Petits rappels sur le genre

 Petits rappels sur le genre

Sexe et genre : quelle différence ?

Sexe et genre sont deux notions liées, mais qu’il convient de distinguer. Le terme « sexe » renvoie aux différences physiques distinguant les hommes et les femmes (organes reproducteurs, pilosité etc.), alors que le « genre » (qu’on peut aussi appeler « sexe social ») renvoie aux rôles déterminés socialement et aux comportements qu’une société considère comme caractéristiques des hommes et des femmes. En France, dans la vie de tous les jours, on entend souvent qu’un homme se doit d’être protecteur et d’avoir une certaine autorité. Au contraire, les femmes doivent être souriantes et faire attention à leur apparence.

« Homme » et « femme » sont donc deux catégories de sexe, tandis que « masculin » et « féminin » sont des catégories de genres.

Si les sexes présentent des caractéristiques à peu près constantes à travers le temps et l’espace (partout dans le monde et de tout temps, les femmes ont  eu un vagin et les hommes un pénis), les genres changent en fonction des époques et des sociétés. Quelques exemples ici :

  • Toujours en Occident, la médecine a longtemps été exercée principalement par des hommes. Actuellement, cette profession se féminise largement.  (64% d’étudiantes dans certaines facultés françaises) 1.
  • En Afrique de l’ouest, la couture et la confection de vêtementest une activité considérée comme très virile2.
  • En Malaisie, l’informatique est très féminisée et est considérée comme une activité typiquement féminine3 4.
  • Chez les Moso (Chine), la propriété et les noms de famille se transmettent par la mère (société matrilinéaire). La femme y est
    Femme moso - moso woman

    Femme moso

    traditionnellement considérée comme plus forte que l’homme, aussi bien mentalement que… physiquement5 ! C’est elle qui détient le pouvoir politique et la majorité des chefs de famille sont des femmes6. L’identité des femmes se fonde sur le travail, davantage que sur la maternité6. Enfin, dans cette société, il n’y a pas de mariage, les relations entre hommes et femmes étant non contractuelles et non exclusives6 5; toutefois notons que si un homme décide de venir habiter dans la maison de sa partenaire, il adoptera le nom de celle-ci 6.  A l’heure actuelle, cette société est en pleine de mutation et adopte de plus en plus le modèle chinois dominant, patriarcal et fondé sur le mariage6.

  • Chez les Khasi, dans l’état du Meghalaya (Inde), les femmes sont les cheffes de famille et c’est elles qui pourvoient aux besoins financiers du foyer, tandis que les hommes restent au foyer78. Les femmes possèdent également le pouvoir de décision. Après le mariage, la femme amène son époux vivre chez elle avec ses parents7. Les femmes dominent l’espace social et économique et sont plus indépendantes financièrement que les hommes8. En général et contrairement au reste de l’Inde, les parents désirent avoir des filles plutôt que des garçons7. Traditionnellement, c’est la plus jeune fille qui hérite des biens de sa mère. Les hommes n’ont pas accès à la propriété8. Ce statut d’infériorité des hommes chez les Khasi a été à l’origine de mouvements pour les droits des hommes89. Il a été montré que chez les Khasi, les femmes sont plus compétitives que les hommes et qu’elles prennent plus de risques qu’eux8 9.
  •  Margaret Mead a étudié trois populations différentes de Nouvelle-Guinée, qu’elle décrit dans Trois sociétés primitives de Nouvelle-Guinée (1935)10. Alors qu’elle partait avec l’idée que c’était le sexe qui modelait avant tout le tempérament, elle s’est rendu compte qu’au final, il est surtout déterminé par l’éducation donné aux enfants, celle-ci pouvant à l’occasion engendrer une faible différenciation des identités de genres. Ainsi, chez les Arapesh, la mère et le père s’occupent de manière équitable des enfants, qui sont élevés sans violence ;  les manifestations d’autorité sont peu courantes. Les pères se montrent ainsi très maternels, intentionnés et doux envers leur progéniture, attitude qui serait jugée féminine dans le monde occidental. Ni les hommes ni les femmes n’ont le sentiment que la sexualité est une force puissante dont ils sont esclaves. Au contraire, chez les Mundugumor, hommes et femmes se montrent  masculins,  injures et bousculades étant communes chez les deux sexes. Avoir un enfant est considéré comme un signe de déclin et de honte : les enfants sont donc élevés très  durement.  Aucun signe d’amour maternel ne peut être détecté que ce soit chez l’homme ou la femme (mais où est donc passé le fameux  instinct maternel ?). Les deux sexes prétendent avoir des besoins sexuels irrépressibles. Ces deux sociétés sont radicalement différentes, mais au final, que ce soit chez les Arapesh ou les Mundugumor, les rôles féminins et masculins ne se trouvent pas vraiment différenciés, contrairement aux Chambuli. Chez eux, les caractéristiques masculines et féminines semblent inverser par rapport à nos sociétés occidentales. Ainsi les hommes Chambuli apparaissent comme des artistes, plutôt émotifs et très préoccupés par leur apparence : ils portent de nombreux bijoux et autres accessoires pour séduire les femmes car celles-ci détiennent le pouvoir économique. Les hommes doivent demander à leur épouse l’autorisation de dépenser de l’argent au marché.  Les femmes sont les cheffes de leur maison et assure la subsistance familiale. Elles sont décrites comme fortes, dominantes et autoritaires par Mead, et arborent un crâne rasé. Cependant certains auteurs ont plus tard suggéré que les hommes Chambuli ne sont pas tant dominés que cela, puisqu’ils détiennent le pouvoir politique. En réalité, il y aurait plus ou moins une égalité entre les deux sexes11.
  • Il existe un troisième genre en Inde et au Pakistan, les Hijra qui se disent asexués12.

Ainsi, les genres varient d’une société à l’autre, ce qui tend à montrer qu’ils ne sont pas déterminés biologiquement, mais bien construits socialement.

Dans les sociétés occidentales, comment les genres se construisent-ils ?

rose pour les filles

Rose pour les filles… une éducation genrée dès la naissance.

La construction des genres dans nos sociétés est l’un des grands thèmes des gender studies et de mon blog. Je ne vais donc l’évoquer que très rapidement, juste pour en donner un aperçu :

Dès sa naissance, l’enfant est soumis à une éducation genrée. Cela se fait souvent de manière quasiment involontaire. Ainsi les pleurs d’un bébé de sexe féminin seront interprétés comme de la peur, alors les parents penseront que leur bébé de sexe masculin pleure de colère – colère qu’il faudra apaiser au plus vite13. Les mères déplacent plus et touchent plus leurs bébés garçons, tandis qu’elles parlent plus et sourient plus aux nourrissons de sexe féminin14 15. Enfin, les mères se sentent en moyenne plus attachée aux bébés garçons et se comporteraient de manière plus impersonnelle avec les bébés filles14. Plus tard, la mère prendra trois fois plus souvent la défense de son enfant s’il est un garçon plutôt qu’une fille en cas de conflit avec un enfant d’une autre fratrie16.

On offrira aux petites filles des jouets correspondant à son genre, c’est-à-dire renvoyant à l’aire domestique et/ou au soin aux enfants (dinette, poupée…)  ou bien à leur apparence physique (Barbie, bijou en plastique rose, déguisement de princesse…). Les petits garçons recevront pour leur part des jouets leur permettant d’exprimer leur imaginaire (thème des pirates, des astronautes..), mais aussi leur violence (pistolets, épée…). Jusqu’à l’âge de cinq ans, l’agressivité physique est plus tolérée – voire carrément encouragée- pour les garçons que les filles17.

Dans les livres de littératures enfantines (voir mon article détaillé), les héros sont le plus souvent de sexe masculin. Les filles sont plus passives et plus souvent à l’intérieur. Les garçons sont représentés de manière plus active et vivent des aventures bien plus palpitantes.

On proposera aussi aux petites filles des activités manuelles (dessin, collier de perle) ou des activités où elles peuvent développer leur grâce et leur beauté (danse, gym). Les garçons se verront proposés des sports physiques comme le football ou le rugby, le sport représentant l’un des vecteurs les plus importants de la socialisation masculine : sur le terrain, les garçons devront montrer leur force, leur résistance à la fatigue et à la douleur. Bref ils devront montrer qu’ils sont des hommes, et pas des « tapettes » !

On apprendra également aux petites filles à bien se tenir, aux petits garçons à ne pas pleurer comme une fille.

Enfin, à l’école, les professeurs se comporteront de manière différenciée avec les filles et les garçons (voir articles détaillés ici, et encore ), en particulier dans les matières à connotation masculine comme les sciences et les mathématiques : les enseignants communiqueront plus avec les garçons, leur poseront des questions plus difficiles et surnoteront leurs bonnes copies : en résumé, ils auront de plus grandes attentes envers les garçons qu’envers les filles ! Et cela ne sera pas sans effet sur leurs élèves…

A l’adolescence, les parents laisseront plus de liberté à leurs fils qu’à leurs filles : ils pourront rentrer plus tard, sortir plus souvent. Les filles seront sommées de participer aux tâches ménagères, beaucoup plus souvent que les garçons.

Voilà, en résumé, comment les petite filles se féminisent et les petits garçons se masculinisent dans les sociétés occidentales, sans parler de l’influence des médias. Au final, on obtient d’un côté, un groupe d’individus ayant une plus grande confiance en eux et plus compétitifs, les hommes. De l’autre côté, le groupe des femmes aura tendance à se sous-estimer et sera plutôt intentionnées vis-à-vis de l’entourage ; les femmes auront aussi vite intégré qu’elles doivent avant tout plaire aux hommes et être des compagnes agréables: de bonnes femmes au foyer sachant bien entretenir son foyer, ou bien des copines attirantes sexuellement, minces et épilées, en fonction de la génération et/ou du milieu social. De part leur éducation, les femmes auront tendance à se soumettre aux hommes et les hommes à vouloir dominer les femmes, en moyenne (les variations intra-sexe étant très fortes, évidemment).

L’éducation des garçons et des filles diffère radicalement ; ainsi, les référents cultures des hommes et des femmes ne sont pas les mêmes. On peut parler de l’existence d’une culture masculine (où le sport et la technologie sont prépondérants) et d’une culture féminine (où il est question de mode et de tout ce qui se rapporte à l’apparence physique notamment) au sein même des sociétés occidentales.

A noter que cette éducation genrée est non seulement constructive, mais aussi punitive : un désaccord entre le sexe et le genre d’une personne sera réprimé : il sera mal accepté qu’une femme parle fort ou se tienne mal, bref se comporte de manière masculine. L’inverse – un homme adoptant une attitude féminine– sera peut-être encore plus mal toléré.

Des sociétés genrées ?

Les sociétés sont en elles-mêmes genrées. On peut évaluer le degré de « féminité » ou de « masculinité » de leurs individus par la méthode du BSRI – Bem Sex Role Inventory –  qui consiste à faire remplir un questionnaire d’autodescription comprenant des traits masculins (forte personnalité, dominant/e, agressif/ve, comportement de leader, dur/e) et des traits féminins (affectueux/se, sensible aux besoins des autres, chaleureux/se, tendre, aimant les enfants). Ainsi Moya et al 200518 ont montré que le degré de masculinité des hommes et des femmes était corrélé, ainsi que leur degré de féminité. Autrement dit, dans les pays où les femmes sont féminines, les hommes ont aussi féminins.  Au contraire, là où hommes sont très masculins, les femmes le sont également. A noter que féminité et masculinité ne sont pas nécessairement corrélées négativement. Les pays les plus  féminisés sont les moins sexistes (aussi bien en termes de sexisme hostile que de sexisme bienveillant), les plus développés (IDH plus élevé), les plus individualistes et les plus respectueux des droits humains.

Ces résultats soulignent à nouveau combien les caractéristiques psychologiques des individus (agressivité, affectuosité…) sont construites socialement et ne dépendent pas d’un quelconque déterminisme génétique. Elles semblent plutôt déterminées par un contexte social que par le sexe, puisque par exemple, selon cette étude, le score de féminité des hommes français (5,20) est, en moyenne, plus élevé que celui des femmes du Nigéria et du Ghana (4,44). Dans certains pays les femmes obtiennent de plus hauts scores de masculinité que les hommes (Guatemala, Venezuela…) et dans d’autres, les hommes obtiennent des scores de féminité plus élevés que les femmes (Iran).

Naturalisation  et hiérarchisation des genres

La distinction entre sexe et genre est cruciale. Elle émerge à la fin des années 60 chez les féministes anglo-saxonnes et recouvre une évolution majeure de la pensée : elle remet en cause l’évidence selon laquelle la personnalité et le comportement seraient principalement expliqués par le sexe biologique. Il s’agit de remettre en question l’idée de comportements masculins et féminins « naturellement » différents.

Dans les sociétés occidentales, les deux genres perçus comme des « essences naturels » de l’homme et de la femme ont permis la mise en place d’une division du travail, hiérarchique : deux « espèces » si différentes en tout ne pouvaient évidemment pas exercer les mêmes activités. C’est aux hommes que revenaient naturellement les activités liées la sphère publique, qui nécessitaient des aptitudes – raison, intelligence ou force – que les femmes ne possédaient soi-disant pas. Les femmes étaient le plus souvent confinées à la sphère privée où elles effectuaient un travail domestique non rémunéré

Si cette division du travail a été largement contestée dans les pays occidentaux depuis la fin du XIXème siècle et qu’actuellement, les femmes ont juridiquement accès à toutes les professions, dans les faits, elle demeure fortement ancrée. Ce n’est qu’à partir de 1966 que les femmes françaises pourront exercer une activité professionnelle sans l’accord préalable de leur époux et ouvrir un compte  bancaire, grâce à la réforme des régimes matrimoniaux. En France, en 1999, les femmes consacraient en moyenne 1 h 30 de plus aux taches ménagèrent que leurs conjoint, par jour19.  Il fait peu de doutes que cela ait peu changé depuis, comme semble l’indiquer une étude Ipsos20. La sphère privée semble donc encore être l’apanage des femmes. On notera que les professions les plus féminisées sont souvent plus ou moins reliés à la sphère domestique : soins aux enfants (institutrice, assistante maternelle) ou aux adultes (infirmière, aide-soignante) et travaux ménagers (femme de ménage).  En 2011, toujours, en France, les hommes gagnent 37 % de plus que les femmes21, ce qui montre que leur activité professionnelle est plus valorisée et qu’ils accèdent aux professions les plus rémunératrices. En conclusion les femmes travaillent pour des salaires très inférieurs à ceux des hommes ; elles sont donc exploitées sur le marché du travail. A cela s’ajoute une  extorsion du travail domestique, gratuit, au sein du couple. Tout cela confirme donc que la division sexuelle du travail, inégalitaire, est encore bien présente et justifiée par les genres.

La fameuse « complémentarité entre sexes », une justification de la hiérarchisation des sexes

La mise en place de genres permet donc une hiérarchisation entre sexes et la naturalisation des genres constitue une justification de cette hiérarchisation. Autrefois, on affirmait que les hommes étaient plus intelligents que les femmes, et on leur interdisait ainsi l’accès aux études, car c’était « juste » et « logique ».

Actuellement, peu de personnes osent encore affirmer cela. On préfère parler de « complémentarité entre hommes et femmes »,

Pourquoi les femmes ne savent pas lire les cartes routières ?

Livre grand public sur la "complémentarité des sexes"

une naturalisation des genres sous une apparence égalitariste. En réalité, cette idée de complémentarité entre sexes et très dangereuse, car sous un aspect sympathique, elle justifie l’injustifiable : les inégalités entre sexes. On entend ainsi, notamment dans des livres ou des magazines de psychologie destinés au grand public, que les hommes sont plus logiques  – tandis que les femmes seraient plus sensibles. Or, si les hommes sont plus logiques et sont capables de mieux raisonner, il est « normal » que ce soit eux qui détiennent le pouvoir et prennent les décisions. Il paraitrait aussi, selon ce genre de littérature, que les hommes sont meilleurs en mathématiques (ce qui est faux22)  tandis que les femmes seraient plus aptes aux tâches verbales (faux aussi 23) : à nouveau, si les hommes sont meilleurs en sciences, il est « logique » que des professions liées aux sciences, comme ingénieur (les mieux rémunérés, comme par hasard) leur soient réservées. On raconte aussi que les hommes auraient un cerveau plus spécialisé tandis que les femmes auraient la capacité de faire de nombreuses petites tâches à la fois (encore une idée fausse ! 24). Comment trouver une meilleure justification que celle-ci pour la division traditionnelle du travail ? Aux hommes une seule tâche très compliquée – sa profession -, aux femmes pleins de tâches pas très compliqués mais nécessitant une grande polyvalence – les tâches ménagères. Au final, chaque prétendue différence naturelle entre sexes sert de justification à un système social inégalitaire.

En conclusion…

Il y a des différences entre hommes et femmes, c’est évident. Cela dit, il faut distinguer les différences physiques des différences cognitives. Des différences cognitives ont pu être constatées (résultats de Q.I, préférence pour certaines activités, différence dans le temps de parole), mais rien n’indique qu’elles soient le résultat d’un quelconque déterminisme biologique. De nombreux effets sociaux entrent en compte : éducation genrée, mais aussi menace du stéréotype ou encore effet pygmalion. Quand on voit l’ampleur de ces phénomènes sur, par exemple, des performances en mathématiques ou quand on compare les sociétés occidentales à d’autres types de société, on se rend compte que les conditionnements sociaux ont un rôle essentiel dans les différences entre sexes ; l’influence biologique a sans doute un rôle très mineur – voire inexistant – sur les différences psychologiques entre sexes.

L’existence de deux genres – autrement dit la création de deux catégories d’individus qui seraient radicalement différents en fonction de leur sexe – induit une hiérarchisation des sexes. Il est difficile d’imaginer qu’on puisse arriver à l’égalité entre sexes sans la suppression des genres : on peut difficilement créer deux catégories distinctes d’individus sans essayer de les hiérarchiser, de chercher laquelle est la « meilleure ». Le sexe devrait donc être considéré pour ce qu’il est : un trait physique, et rien de plus.

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Erratum

Christophe Dermangeat, auteur de l’ouvrage Le communisme primitif n’est plus ce qu’il était m’a donné des informations complémentaires par rapport aux sociétés dirigées par les femmes :

Depuis le jésuite Lafitau qui avait cru voir chez les Iroquois un "Empire des femmes" en 1724, c’est une discussion qui resurgit sans cesse à propos de peuples où les femmes possèdent effectivement un certain nombre de pouvoirs (notamment économiques), comme ces sociétés des contreforts himalayens. Mais, je crois qu’à moins de tordre les faits, il n’est possible de dire qu’elles ont le pouvoir, dans aucune de ces sociétés (une bonne référence "savante" et récente, qui fait le tour de cette question : Une maison sans filles est une maison morte, sous la direction de N.-C. Mathieu). Elles font au besoin jeu égal avec les hommes, elles les dirigent même dans certains domaines, mais les hommes ont aussi des prérogatives qui interdisent de parler de "matriarcat" (ou alors, les mots deviennent trop flous pour être utiles).

En ce qui concerne les Khasi, voilà un son de cloche (tibétaine ?) passablement différent, qui émane de l’anthropologue R. Lowie :

« Dans le ménage, bien que la femme soit propriétaire, c’est son frère aîné qui règne et, lorsque le mari, après la résidence matrilocale du début, s’établit pour son compte, c’est lui le maître incontesté. En outre, le droit coutumier reconnaît au mari la possibilité de tuer la femme adultère surprise en flagrant délit. La souveraineté politique se transmet en ligne féminine, mais d’un homme à l’autre ; c’est seulement en l’absence d’héritiers mâles que la femme est appelée à succéder ; dans la suite elle passe sa charge à son fils et non à sa fille. »

Que suite à l’intégration dans la société moderne, les hommes aient protesté contre un certain nombre d’interdits que leur imposait la coutume, c’est bien possible (et même très vraisemblable). Mais je crois qu’il serait bien imprudent d’en déduire qu’ils étaient auparavant dominés par les femmes.

Aucun ethnologue sérieux (y compris parmi celles / ceux se revendiquant du féminisme) ne défend plus depuis très longtemps l’existence, passée ou présente, de sociétés dirigées par les femmes.

Désolée de vous avoir donné des informations erronées donc, c’est ce que j’avais lu. Cela dit, même si ces sociétés ne sont pas dirigées par des femmes, leur organisation reste très différente de la notre.

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Références – References

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2. Guinche T. Fratrie recomposée : fratrie de sang et fratrie de cœur : un statut du tiers applicable aux quasi-frères/sœurs ? Caen: Université de Caen; 2008. Available at: http://www.sauvegarde56.org/uploaded/Thierry%20GUINCHE.pdf.

3. Lagesen VA. A Cyberfeminist Utopia?: Perceptions of Gender and Computer Science among Malaysian Women Computer Science Students and Faculty. Science, Technology & Human Values. 2008;33(1):5-27.

4. Othman M, Latih R. Women in computer science: no shortage here! Commun. ACM. 2006;49(3):111-114.

5. Shih C-kang. Tisese and Its Anthropological Significance : Issues around the Visiting Sexual System among the Moso. L’Homme. 2000;(154/155):697-712.

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8. Andersen S, Ertac S, Gneezy U, List JA, Maximiano S. Gender, Competitiveness and Socialization at a Young Age:  Evidence from a Matrilineal and a Patriarchal Society. 2011.

9. Gneezy U, Leonard KL, List JA. Gender Differences in Competition: Evidence from a Matrilineal and a Patriarchal Society. NBER Working Paper,. 2008;(13 727).

10. Mead M. Sex and temperament in three primitive societies. 1er éd. New York: HarperCollins Publishers; 2001.

11. Errington F, Errington FK, Gewertz DB. Cultural alternatives and a feminist anthropology : an analysis of culturally constructed gender interests i Papya New Guinea. Cambridge: Cambridge University Press; 1989.

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21. Synthèse : les inégalités entre les femmes et les hommes en France et en Europe. Observatoire des inégalités. 2011. Available at: http://www.inegalites.fr/spip.php?article1400.

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