliquer ce phénomène ?

Tout d’abord, certaines personnes ayant subi un rapport sexuel non consenti ne se considèreront pourtant pas comme victime de viol. Il y a plusieurs explications à ce phénomène, notamment l’adhésion aux  mythes autour du viol. Il a été en effet montré que quand une victime adhérait à certains mythes (« quand une victime ne débat pas, ce n’est pas un viol » et « si une femme allume un homme, elle cherche les ennuis ») et qu’elle s’était réellement trouvé dans la situation décrite dans le mythe (ici : qu’elle ne s’est pas débattu ou elle avait séduit son agresseur), elle avait tendance à ne pas se considérer comme victime35.

Ensuite, si les victimes sont si peu disposées à porter plainte, c’est par peur d’être dénigré par les policiers ou les magistrats20. Ainsi, du fait que les victimes ayant été violées par un proche sont plus blâmées que les autres, ces dernières mettent plus de temps à signaler le crime à la police, ce qui contribue d’autant plus à leur incrédibilité2. Elles ont également plus tendance à mentir à propos de l’agression26.

Matthew Hale

Matthew Hale

Le dénigrement des victimes affecte non seulement la probabilité que la victime signale le viol à la police mais également la conviction de la police et des jurés qu’il y a bien eu agression.20 A noter que pour les cas de viol, dans les cours américaines et jusque dans les années 1980, les juges lisaient à voix haute au jury l’avertissement de Hale, un juriste anglais du XVIIIème siècle : « Le viol est une accusation facile à formuler, difficile à prouver, et dont il est encore plus difficile de s’en défendre quand on en est accusé, même si on est parfaitement innocent.» Il est évident que dans de telles circonstance, il est difficile pour une victime d’être prise au sérieux…

Des années 1970 jusqu’aux années 1990, les Etats-Unis connurent plusieurs réformes visant à modifier la législation sur le viol26,23. Auparavant, la victime devait prouver qu’elle avait résisté à son agresseur, et la défense pouvait, quant à elle, puiser dans le comportement sexuel passé de la victime des circonstances atténuantes au crime. Les légistes pensaient en effet que ces lois archaïques décourageaient les victimes à porter plainte et empêchaient les poursuites contre les violeurs. On tâcha également de mieux former les policiers, les procureurs et les médecins à ce sujet. Des progrès ont été faits, mais malgré tout cela, le problème continue à persister aujourd’hui : de nombreux représentants de la justice, les médias, le public et les victimes elles-mêmes continuent d’adhérer aux mythes autour du viol23. Le mythe le plus persistant chez les magistrats est celui que les femmes mentent régulièrement à propos des accusations sexuelles, bien que les fausses accusations soient rares (2-10%)36. Ainsi, la police souhaite souvent que les propos de la victime soient testés par un détecteur de mensonge23, ce qui peut avoir pour conséquence que cette dernière, ne se sentant pas crue, retire sa plainte.

En conclusion

La littérature nous apprend que la très grande majorité des victimes d’agressions sexuelles perçoivent des réactions négatives (blâme, moquerie, incrédulité, minimisation de l’agression, manque de soutien social), du fait que les mythes à propos du viol soient très répandus. Ces réactions négatives nuisent très fortement à leur rétablissement et nuisent au bon fonctionnement judiciaire.

Alors, que ça ne devrait pas être aux femmes d’éviter le viol –mais aux violeurs d’arrêter leurs agressions – la société et le système judiciaire attendent toujours d’elles qu’elles le fassent, en résistant, en restreignant leurs déplacements ou en étant pudiques et réservées.

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Mythes sur les viols. Partie 1: Quels sont ces mythes ? Qui y adhère ?

Les mythes autour du viol et leurs conséquences 

Partie 1: Quels sont ces mythes ? Qui y adhère ?

Partie 2 : les conséquences pour la victime
Partie 3 : Les mythes sur le viol restreignent la liberté des femmes
Partie 4 : Conséquences sur la propension au viol
Partie 5 : Les mythes sur le viol dans les médias 

Ruelle sombre

Contrairement à la légende, la plupart des viols ne sont pas commis par un étranger dans une petite ruelle sombre

« Evitez de vous habiller comme des salopes si vous ne voulez pas vous faire agresser »
Michael Sanguinetti, policier canadien

 « Un viol, c’est avec un couteau ou un pistolet »
Ivan Levaï, grand journaliste

 «Tant qu’un homme n’est pas muni d’une arme, d’un couteau ou d’un revolver, une femme peut toujours se défendre »
Catherine Millet, intellectuelle française

Slutwalk

Les Slutwalks sont nées en réaction aux propos de Sanguinetti

Récemment, l’association Osez le féminisme a lancé une campagne contre le viol, dont l’un des principaux objectifs est de lutter contre les idées reçues à propos du viol (« Ce sont surtout les filles provocantes qui sont violées »,  « Le viol est provoqué par la testostérone», etc.)

Ces idées reçues (appelées « rape myths » ou « mythes sur le viol ») et leurs conséquences ont été étudiées par les sociologues et psychologues sociaux. J’ai décidé d’y consacrer un article qui sera divisé en plusieurs parties.

Cette première partie explique quels sont ces mythes, pourquoi ils sont faux, et quelles sont les personnes qui y adhèrent. Nous verrons ensuite quelles en sont leurs conséquences et comment ils se transmettent.

Qu’est ce qu’un viol ?

D’après le CNRTL1, le viol est un «rapport sexuel imposé à quelqu’un par la violence, obtenu par la contrainte, qui constitue pénalement un crime ». Dans le droit français, le viol est défini comme «tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise».2

Aux Etats-Unis, 18 à 25% des femmes ont subi soit une tentative de viol, soit un viol dans leur vie 3,4. En France, d’après les statistiques du CFCV5, entre 2003 et 2005, plus de 90% des victimes de viols étaient des femmes et environ 96% des agresseurs, des hommes. Cependant, il se peut qu’il y ait plus de victimes masculines, ces derniers étant moins enclins à se déclarer victimes.

Dans plus de 75% des cas, la victime connaissait son agresseur5. Seulement la moitié des viols est accompagnée de violences physiques et à peine 12% sont commis sous la menace d’une arme6. Environ 20 à 25% des victimes tentent de résister physiquement7. Le crime a le plus souvent lieu au domicile de la victime (environ 65% des cas)8. La moitié des viols a lieu la nuit, l’autre moitié le jour6.

La plupart des violeurs dorment tranquillement : seuls  5 % des viols de femmes majeures font l’objet d’une plainte9. Par ailleurs, le taux de fausses accusations de viol ou d’amplification des faits ne dépasse pas 3 à 8%5,6, un chiffre semblable à celui des autres crimes.

Quels sont les mythes sur le viol ?

Dans l’esprit de la plupart des gens, il existe une image du viol « idéal » qui serait le seul « vrai viol »10,11. Ce viol idéal est commis par un étranger armé et fou, et s’accompagne de beaucoup de violence physique. Il se produit la nuit dans une ruelle sombre ou un parking.

Or, cette image ne correspond que très rarement à la réalité décrite. Et quand le viol ne correspond pas à ce viol stéréotypé, la victime subit le blâme12,13. Elle l’a méritée ou l’a cherchée : c’est ce qu’on appelle « les mythes autour du viol ».

 Lonsway et Fitzgerald (1994) ont défini les mythes sur le viol comme les « attitudes et croyances généralement fausses, mais répandues et persistantes,  permettant de nier et de justifier l’agression sexuelle masculine contre les femmes »14. On peut les regrouper en trois catégories15 :

  • Il ne s’est rien produit. Un certains nombre de mythes promeuvent l’idée que les femmes accusent souvent les hommes à tord de viol. Jusque dans les années 1980, on lisait fréquemment dans les cours américaine lors des procès pour viol l’avertissement de Hale16 : « Il est facile d’accuser quelqu’un de viol, difficile de prouver un viol, et encore plus difficile d’être défendu si on est accusé, même quand on est innocent ».   Actuellement, on tient dans les cours de justice un langage à peu près similaire16. Dans plusieurs études récentes, 20% des personnes interrogées estimaient que les accusations de viol étaient fausses16,17. Un autre mythe prégnant consiste à affirmer que la victime exagère et à minimiser les faits (Par exemple, le fameux « il n’y a pas mort d’homme » de Jack Lang)15,18.
  • Elle l’a voulu ou elle a aimé. Ce sont les mythes prétendant qu’une femme qui dit « non » pense « oui » ; que la violence est sexuellement excitante pour les femmes ; que la victime aurait pu résister si vraiment elle n’était pas consentante. Des études montrent que 1 à 4% des étudiantes américaines croient que les femmes désirent secrètement être violées13,19, tandis que 15 à 16% des étudiants hommes croient ce mythe16,13. Si le viol a eu lieu dans un endroit pour séduire (par exemple : un rendez-vous galant, un bar…), le mythe est d’autant plus fort10. A noter qu’on considère également que les femmes sexuellement actives, et particulièrement les « travailleuses du sexe » comme les actrices de pornographie ou les prostituées, ne peuvent pas ne pas être consentantes12 !
  • Elle l’a mérité : Ce sont les mythes comme “Elle était habillée de manière trop sexy » ou “Elle marchait seule la nuit”. Carmody et Washington (2001) ont montré qu’environ 21% des femmes interrogées dans leur étude estimaient que les femmes cherchaient qui s’habillent de manière provocante cherchent les problèmes19. Johnson et al. (1997) ont trouvé que 27% des hommes et 10% des femmes considéraient que les femmes, par leur comportement, provoquent le viol13. Une autre enquête indique que 22% des gens interrogés pensaient qu’une femme était totalement ou partiellement responsable de son viol si elle avait plusieurs partenaires sexuels et 26% croyaient qu’elle était au moins en partie responsable si elle portait des vêtements trop sexy.
Raphaëla Anderson

Raphaëla Anderson, ancienne actrice de X, n’a pas été prise au sérieux lorsqu’elle a porté plainte pour son viol. Le procureur lui a dit "C’est normal de se faire violer quand on fait du porno".

Ces mythes ont pour principale fonction de rendre la victime coupable et de déresponsabiliser le violeur. En effet, il a été clairement montré que les personnes adhérant à ces mythes ont tendances à blâmer la victime et à chercher des excuses aux violeurs20. Ces mythes ont été par exemple particulièrement entendus lors de l’affaire Strauss-Kahn. Nafissatou Diallo a été considérée comme « peu crédible » car elle aurait menti dans le passé afin de pouvoir immigré, parce qu’elle aurait été intéressée par l’argent et mariée à un dealer. De même, on a accusé Tristane Banon d’avoir eu une attitude trop « légère » pour avoir été violée.

Qui sont ceux qui adhèrent aux mythes sur le viol ?

 Il a été montré, en utilisant des échelles de mesure de l’adhésion aux mythes autour du viol (avec des questions fermées), qu’entre 25% et 35% des gens adhèrent à la majorité de ces mythes14. Cependant dans une étude utilisant des questions ouvertes, près de 66% des personnes interrogées approuvaient les mythes autour du viol18.

Une constante dans la littérature est que les hommes adhèrent plus souvent aux mythes autour du viol que les femmes18, et plus particulièrement les hommes adoptant une attitude masculine stéréotypée20,21. Le sexisme hostile à l’endroit des femmes est corrélé à l’adhésion aux mythes autour du viol, mais c’est également le cas de certaines idées du sexisme bienveillant comme « les sexes sont complémentaires » ou « les femmes sont toutes des princesses »22–25.  D’autres études ont montré que le racisme, l’homophobie, la discrimination de classes et l’intolérance religieuse sont également corrélés à l’adhésion aux mythes sur le viol26–28. Les personnes pensant que la motivation du violeur est non pas sexuelle mais est l’exercice d’un pouvoir sur sa victime sont peu procpices à croire aux mythes sur le viol. Enfin, l’adhésion  aux  mythes  concernant  l’agression  sexuelle  est  liée  à  la méconnaissance  de  la  définition  légale de ce crime11.

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Erratum

J’ai écrit :

le taux de fausses accusations de viol ou d’amplification des faits ne dépasse pas 3 à 8%5

Mais je me suis rendue compte qu’il s’agit de chiffres ne concernant que les mineur-e-s… Chez chiffres proviennent d’une publication de l’IHESI (Institut des Hautes Etudes de la Sécurité Intérieure.) et ont été repris par le CFCV.

Voici ce que j’ai trouvé pour les viols sur les adultes :

  • Une review de 2006 sur ce type d’études*  a indiqué que les policiers ont tendance à juger une accusation de viol comme "fausse" à partir de critères douteux. L’autre conclusion de cette review est qu’il est impossible de déterminer quel est réellement le taux de fausses accusations, car les méthodologies scientifiques de plusieurs études sont contestables. Ainsi, par exemple, un auteur considérait qu’une accusation de viol était fausse si la victime n’avait pas l’air particulièrement perturbé.
  • Une étude de 2010**  a trouvé que le taux de fausses accusation était de l’ordre de 5,9 %. Leur méthodologie pour classer une accusation comme "fausse" est sans doute plus fiable, car elle consiste en une enquête approfondie (plusieurs interviews de l’accusé, du ou de la plaignant-e, rapports médicaux, caméra de surveillance, etc.).

*Rumney, Philip N.S. (2006). False Allegations of Rape. Cambridge Law Journal 65 (1): 128–158. Article

**Lisak, David; Gardinier, Lori; Nicksa, Sarah C.; Cote, Ashley M. (2010). False Allegations of Sexual Assualt: An Analysis of Ten Years of Reported Cases. Violence Against Women 16 (12): 1318–1334. Article

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Références

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2.Légifrance : article 222-23 du Code pénal. 2011. Available at: http://www.legifrance.gouv.fr/affichCode.do?idSectionTA=LEGISCTA000006181753&cidTexte=LEGITEXT000006070719 Consulté novembre 27, 2011.

3. Fisher BS, Cullen FT et Turner MG. The sexual victimization of college women. 2000.

4. Tjaden P & Thoennes N. Prevalence and Consequences of Male-to-female and Female-to-male Intimate Partner Violence as Measured by the National Violence Against Women Survey. Violence Against Women. 2000;6:142-161.

5. Bulletin 2006. Collectif Féministe Contre le Viol; 2006.

6. Bulletin 2003. Collectif Féministe Contre le Viol; 2003.

7. Ullman SE. A 10-Year Update of « Review and Critique of Empirical Studies of Rape Avoidance ». Criminal Justice and Behavior. 2007;34:411-429.

8. Zucker D. Viol : approches judiciaires, policières, médicales et psychologiques : actes du colloque. Bruxelles: Kluwer; 2005.

9. Jaspard M. Nommer et compter les violences envers les femmes : une première enquête nationale en France. Population et Sociétés. 2001. Available at: http://www.ined.fr/fr/publications/pop_soc/bdd/publication/138/ Consulté décembre 3, 2011.

10. Odem M. Confronting rape and sexual assault. Wilmington  Del.: Scholarly Resources; 1998.

11. Bilette V, Guay S et Marchand A. Le soutien social et les conséquences psychologiques d’une agression sexuelle  : synthèse des écrits. Santé mentale au Québec. 2005;30(2):101-120.

12. Page AD. Judging Women and Defining Crime : Police Officers’ Attitude Toward Women and Rape. Sociological Spectrum. 2008;28:389-411.

13. Johnson BE, Kuck DL et Schander PR. Rape Myth Acceptance and Sociodemographic Characteristics: A Multidimensional Analysis. Sex Roles. 1997;36(11-12):693-707.

14. Lonsway KA, & Fitzgerald LF. Rape Myths. In Review. Psychology of Women Quarterly. 1994;18:133-164.

15. Koss M. No safe haven : male violence against women at home, at work, and in the community. 1er éd. Washington  D.C.: American Psychological Association; 1994.

16. Edwards KM, Turchik JA, Dardis CM, Reynolds N et Gidycz CA. Rape Myths: History, Individual and Institutional-Level Presence, and Implications for Change. Sex Roles. 2011;65:761-773.

17. Kahlor L & Morrison D. Television Viewing and Rape Myth Acceptance among College Women. Sex Roles. 2007;56:729-739.

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21. Pollard P. Judgements about victims and attackers in depicted rapes: A review. British Journal of Social Psychology. Available at: http://psycnet.apa.org/psycinfo/1993-22048-001  Consulté décembre 4, 2011.

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23. Viki GT, Abrams D et  Masser B. Evaluating Stranger and Acquaintance Rape: The Role of Benevolent Sexism in Perpetrator Blame and Recommended Sentence Length. Law and Human Behavior. 2004;28:295-303.

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25. Glick P & Fiske ST. Hostile and Benevolent Sexism. Psychology of Women Quarterly. 1997;21(1):119 -135.

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27. Süssenbach P & Bohner G. Acceptance of sexual aggression myths in a representative sample of German residents. Aggressive Behavior. 2011;37(4):374-385.

28. Payne DL, Lonsway KA et Fitzgerald LF. Rape Myth Acceptance: Exploration of Its Structure and Its Measurement Using theIllinois Rape Myth Acceptance Scale. Journal of Research in Personality. 1999;33(1):27-68.

29. Sexual assault research. Summary report. Amnesty International UK; 2005.

Petits rappels sur le genre

 Petits rappels sur le genre

Sexe et genre : quelle différence ?

Sexe et genre sont deux notions liées, mais qu’il convient de distinguer. Le terme « sexe » renvoie aux différences physiques distinguant les hommes et les femmes (organes reproducteurs, pilosité etc.), alors que le « genre » (qu’on peut aussi appeler « sexe social ») renvoie aux rôles déterminés socialement et aux comportements qu’une société considère comme caractéristiques des hommes et des femmes. En France, dans la vie de tous les jours, on entend souvent qu’un homme se doit d’être protecteur et d’avoir une certaine autorité. Au contraire, les femmes doivent être souriantes et faire attention à leur apparence.

« Homme » et « femme » sont donc deux catégories de sexe, tandis que « masculin » et « féminin » sont des catégories de genres.

Si les sexes présentent des caractéristiques à peu près constantes à travers le temps et l’espace (partout dans le monde et de tout temps, les femmes ont  eu un vagin et les hommes un pénis), les genres changent en fonction des époques et des sociétés. Quelques exemples ici :

  • Toujours en Occident, la médecine a longtemps été exercée principalement par des hommes. Actuellement, cette profession se féminise largement.  (64% d’étudiantes dans certaines facultés françaises) 1.
  • En Afrique de l’ouest, la couture et la confection de vêtementest une activité considérée comme très virile2.
  • En Malaisie, l’informatique est très féminisée et est considérée comme une activité typiquement féminine3 4.
  • Chez les Moso (Chine), la propriété et les noms de famille se transmettent par la mère (société matrilinéaire). La femme y est
    Femme moso - moso woman

    Femme moso

    traditionnellement considérée comme plus forte que l’homme, aussi bien mentalement que… physiquement5 ! C’est elle qui détient le pouvoir politique et la majorité des chefs de famille sont des femmes6. L’identité des femmes se fonde sur le travail, davantage que sur la maternité6. Enfin, dans cette société, il n’y a pas de mariage, les relations entre hommes et femmes étant non contractuelles et non exclusives6 5; toutefois notons que si un homme décide de venir habiter dans la maison de sa partenaire, il adoptera le nom de celle-ci 6.  A l’heure actuelle, cette société est en pleine de mutation et adopte de plus en plus le modèle chinois dominant, patriarcal et fondé sur le mariage6.

  • Chez les Khasi, dans l’état du Meghalaya (Inde), les femmes sont les cheffes de famille et c’est elles qui pourvoient aux besoins financiers du foyer, tandis que les hommes restent au foyer78. Les femmes possèdent également le pouvoir de décision. Après le mariage, la femme amène son époux vivre chez elle avec ses parents7. Les femmes dominent l’espace social et économique et sont plus indépendantes financièrement que les hommes8. En général et contrairement au reste de l’Inde, les parents désirent avoir des filles plutôt que des garçons7. Traditionnellement, c’est la plus jeune fille qui hérite des biens de sa mère. Les hommes n’ont pas accès à la propriété8. Ce statut d’infériorité des hommes chez les Khasi a été à l’origine de mouvements pour les droits des hommes89. Il a été montré que chez les Khasi, les femmes sont plus compétitives que les hommes et qu’elles prennent plus de risques qu’eux8 9.
  •  Margaret Mead a étudié trois populations différentes de Nouvelle-Guinée, qu’elle décrit dans Trois sociétés primitives de Nouvelle-Guinée (1935)10. Alors qu’elle partait avec l’idée que c’était le sexe qui modelait avant tout le tempérament, elle s’est rendu compte qu’au final, il est surtout déterminé par l’éducation donné aux enfants, celle-ci pouvant à l’occasion engendrer une faible différenciation des identités de genres. Ainsi, chez les Arapesh, la mère et le père s’occupent de manière équitable des enfants, qui sont élevés sans violence ;  les manifestations d’autorité sont peu courantes. Les pères se montrent ainsi très maternels, intentionnés et doux envers leur progéniture, attitude qui serait jugée féminine dans le monde occidental. Ni les hommes ni les femmes n’ont le sentiment que la sexualité est une force puissante dont ils sont esclaves. Au contraire, chez les Mundugumor, hommes et femmes se montrent  masculins,  injures et bousculades étant communes chez les deux sexes. Avoir un enfant est considéré comme un signe de déclin et de honte : les enfants sont donc élevés très  durement.  Aucun signe d’amour maternel ne peut être détecté que ce soit chez l’homme ou la femme (mais où est donc passé le fameux  instinct maternel ?). Les deux sexes prétendent avoir des besoins sexuels irrépressibles. Ces deux sociétés sont radicalement différentes, mais au final, que ce soit chez les Arapesh ou les Mundugumor, les rôles féminins et masculins ne se trouvent pas vraiment différenciés, contrairement aux Chambuli. Chez eux, les caractéristiques masculines et féminines semblent inverser par rapport à nos sociétés occidentales. Ainsi les hommes Chambuli apparaissent comme des artistes, plutôt émotifs et très préoccupés par leur apparence : ils portent de nombreux bijoux et autres accessoires pour séduire les femmes car celles-ci détiennent le pouvoir économique. Les hommes doivent demander à leur épouse l’autorisation de dépenser de l’argent au marché.  Les femmes sont les cheffes de leur maison et assure la subsistance familiale. Elles sont décrites comme fortes, dominantes et autoritaires par Mead, et arborent un crâne rasé. Cependant certains auteurs ont plus tard suggéré que les hommes Chambuli ne sont pas tant dominés que cela, puisqu’ils détiennent le pouvoir politique. En réalité, il y aurait plus ou moins une égalité entre les deux sexes11.
  • Il existe un troisième genre en Inde et au Pakistan, les Hijra qui se disent asexués12.

Ainsi, les genres varient d’une société à l’autre, ce qui tend à montrer qu’ils ne sont pas déterminés biologiquement, mais bien construits socialement.

Dans les sociétés occidentales, comment les genres se construisent-ils ?

rose pour les filles

Rose pour les filles… une éducation genrée dès la naissance.

La construction des genres dans nos sociétés est l’un des grands thèmes des gender studies et de mon blog. Je ne vais donc l’évoquer que très rapidement, juste pour en donner un aperçu :

Dès sa naissance, l’enfant est soumis à une éducation genrée. Cela se fait souvent de manière quasiment involontaire. Ainsi les pleurs d’un bébé de sexe féminin seront interprétés comme de la peur, alors les parents penseront que leur bébé de sexe masculin pleure de colère – colère qu’il faudra apaiser au plus vite13. Les mères déplacent plus et touchent plus leurs bébés garçons, tandis qu’elles parlent plus et sourient plus aux nourrissons de sexe féminin14 15. Enfin, les mères se sentent en moyenne plus attachée aux bébés garçons et se comporteraient de manière plus impersonnelle avec les bébés filles14. Plus tard, la mère prendra trois fois plus souvent la défense de son enfant s’il est un garçon plutôt qu’une fille en cas de conflit avec un enfant d’une autre fratrie16.

On offrira aux petites filles des jouets correspondant à son genre, c’est-à-dire renvoyant à l’aire domestique et/ou au soin aux enfants (dinette, poupée…)  ou bien à leur apparence physique (Barbie, bijou en plastique rose, déguisement de princesse…). Les petits garçons recevront pour leur part des jouets leur permettant d’exprimer leur imaginaire (thème des pirates, des astronautes..), mais aussi leur violence (pistolets, épée…). Jusqu’à l’âge de cinq ans, l’agressivité physique est plus tolérée – voire carrément encouragée- pour les garçons que les filles17.

Dans les livres de littératures enfantines (voir mon article détaillé), les héros sont le plus souvent de sexe masculin. Les filles sont plus passives et plus souvent à l’intérieur. Les garçons sont représentés de manière plus active et vivent des aventures bien plus palpitantes.

On proposera aussi aux petites filles des activités manuelles (dessin, collier de perle) ou des activités où elles peuvent développer leur grâce et leur beauté (danse, gym). Les garçons se verront proposés des sports physiques comme le football ou le rugby, le sport représentant l’un des vecteurs les plus importants de la socialisation masculine : sur le terrain, les garçons devront montrer leur force, leur résistance à la fatigue et à la douleur. Bref ils devront montrer qu’ils sont des hommes, et pas des « tapettes » !

On apprendra également aux petites filles à bien se tenir, aux petits garçons à ne pas pleurer comme une fille.

Enfin, à l’école, les professeurs se comporteront de manière différenciée avec les filles et les garçons (voir articles détaillés ici, et encore ), en particulier dans les matières à connotation masculine comme les sciences et les mathématiques : les enseignants communiqueront plus avec les garçons, leur poseront des questions plus difficiles et surnoteront leurs bonnes copies : en résumé, ils auront de plus grandes attentes envers les garçons qu’envers les filles ! Et cela ne sera pas sans effet sur leurs élèves…

A l’adolescence, les parents laisseront plus de liberté à leurs fils qu’à leurs filles : ils pourront rentrer plus tard, sortir plus souvent. Les filles seront sommées de participer aux tâches ménagères, beaucoup plus souvent que les garçons.

Voilà, en résumé, comment les petite filles se féminisent et les petits garçons se masculinisent dans les sociétés occidentales, sans parler de l’influence des médias. Au final, on obtient d’un côté, un groupe d’individus ayant une plus grande confiance en eux et plus compétitifs, les hommes. De l’autre côté, le groupe des femmes aura tendance à se sous-estimer et sera plutôt intentionnées vis-à-vis de l’entourage ; les femmes auront aussi vite intégré qu’elles doivent avant tout plaire aux hommes et être des compagnes agréables: de bonnes femmes au foyer sachant bien entretenir son foyer, ou bien des copines attirantes sexuellement, minces et épilées, en fonction de la génération et/ou du milieu social. De part leur éducation, les femmes auront tendance à se soumettre aux hommes et les hommes à vouloir dominer les femmes, en moyenne (les variations intra-sexe étant très fortes, évidemment).

L’éducation des garçons et des filles diffère radicalement ; ainsi, les référents cultures des hommes et des femmes ne sont pas les mêmes. On peut parler de l’existence d’une culture masculine (où le sport et la technologie sont prépondérants) et d’une culture féminine (où il est question de mode et de tout ce qui se rapporte à l’apparence physique notamment) au sein même des sociétés occidentales.

A noter que cette éducation genrée est non seulement constructive, mais aussi punitive : un désaccord entre le sexe et le genre d’une personne sera réprimé : il sera mal accepté qu’une femme parle fort ou se tienne mal, bref se comporte de manière masculine. L’inverse – un homme adoptant une attitude féminine– sera peut-être encore plus mal toléré.

Des sociétés genrées ?

Les sociétés sont en elles-mêmes genrées. On peut évaluer le degré de « féminité » ou de « masculinité » de leurs individus par la méthode du BSRI – Bem Sex Role Inventory –  qui consiste à faire remplir un questionnaire d’autodescription comprenant des traits masculins (forte personnalité, dominant/e, agressif/ve, comportement de leader, dur/e) et des traits féminins (affectueux/se, sensible aux besoins des autres, chaleureux/se, tendre, aimant les enfants). Ainsi Moya et al 200518 ont montré que le degré de masculinité des hommes et des femmes était corrélé, ainsi que leur degré de féminité. Autrement dit, dans les pays où les femmes sont féminines, les hommes ont aussi féminins.  Au contraire, là où hommes sont très masculins, les femmes le sont également. A noter que féminité et masculinité ne sont pas nécessairement corrélées négativement. Les pays les plus  féminisés sont les moins sexistes (aussi bien en termes de sexisme hostile que de sexisme bienveillant), les plus développés (IDH plus élevé), les plus individualistes et les plus respectueux des droits humains.

Ces résultats soulignent à nouveau combien les caractéristiques psychologiques des individus (agressivité, affectuosité…) sont construites socialement et ne dépendent pas d’un quelconque déterminisme génétique. Elles semblent plutôt déterminées par un contexte social que par le sexe, puisque par exemple, selon cette étude, le score de féminité des hommes français (5,20) est, en moyenne, plus élevé que celui des femmes du Nigéria et du Ghana (4,44). Dans certains pays les femmes obtiennent de plus hauts scores de masculinité que les hommes (Guatemala, Venezuela…) et dans d’autres, les hommes obtiennent des scores de féminité plus élevés que les femmes (Iran).

Naturalisation  et hiérarchisation des genres

La distinction entre sexe et genre est cruciale. Elle émerge à la fin des années 60 chez les féministes anglo-saxonnes et recouvre une évolution majeure de la pensée : elle remet en cause l’évidence selon laquelle la personnalité et le comportement seraient principalement expliqués par le sexe biologique. Il s’agit de remettre en question l’idée de comportements masculins et féminins « naturellement » différents.

Dans les sociétés occidentales, les deux genres perçus comme des « essences naturels » de l’homme et de la femme ont permis la mise en place d’une division du travail, hiérarchique : deux « espèces » si différentes en tout ne pouvaient évidemment pas exercer les mêmes activités. C’est aux hommes que revenaient naturellement les activités liées la sphère publique, qui nécessitaient des aptitudes – raison, intelligence ou force – que les femmes ne possédaient soi-disant pas. Les femmes étaient le plus souvent confinées à la sphère privée où elles effectuaient un travail domestique non rémunéré

Si cette division du travail a été largement contestée dans les pays occidentaux depuis la fin du XIXème siècle et qu’actuellement, les femmes ont juridiquement accès à toutes les professions, dans les faits, elle demeure fortement ancrée. Ce n’est qu’à partir de 1966 que les femmes françaises pourront exercer une activité professionnelle sans l’accord préalable de leur époux et ouvrir un compte  bancaire, grâce à la réforme des régimes matrimoniaux. En France, en 1999, les femmes consacraient en moyenne 1 h 30 de plus aux taches ménagèrent que leurs conjoint, par jour19.  Il fait peu de doutes que cela ait peu changé depuis, comme semble l’indiquer une étude Ipsos20. La sphère privée semble donc encore être l’apanage des femmes. On notera que les professions les plus féminisées sont souvent plus ou moins reliés à la sphère domestique : soins aux enfants (institutrice, assistante maternelle) ou aux adultes (infirmière, aide-soignante) et travaux ménagers (femme de ménage).  En 2011, toujours, en France, les hommes gagnent 37 % de plus que les femmes21, ce qui montre que leur activité professionnelle est plus valorisée et qu’ils accèdent aux professions les plus rémunératrices. En conclusion les femmes travaillent pour des salaires très inférieurs à ceux des hommes ; elles sont donc exploitées sur le marché du travail. A cela s’ajoute une  extorsion du travail domestique, gratuit, au sein du couple. Tout cela confirme donc que la division sexuelle du travail, inégalitaire, est encore bien présente et justifiée par les genres.

La fameuse « complémentarité entre sexes », une justification de la hiérarchisation des sexes

La mise en place de genres permet donc une hiérarchisation entre sexes et la naturalisation des genres constitue une justification de cette hiérarchisation. Autrefois, on affirmait que les hommes étaient plus intelligents que les femmes, et on leur interdisait ainsi l’accès aux études, car c’était « juste » et « logique ».

Actuellement, peu de personnes osent encore affirmer cela. On préfère parler de « complémentarité entre hommes et femmes »,

Pourquoi les femmes ne savent pas lire les cartes routières ?

Livre grand public sur la "complémentarité des sexes"

une naturalisation des genres sous une apparence égalitariste. En réalité, cette idée de complémentarité entre sexes et très dangereuse, car sous un aspect sympathique, elle justifie l’injustifiable : les inégalités entre sexes. On entend ainsi, notamment dans des livres ou des magazines de psychologie destinés au grand public, que les hommes sont plus logiques  – tandis que les femmes seraient plus sensibles. Or, si les hommes sont plus logiques et sont capables de mieux raisonner, il est « normal » que ce soit eux qui détiennent le pouvoir et prennent les décisions. Il paraitrait aussi, selon ce genre de littérature, que les hommes sont meilleurs en mathématiques (ce qui est faux22)  tandis que les femmes seraient plus aptes aux tâches verbales (faux aussi 23) : à nouveau, si les hommes sont meilleurs en sciences, il est « logique » que des professions liées aux sciences, comme ingénieur (les mieux rémunérés, comme par hasard) leur soient réservées. On raconte aussi que les hommes auraient un cerveau plus spécialisé tandis que les femmes auraient la capacité de faire de nombreuses petites tâches à la fois (encore une idée fausse ! 24). Comment trouver une meilleure justification que celle-ci pour la division traditionnelle du travail ? Aux hommes une seule tâche très compliquée – sa profession -, aux femmes pleins de tâches pas très compliqués mais nécessitant une grande polyvalence – les tâches ménagères. Au final, chaque prétendue différence naturelle entre sexes sert de justification à un système social inégalitaire.

En conclusion…

Il y a des différences entre hommes et femmes, c’est évident. Cela dit, il faut distinguer les différences physiques des différences cognitives. Des différences cognitives ont pu être constatées (résultats de Q.I, préférence pour certaines activités, différence dans le temps de parole), mais rien n’indique qu’elles soient le résultat d’un quelconque déterminisme biologique. De nombreux effets sociaux entrent en compte : éducation genrée, mais aussi menace du stéréotype ou encore effet pygmalion. Quand on voit l’ampleur de ces phénomènes sur, par exemple, des performances en mathématiques ou quand on compare les sociétés occidentales à d’autres types de société, on se rend compte que les conditionnements sociaux ont un rôle essentiel dans les différences entre sexes ; l’influence biologique a sans doute un rôle très mineur – voire inexistant – sur les différences psychologiques entre sexes.

L’existence de deux genres – autrement dit la création de deux catégories d’individus qui seraient radicalement différents en fonction de leur sexe – induit une hiérarchisation des sexes. Il est difficile d’imaginer qu’on puisse arriver à l’égalité entre sexes sans la suppression des genres : on peut difficilement créer deux catégories distinctes d’individus sans essayer de les hiérarchiser, de chercher laquelle est la « meilleure ». Le sexe devrait donc être considéré pour ce qu’il est : un trait physique, et rien de plus.

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Erratum

Christophe Dermangeat, auteur de l’ouvrage Le communisme primitif n’est plus ce qu’il était m’a donné des informations complémentaires par rapport aux sociétés dirigées par les femmes :

Depuis le jésuite Lafitau qui avait cru voir chez les Iroquois un "Empire des femmes" en 1724, c’est une discussion qui resurgit sans cesse à propos de peuples où les femmes possèdent effectivement un certain nombre de pouvoirs (notamment économiques), comme ces sociétés des contreforts himalayens. Mais, je crois qu’à moins de tordre les faits, il n’est possible de dire qu’elles ont le pouvoir, dans aucune de ces sociétés (une bonne référence "savante" et récente, qui fait le tour de cette question : Une maison sans filles est une maison morte, sous la direction de N.-C. Mathieu). Elles font au besoin jeu égal avec les hommes, elles les dirigent même dans certains domaines, mais les hommes ont aussi des prérogatives qui interdisent de parler de "matriarcat" (ou alors, les mots deviennent trop flous pour être utiles).

En ce qui concerne les Khasi, voilà un son de cloche (tibétaine ?) passablement différent, qui émane de l’anthropologue R. Lowie :

« Dans le ménage, bien que la femme soit propriétaire, c’est son frère aîné qui règne et, lorsque le mari, après la résidence matrilocale du début, s’établit pour son compte, c’est lui le maître incontesté. En outre, le droit coutumier reconnaît au mari la possibilité de tuer la femme adultère surprise en flagrant délit. La souveraineté politique se transmet en ligne féminine, mais d’un homme à l’autre ; c’est seulement en l’absence d’héritiers mâles que la femme est appelée à succéder ; dans la suite elle passe sa charge à son fils et non à sa fille. »

Que suite à l’intégration dans la société moderne, les hommes aient protesté contre un certain nombre d’interdits que leur imposait la coutume, c’est bien possible (et même très vraisemblable). Mais je crois qu’il serait bien imprudent d’en déduire qu’ils étaient auparavant dominés par les femmes.

Aucun ethnologue sérieux (y compris parmi celles / ceux se revendiquant du féminisme) ne défend plus depuis très longtemps l’existence, passée ou présente, de sociétés dirigées par les femmes.

Désolée de vous avoir donné des informations erronées donc, c’est ce que j’avais lu. Cela dit, même si ces sociétés ne sont pas dirigées par des femmes, leur organisation reste très différente de la notre.

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Références – References

1. Kahn-Bensaude I. La féminisation : une chance à saisir. Conseil National de l’Ordre des Médecins. 2006. Available at: http://www.conseil-national.medecin.fr/article/la-feminisation-une-chance-saisir-588. Consulté mai 5, 2011.

2. Guinche T. Fratrie recomposée : fratrie de sang et fratrie de cœur : un statut du tiers applicable aux quasi-frères/sœurs ? Caen: Université de Caen; 2008. Available at: http://www.sauvegarde56.org/uploaded/Thierry%20GUINCHE.pdf.

3. Lagesen VA. A Cyberfeminist Utopia?: Perceptions of Gender and Computer Science among Malaysian Women Computer Science Students and Faculty. Science, Technology & Human Values. 2008;33(1):5-27.

4. Othman M, Latih R. Women in computer science: no shortage here! Commun. ACM. 2006;49(3):111-114.

5. Shih C-kang. Tisese and Its Anthropological Significance : Issues around the Visiting Sexual System among the Moso. L’Homme. 2000;(154/155):697-712.

6. Luo C-L. The Gender Impact of Modernization among the Matrilineal Moso in China. 2008.

7. Kumar Utpal D, Bhola Nath G. Status Of Women In The Rural Khasi Society Of Meghalaya. Dans: Kolkata; 2007.

8. Andersen S, Ertac S, Gneezy U, List JA, Maximiano S. Gender, Competitiveness and Socialization at a Young Age:  Evidence from a Matrilineal and a Patriarchal Society. 2011.

9. Gneezy U, Leonard KL, List JA. Gender Differences in Competition: Evidence from a Matrilineal and a Patriarchal Society. NBER Working Paper,. 2008;(13 727).

10. Mead M. Sex and temperament in three primitive societies. 1er éd. New York: HarperCollins Publishers; 2001.

11. Errington F, Errington FK, Gewertz DB. Cultural alternatives and a feminist anthropology : an analysis of culturally constructed gender interests i Papya New Guinea. Cambridge: Cambridge University Press; 1989.

12. Nanda S. The Hijras of India: Cultural and Individual Dimensions of an Institutionalized Third Gender Role. J. of Homosexuality. 1986;11(3):35-54.

13. Condry J, Condry S. Sex differences: A study of the eye of the beholder. Child Development. 1976;47(3):812-819.

14. Denham S, Moser M. Mothers’ Attachment to Infants: Relations with Infant Temperament, Stress, and Responsive Maternal Behavior. Early Child Development & Care. 1994;98(1):1-6.

15. Laflamme D, Pomerleau A, Malcuit G. A Comparison of Fathers’ and Mothers’ Involvement in Childcare and Stimulation Behaviors During Free-Play with Their Infants at 9 and 15 Months. Sex roles. 47(11-12):507-518.

16. Ross H, Tesla C, Kenyon B, Lollis S. Maternal intervention in toddler peer conflict: The socialization of principles of justice. Developmental Psychology. 1990;26(6):994-1003.

17. Loeber R, Farrington DP. Young children who commit crime: Epidemiology, developmental origins, risk factors, early interventions, and policy implications. Develop. Psychopathol. 2000;12(4):737-762.

18. Moya M, Poeschl G, Glick P, Paez D, Fernandez Sedano I. Sexisme, masculinité-féminité  et facteurs culturels. Revue internationale de psychologie sociale. 2005;18(1-2):141-167.

19. Ponthieux S, Schreiber A. Dans les couples de salariés, la répartition du travail reste inégale. Insee; 2006. Available at: http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/donsoc06d.pdf.

20. Plisson H. Les hommes rechignent toujours aux tâches ménagères. Ipsos Public Affairs. 2005. Available at: http://www.ipsos.fr/ipsos-public-affairs/actualites/hommes-rechignent-toujours-aux-taches-menageres. Consulté mai 11, 2011.

21. Synthèse : les inégalités entre les femmes et les hommes en France et en Europe. Observatoire des inégalités. 2011. Available at: http://www.inegalites.fr/spip.php?article1400.

22. Spelke ES. Sex Differences in Intrinsic Aptitude for Mathematics and Science?: A Critical Review. American Psychologist. 2005;60(9):950-958.

23. Wallentin M. Putative sex differences in verbal abilities and language cortex: A critical review. Brain and Language. 2009;108(3):175-183.

24. Bishop KM, Wahlsten D. Sex Differences in the Human Corpus Callosum: Myth or Reality? Neuroscience & Biobehavioral Reviews. 1997;21(5):581-601.

Sexisme dans la littérature enfantine

Sexisme dans la littérature enfantine

sexisme dans la littérature enfantine

Pas légèrement stéréotypée la collection P'tite Fille/P'tit Garçon de chez Fleurus ?!!

Bien que dénoncés en France depuis les années 1970 sous l’impulsion des féministes, les stéréotypes sexistes perdurent dans la littérature enfantine. D’après Anne Dafflon Novelle, il y aurait même eu une régression dans ce domaine au cours des dernières décennies (1). Comment se manifeste donc ce sexisme ?

Plus de personnages masculins

Dans la littérature enfantine, les personnages féminins sont sous représentés dans les rôles principaux (2; 3); ainsi très souvent, le titre établit un premier contact avec un seul personnage, qui se trouve être de sexe masculin dans 2/3 des cas selon une étude publiée en 2002 (3) . Lorsque deux personnages sont évoqués, il s’agit de deux filles dans seulement 4% des cas, contre deux garçons dans 30% des cas.

Un personnage est représenté quasiment systématiquement sur les couvertures des albums pour enfants. Plus des trois quarts de ces illustrations (77,7 %) concernent un personnage masculin, alors que sur moins de la moitié des couvertures (48,9 %) figure au moins un personnage féminin… (3)

A l’intérieur même des albums, la présence masculine s’amplifie. Ainsi 90% des albums mettent en scène au moins un personnage masculin, alors que seulement 73% des albums mettent en scène au moins un personnage féminin. Ce déséquilibre est particulièrement accru chez les personnages enfantins : les petites filles apparaissent dans seulement 42,5% des albums, contre 56,8 % pour les petits garçons (3). Une autre étude de 2002 établit que 51,3 % des livres racontaient l’histoire d’un héros et seulement 24,7 %  relataient l’histoire d’une héroïne (4).

Incidence du type de personnages : humain, anthropomorphe ou animal

Il existe trois grandes catégories de personnages : les personnages humains, les personnages anthropomorphiques et  les animaux réels. Le ratio entre les deux sexes est plutôt équilibré dans les albums « humains » : ainsi dans environ 92% des albums apparait un personnage masculin et dans environ   84 %, un personnage de sexe féminin. Mais la probabilité de voir un personnage féminin diminue dans albums « anthropomorphes » : la probabilité y est de seulement 74% contre  94% pour les garçons ! Ces tendances s’accentuent encore  dans les albums d’animaux réels  puisque dans 96% des albums, on rencontre un personnage masculin alors que seulement 69% des livres comportent au moins un personnage féminin (3; 4).

Des  sexes aux rôles différents…

Les filles ou les femmes accèdent peu au rôle principal, alors  qu’elles sont légèrement plus nombreuses que les personnages masculins dans les seconds rôles. Les personnages féminins sont le plus souvent représentés à l’intérieur et sont moins actifs. Lorsque les femmes sont représentées en train de travailler (ce qui arrive deux fois moins que chez les personnages masculines…), ce sont dans des professions traditionnelles et peu diversifiées (institutrice et soins aux enfants dans la moitié des cas, commerce pour 30% des cas…) (2; 3). Quand ces personnages apparaissent dans des métiers plus originaux, c’est souvent pour en faire ressortir le côté « anormal » : le travail féminin est ainsi dévalorisé (3). Par ailleurs, la fonction maternelle est très présente dans les albums (il y a une mère dans environ 40 % des albums) et apparait comme le modèle majoritaire de l’adulte féminin : dans seulement 20 % des albums d’humains et 25 % des albums d’animaux humanisés est figuré un personnage féminin adulte qui n’incarne pas de fonction maternelle (3).

Les rôles dévolus aux hommes sont plus diversifiés : en plus de leurs activités professionnelles beaucoup plus variées, les pères sont plus souvent représentés en train de partager des activités de loisir avec leurs enfants (2). De plus, plus du tiers des albums avec des humains et la moitié de ceux avec des animaux humanisés proposent des adultes masculins qui n’incarnent pas de fonction paternelle. (3)

Enfin, notons que le type d’animaux choisis pour les personnages anthropomorphique diffère en fonction du sexe du personnage. Les héros masculins sont beaucoup plutôt représentés sous la forme d’animaux puissants (ours, loups, etc.) ou alors issus de l’imaginaire collectif des enfants (lapins). Au contraire, les personnages féminins  prennent la forme d’animaux petits et/ou dévalorisant, comme les souris ou les insectes. De plus, les animaux choisis pour les incarner sont moins diversifiés. (2; 4)

Conséquences

Le sexisme dans la littérature enfantine n’est pas sans conséquences sur le développement des enfants, qui intègrent très rapidement les normes de société. Ainsi, selon une étude de 1978 (5), des filles qui avaient lu des livres avec des personnages féminins présentés dans des rôles non traditionnels, considéraient plus souvent que des femmes pouvaient exercer des métiers ou des activités non stéréotypiquement féminins que des filles à qui on avait présenté des personnages de femme traditionnels.

De plus, il a été montré que l’estime de soi des enfants augmente quand ces derniers sont en contact de modèles du même sexe qu’eux (6). Ainsi, l’estime de soi des filles risque d’être affectée puisqu’il  y a peu d’héroïnes dans les livres qu’elles lisent.

Initiatives pour réduire le sexisme dans la littérature enfantine

Quelques initiatives ont été entreprises pour réduire le sexisme des albums de littérature enfantine.

On peut notamment citer notamment l’association  lab-elle qui a sélectionné de 2006 à 2010 des albums sans stéréotypes de genres. Malheureusement, elle a du arrêté sa « labellisation » du fait d’un manque de financementsL. Une maison d’éditions, Talents Hauts, tente d’éliminer tout stéréotypes de leur livre et  revendiquent ainsi des albums « 100% sans sexisme ».

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Sources

1. Novelle Dafflon, Anne. Sexisme dans la littérature enfantine : quels effets pour le développement des enfants ?
http://www.cemea.asso.fr/aquoijouestu/fr/pdf/textesref/SexismeLitteratEnfants.pdf

2. Ferrez, Eliane et Novelle Dafflon, Anne. Sexisme dans la littérature enfantine. Analyse des albums avec animaux anthropomorphiques/Sexism in children’s literature. Analysis of picture books with anthropomorphical animals. Les Cahiers internationaux de psychologie sociale. 2003, Vol. 57. Abstract

3. Brugeilles, Carole, Cromer, Isabelle et Cromer, Sylvie. Les représentations du masculin et du féminin dans les albums illustrés ou comment la littérature enfantine contribue à élaborer le genre. Population. 2002, Vol. 57, pp. 261-292. Full text

4. Dafflon Novelle, Anne. La littérature enfantine francophone publiée en 1997. Inventaire des héros et héroïnes proposés aux enfants. Revue suisse des sciences de l’éducation. 2002, Vol. 24, pp. 309-326. Full text

5. Ashby, M. S. et Wittmaier, B. C. Attitude changes in children after exposure to stories about women in traditional or nontraditional occupations.  Journal of Educational Psychology. 1978, Vol. 70, pp. 945-949. Abstract

6. Ochman, Jan M. Journal Name. The effects of nongender-role stereotyped, same-sex role models in storybooks on the self-esteem of children in grade three. Sex Roles. 1996, pp. 711-735. Abstract