Le sexisme inconscient des enseignants détournent les filles des filières scientifiques : partie 1

Le sexisme inconscient des enseignants détournent les filles des filières scientifiques.

Partie 1 : les mécanismes invisibles.

Dès le primaire, les filles sont plus performantes à l’école. Elles redoublent moins, leur taux de réussite au brevet et au baccalauréat (84,8 pour les garçons et 87,4 pour les filles  en 2009 pour l’ensemble des séries (1) ) est meilleur (2; 3).


Fille sérieuse
Les filles réussissent-elles à cause de leur sérieux ?…

A la fin du collège, les filles s’orientent plus vers l’enseignement général et technologique que vers l’enseignement professionnel. Cependant au sein de l’enseignement général et technologique, elles se détournent  des filières scientifiques et techniques. Après l’obtention du bac, au sein  des classes préparatoires aux grandes écoles, les femmes représentent 75 % des étudiants dans les filières littéraires et 30 % des élèves scientifiques. Au final, seulement 26 % des diplômes d’ingénieurs sont délivrés à des femmes.

Or la filière scientifique représente des débouchés professionnels prestigieux et bien rémunérés, tels qu’ingénieur ou médecin. Pourquoi les filles s’en détournent-elles ? Pourquoi cette autocensure ? Un début d’explication dans cet article, qui va évoquer les mécanismes subtils et inconscients qui sont à l’œuvre.

Les enseignants en sciences et mathématiques ont des attentes différenciées pour les filles et les garçons

En cours, les enseignants consacrent un peu moins de temps aux filles, notamment en mathématiques (4; 5; 6) – environ 44% de leur temps, contre 56% aux garçons Cette différence, qui peut sembler a priori négligeable, est cependant importante au vu du temps qu’un élève passe en classe (4). Les professeurs passent notamment plus de temps à répondre aux interventions des garçons. Ainsi ces derniers reçoivent un enseignement plus personnalisé (4) (7). A noter cependant, que, si les enseignants interagissent plus souvent de manière négative ou neutre avec les garçons qu’avec les filles, les interactions positives sont équitablement réparties entre filles et garçons. (8) Le fait que les enseignants ont plus d’interactions négatives avec les garçons peut expliquer le « décrochage » de ces derniers à l’école.

Plusieurs comportements – outre les interactions professeurs-élèves – semblent indiquer qu’ils en attendant plus des garçons que des filles.  Ainsi en mathématiques, à partir du grade 3, aux Etats-Unis (soit le CE2 en France), les enseignants donnent aux élèves de sexe féminin des questions demandant peu d’efforts intellectuels ; au contraire, les garçons se doivent de répondre à des questions plus difficiles (5; 9).

Plusieurs expériences de docimologie ont montré une notation en sciences qui diffère en fonction du sexe de l’élève (10; 11; 12), et cela bien que les enseignants affirment que les capacités et l’intérêt de  l’élève ne dépend pas du sexe (12). Les bonnes copies des garçons sont surévaluées et  les bonnes copies de filles,  sous-évaluées. Cela suggère bien que les enseignants, inconsciemment, attribuent un meilleur niveau à un élève masculin. Au contraire, ils seront plus indulgents avec les mauvaises copies de filles et plus sévères pour les mauvaises copies de garçons, comme s’ils étaient certains des capacités de ces derniers et qu’il voulait sanctionner leur manque de sérieux.  Pour les filles, c’est « comme si, vu leur sexe, elles étaient « excusées » de ne pas réussir » (11). Les enseignants croient que les garçons " peuvent mieux faire ", autrement dit, ils leur attribuent des capacités qui dépassent leurs performances effectives. Quand les garçons ont de bons résultats, les professeurs s’imaginent que c’est à cause de leur intelligence. Au contraire, ils ne supposent pas que les filles ont des capacités « cachés » : de plus, leurs résultats sont attribués à leur sérieux – si ce n’est à leur conformisme – et non pas à leurs capacités intellectuelles (13).

Enfin, les enseignants, dès le primaire – quand filles et garçons réussissent aussi bien en mathématiques – prédisent pour le futur une meilleure réussite dans ce domaine pour les garçons que pour les filles (11).

Et les parents dans tout ça ?…

A niveau égal en mathématiques, les parents considéreront que leur enfant est meilleur s’il est un garçon. Ils estimeront également que leurs filles réussissent à cause de leur sérieux et de leurs efforts, et les garçons grâce à leur capacité… (14)

Conclusion : les filles intègrent les stéréotypes

Tous ces détails dans la manière de traiter filles et garçons peuvent paraître insignifiants. Et pourtant, ils agissent de manière sournoise sur la confiance en soi mais aussi la prise de risque ou l’ambition. Je détaillerai dans un prochain article les conséquences de ces mécanismes.

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Pour aller plus loin 

Duru-Bellat, M. L’école des filles: Quelle formation pour quels rôles sociaux. s.l. : L’Harmattan, 2004. p. 85. 2747573095. Extraits

Mosconi, N. L’égalité des filles et des garçons : comment éduquer à l’égalité ? Eduscol. [En ligne] 2 Septembre 2009. [Citation : 26 Mars 2011.] http://eduscol.education.fr/cid47785/genre-et-pratiques-scolaires%A0-comment-eduquer-a-l-egalite%A0.html.

Stéréotypes. Elles en Sciences : égalité des chances filles garçons dans les domaines scientifiques. [En ligne] [Citation : 26 Mars 2011.] http://www.elles-en-sciences.net/index.php?option=com_content&view=article&id=87&Itemid=34.

Wikipédia. Difficultés en mathématiques. [En ligne] 2011 Mars 2011. [Citation : 2011 Mars 26.] http://fr.wikipedia.org/wiki/Difficult%C3%A9s_en_math%C3%A9matiques#Pr.C3.A9jug.C3.A9s_sur_les_diff.C3.A9rences_d.27aptitude_entre_les_gar.C3.A7ons_et_les_filles.

Secada, Walter G., Fennema, Elizabeth et Byrd, Lisa. New directions for equity in mathematics education. s.l. : Cambridge University Press, 1995. Extraits

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Sources

1. Insee – Enseignement-Éducation – Réussite au baccalauréat par série. Institut national de la statistique et des études économiques. [En ligne] [Citation : 20 Mars 2011.] http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=0&ref_id=NATFPS07237.

2. Filles et garçons sur le chemin de l’égalité de l’école à l’enseignement supérieur : les résultats. Ministère de l’Education Nationale. [En ligne] Mars 2011. [Citation : 25 Mars 2011.] http://media.education.gouv.fr/file/2011/37/6/Les_resultats_170376.pdf.

3. Filles et garçons sur le chemin de l’égalité de l’école à l’enseignement supérieur : le premier degré. Ministère de l’Education National. [En ligne] Mars 2011. [Citation : 2011 Mars 25.] http://media.education.gouv.fr/file/2011/37/4/Le_premier_degre_170374.pdf.

4. Duru-Bellat, M. L’école des filles: Quelle formation pour quels rôles sociaux. s.l. : L’Harmattan, 2004. p. 85. 2747573095. Extraits

5. Leder, Gilah C. Teacher student interaction: A case study. Educational study in mathematics. 1987, Vol. 18, 3, pp. 255-271. Abstract

6. Duffy, Jim, Warren, Kelly et Walsh, Margaret. Classroom Interactions: Gender of Teacher, Gender of Student, and Classroom Subject. Sex roles. 2001, Vol. 45, 9-10, pp. 579-593. Abstract

7. Secada, Walter G., Fennema, Elizabeth et Byrd, Lisa. New directions for equity in mathematics education. 1995. 9780521477208. Extraits

8. Jones, S. M. et Dindia, K. A Meta-Analytic Perspective on Sex Equity in the Classroom. Review of Educational Research. 2004, pp. 443-471. Full text

9. Leder, C. G. Teacher-student interactions in the mathematics classroom: A different perspective. [éd.] E. Fennema et G. C. Leder. Mathemathics and gender. 1990, pp. 149-168.

10. Mosconi, N. Limites de la mixité laïque et républicaine. Les Cahiers pédagogiques. 1999, Vol. 372, pp. 8-11. Abstract

11. Duru-Bellat, M. Filles et garçons à l’école, approches sociologiques et psycho-sociales. 2ème partie : La construction scolaire des différences entre les sexes. Revue française de pédagogie. 1995, Vol. 110, pp. 75-109. Full text

12. Lafontaine, D. Les évaluations des performances en mathématiques sont-elles influencées par le sexe de l’élève ? Mesure et évaluation en éducation. 2009, Vol. 32, 2, pp. 71-98. Full text

13. Mosconi, N. L’égalité des filles et des garçons : comment éduquer à l’égalité ? Eduscol. [En ligne] 2 Septembre 2009. [Citation : 26 Mars 2011.] http://eduscol.education.fr/cid47785/genre-et-pratiques-scolaires%A0-comment-eduquer-a-l-egalite%A0.html.

14. Yee, Doris K. et Eccles, Jacquelynne S. Parent perceptions and attributions for children’s math achievement. Sex Roles. Vol. 19, 5-6, pp. 317-333. Full text

Sexisme dans la littérature enfantine

Sexisme dans la littérature enfantine

sexisme dans la littérature enfantine

Pas légèrement stéréotypée la collection P'tite Fille/P'tit Garçon de chez Fleurus ?!!

Bien que dénoncés en France depuis les années 1970 sous l’impulsion des féministes, les stéréotypes sexistes perdurent dans la littérature enfantine. D’après Anne Dafflon Novelle, il y aurait même eu une régression dans ce domaine au cours des dernières décennies (1). Comment se manifeste donc ce sexisme ?

Plus de personnages masculins

Dans la littérature enfantine, les personnages féminins sont sous représentés dans les rôles principaux (2; 3); ainsi très souvent, le titre établit un premier contact avec un seul personnage, qui se trouve être de sexe masculin dans 2/3 des cas selon une étude publiée en 2002 (3) . Lorsque deux personnages sont évoqués, il s’agit de deux filles dans seulement 4% des cas, contre deux garçons dans 30% des cas.

Un personnage est représenté quasiment systématiquement sur les couvertures des albums pour enfants. Plus des trois quarts de ces illustrations (77,7 %) concernent un personnage masculin, alors que sur moins de la moitié des couvertures (48,9 %) figure au moins un personnage féminin… (3)

A l’intérieur même des albums, la présence masculine s’amplifie. Ainsi 90% des albums mettent en scène au moins un personnage masculin, alors que seulement 73% des albums mettent en scène au moins un personnage féminin. Ce déséquilibre est particulièrement accru chez les personnages enfantins : les petites filles apparaissent dans seulement 42,5% des albums, contre 56,8 % pour les petits garçons (3). Une autre étude de 2002 établit que 51,3 % des livres racontaient l’histoire d’un héros et seulement 24,7 %  relataient l’histoire d’une héroïne (4).

Incidence du type de personnages : humain, anthropomorphe ou animal

Il existe trois grandes catégories de personnages : les personnages humains, les personnages anthropomorphiques et  les animaux réels. Le ratio entre les deux sexes est plutôt équilibré dans les albums « humains » : ainsi dans environ 92% des albums apparait un personnage masculin et dans environ   84 %, un personnage de sexe féminin. Mais la probabilité de voir un personnage féminin diminue dans albums « anthropomorphes » : la probabilité y est de seulement 74% contre  94% pour les garçons ! Ces tendances s’accentuent encore  dans les albums d’animaux réels  puisque dans 96% des albums, on rencontre un personnage masculin alors que seulement 69% des livres comportent au moins un personnage féminin (3; 4).

Des  sexes aux rôles différents…

Les filles ou les femmes accèdent peu au rôle principal, alors  qu’elles sont légèrement plus nombreuses que les personnages masculins dans les seconds rôles. Les personnages féminins sont le plus souvent représentés à l’intérieur et sont moins actifs. Lorsque les femmes sont représentées en train de travailler (ce qui arrive deux fois moins que chez les personnages masculines…), ce sont dans des professions traditionnelles et peu diversifiées (institutrice et soins aux enfants dans la moitié des cas, commerce pour 30% des cas…) (2; 3). Quand ces personnages apparaissent dans des métiers plus originaux, c’est souvent pour en faire ressortir le côté « anormal » : le travail féminin est ainsi dévalorisé (3). Par ailleurs, la fonction maternelle est très présente dans les albums (il y a une mère dans environ 40 % des albums) et apparait comme le modèle majoritaire de l’adulte féminin : dans seulement 20 % des albums d’humains et 25 % des albums d’animaux humanisés est figuré un personnage féminin adulte qui n’incarne pas de fonction maternelle (3).

Les rôles dévolus aux hommes sont plus diversifiés : en plus de leurs activités professionnelles beaucoup plus variées, les pères sont plus souvent représentés en train de partager des activités de loisir avec leurs enfants (2). De plus, plus du tiers des albums avec des humains et la moitié de ceux avec des animaux humanisés proposent des adultes masculins qui n’incarnent pas de fonction paternelle. (3)

Enfin, notons que le type d’animaux choisis pour les personnages anthropomorphique diffère en fonction du sexe du personnage. Les héros masculins sont beaucoup plutôt représentés sous la forme d’animaux puissants (ours, loups, etc.) ou alors issus de l’imaginaire collectif des enfants (lapins). Au contraire, les personnages féminins  prennent la forme d’animaux petits et/ou dévalorisant, comme les souris ou les insectes. De plus, les animaux choisis pour les incarner sont moins diversifiés. (2; 4)

Conséquences

Le sexisme dans la littérature enfantine n’est pas sans conséquences sur le développement des enfants, qui intègrent très rapidement les normes de société. Ainsi, selon une étude de 1978 (5), des filles qui avaient lu des livres avec des personnages féminins présentés dans des rôles non traditionnels, considéraient plus souvent que des femmes pouvaient exercer des métiers ou des activités non stéréotypiquement féminins que des filles à qui on avait présenté des personnages de femme traditionnels.

De plus, il a été montré que l’estime de soi des enfants augmente quand ces derniers sont en contact de modèles du même sexe qu’eux (6). Ainsi, l’estime de soi des filles risque d’être affectée puisqu’il  y a peu d’héroïnes dans les livres qu’elles lisent.

Initiatives pour réduire le sexisme dans la littérature enfantine

Quelques initiatives ont été entreprises pour réduire le sexisme des albums de littérature enfantine.

On peut notamment citer notamment l’association  lab-elle qui a sélectionné de 2006 à 2010 des albums sans stéréotypes de genres. Malheureusement, elle a du arrêté sa « labellisation » du fait d’un manque de financementsL. Une maison d’éditions, Talents Hauts, tente d’éliminer tout stéréotypes de leur livre et  revendiquent ainsi des albums « 100% sans sexisme ».

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Sources

1. Novelle Dafflon, Anne. Sexisme dans la littérature enfantine : quels effets pour le développement des enfants ?
http://www.cemea.asso.fr/aquoijouestu/fr/pdf/textesref/SexismeLitteratEnfants.pdf

2. Ferrez, Eliane et Novelle Dafflon, Anne. Sexisme dans la littérature enfantine. Analyse des albums avec animaux anthropomorphiques/Sexism in children’s literature. Analysis of picture books with anthropomorphical animals. Les Cahiers internationaux de psychologie sociale. 2003, Vol. 57. Abstract

3. Brugeilles, Carole, Cromer, Isabelle et Cromer, Sylvie. Les représentations du masculin et du féminin dans les albums illustrés ou comment la littérature enfantine contribue à élaborer le genre. Population. 2002, Vol. 57, pp. 261-292. Full text

4. Dafflon Novelle, Anne. La littérature enfantine francophone publiée en 1997. Inventaire des héros et héroïnes proposés aux enfants. Revue suisse des sciences de l’éducation. 2002, Vol. 24, pp. 309-326. Full text

5. Ashby, M. S. et Wittmaier, B. C. Attitude changes in children after exposure to stories about women in traditional or nontraditional occupations.  Journal of Educational Psychology. 1978, Vol. 70, pp. 945-949. Abstract

6. Ochman, Jan M. Journal Name. The effects of nongender-role stereotyped, same-sex role models in storybooks on the self-esteem of children in grade three. Sex Roles. 1996, pp. 711-735. Abstract

L’inégalité des sexes à l’école

L’inégalité des sexes à l’école

école

L'école... toujours égalitaire ?

Je suis tombée hier sur une vidéo intéressante sur le site Universcience-vod : L’école : garçon, filles à égalité ?

Il s’agit d’un entretien avec Annette Jarlégan, Maître de Conférences en sciences de l’éducation, Université Nancy 2 et qui a travaillé notamment sur le genre à l’école. Elle explique qu’elle s’intéresse à ce qui à l’école, peut générer des différences, notamment entre les sexes.

Pour ceux qui ont la flemme de regarder la vidéo, ou chez qui elle ne fonctionne pas, voici un résumé de l’entretien :

Par des mécanismes fins, l’école fabrique des différences entre filles et garçons. Les albums de littérature enfantine, par exemple, véhiculent de nombreux stéréotypes que les élèves vont intégrer. Dans ces albums, il y a beaucoup plus de héros masculins que féminins. Les femmes qui y sont représentées sont plus souvent à l’intérieur, dans la sphère privée et sont plutôt passives. A l’inverse, les hommes sont représentés à l’extérieur, dans la sphère public et sont actifs.

De même dans les manuels scolaires, il y a très peu de figures féminines culturelles, ce qui crée un problème d’identification pour les filles. Elles n’ont pas de modèles, contrairement aux garçons, qui les pousseraient à s’investir dans un domaine particulier. Enfin, même les exercices pourraient contribuer à une différence garçons-filles, car leur contenu et/ou leur contexte de présentation sont plus souvent tirés de domaines d’intérêt des garçons.

Enfin les représentations et les croyances des enseignants concernant filles et garçons y seraient aussi pour quelque chose. Ainsi de la maternelle jusqu’au supérieur, les enseignants sont portés à croire que les filles sont meilleures en littérature, et les garçons en mathématiques. Ces croyances se reflètent dans leur manière d’évaluer leurs élèves. Ainsi, les enseignants ne voient pas de la même façon les causes de la réussite des filles et des garçons : les bonnes élèves filles obtiendraient de bons résultats par leur sérieux et leurs efforts. Les garçons réussiraient à cause de leurs talents et de leur potentiel. Une expérience de docimologie a montré qu’une bonne copie est mieux notée si elle porte un nom de garçon que si elle porte un nom de fille. A l’inverse, une mauvaise copie est plus sanctionné si elle est attribuée à un garçon. Les appréciations à côté de la note ne sont non plus pas les mêmes. Ces différences d’évaluation et d’appréciation indiquent que les enseignants attendent plus des garçons que des filles.

Les interactions enseignants-élèves ne sont pas semblables en fonction des sexes. Ainsi , les garçons prennent plus souvent la parole, et les enseignants s’adressent plus souvent à eux. De plus, les enseignants – surtout en mathématiques – posent plutôt des questions ouvertes (qui demandent en général de créer un savoir) aux garçons, et des questions fermées (qui demandent en général simplement une restitution de savoir) aux filles. Les enseignants ont aussi tendance à donner plus de feedback – négatifs ou positifs – aux garçons, c’est-à-dire qu’ils ont plus tendance à les encourager ou à les réprimander.

Tout ceci a des conséquences sur les performances et le comportement des élèves, du fait de l‘effet Pygmalion (prophétie autoréalisatrice qui consiste à influencer l’évolution d’un élève en émettant une hypothèse sur son devenir scolaire : les élèves pour lesquels les enseignants ont le plus d’attentes réussissent mieux, à niveau initial égal. Plus d’informations sur la page Wikipédia). Les filles auront tendance ainsi à moins se projeter en mathématiques ou à moins s’y investir, puisque les enseignants ont des attentes plus fortes pour les garçons dans cette discipline. En conséquent, à niveau égal en mathématiques et en sciences en général, les filles s’orientent moins vers ces discipline que les garçons.

Tous ces mécanismes sont à l’origine de ce qu’on appelle un "curriculum caché" , un ensemble de valeurs, de représentations et de compétences qu’acquiert l’élève, sans que quiconque ne s’en rende compte.

Il faut distinguer le sexe (biologique) du genre (rôle social). Le genre est construit socialement par la famille, les médias, mais aussi l’école, comme le démontrent les différentes observations faites ci-dessus. Cette notion de genres est importante, car elle permet de comprendre comment l’école participe à leur élaboration, et comme y remédier.

Malgré toutes ces différences de traitement entre les filles et les garçons, on peut noter des améliorations ces 10-20 dernières années, peut-être dues aux travaux sur les genres, assez récents en sociologie. Si le genre a longtemps été très peu pris en compte dans la formation des enseignants, dès les années 80, des instructions officielles ont essayé d’attirer l’attention des professeurs, notamment sur les supports de cours. La politique actuelle cherche également à remédier à l’autocensure des filles vis-à-vis des filières scientifiques et des préconisations sont données aux enseignants quant à la différence de comportement vis-à-vis des filles et des garçons. Les éditeurs de littérature enfantine ont aussi été sollicités. Toutes ces actions de la part des pouvoirs publics n’ont pas été sans effet : ainsi, il y a quelques années, 2/3 des interactions en classe concernaient les garçons contre 1/3 pour les filles. Maintenant, le ratio s’établit plutôt à 55% – 45%. Enfin, même si la façon dont les femmes et les hommes sont représentés dans les albums de littérature enfantine n’est toujours pas vraiment égalitaire, des progrès ont été faits. Le problème, c’est que quand les différences disparaissent à un endroit, ne nouveaux mécanismes en créent ailleurs…

C’est par des initiatives et des rencontres comme des cafés scientifiques, et pas seulement par des préconisations de la part des pouvoirs publics, que les choses changeront durablement. En effet, souvent les enseignants ne sont absolument pas conscients qu’ils ne se comportent pas de la même façon avec les garçons et avec les filles.

Voici pour le résumé ! Les points abordés ont été approfondis dans d’autres articles, notamment à l’aide de références à des articles scientifiques :

Sexisme dans la littérature enfantine

Le sexisme inconscient des enseignants détournent les filles des filières scientifiques. Partie 1 : les mécanismes invisibles

Le sexisme inconscient des enseignants détournent les filles des filières scientifiques. Partie 2 : l’effet Pygmalion

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Sources 

L’école : garçon, filles à égalité ? Universciences-vod. [Cited: Mars 10, 2011.] http://www.universcience-vod.fr/media/1694/l-ecole—garcon–filles-a-egalite–.html

Les femmes ne parlent pas plus que les hommes ! (au contraire…)

Les femmes ne parlent pas plus que les hommes !

Mme Bavarde

Le bavardage... représenté par une femme !

Probablement l’un des clichés les plus tenaces : les femmes parleraient plus que les hommes. C’est même le sujet du chapitre trois (Les hommes s’enferment dans leur caverne et les femmes bavardent) du livre de John Gray, « Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus »…

Cela ne repose cependant sur rien de tangible, d’après les travaux de Campbell Leaper et de Melanie Ayres, publiés en 2007. Ces chercheurs ont effectué une méta-analyse sur 149 études portant  sur  l’utilisation du langage chez les deux sexes. Contrairement au préjugé, les hommes parleraient plus que les femmes. « C’est probablement du sexisme, insiste Campbell Leaper. C’est une façon de diminuer la contribution des femmes. Cela implique que si elles parlent, ce qu’elles disent a peu d’importance. »

L’étude suggère également que le contexte est important : les données changent en fonction du sujet de conversation et de l’interlocuteur. Ainsi les femmes parlent plus à leurs enfants et à leurs collègues, tandis que les hommes se montrent plus bavards en présence d’étrangers. De plus, le discours des hommes serait plus assuré (assertive) ; en effet, ils ont plus tendances à donner des ordres, à montrer leur désaccord ou à donner leurs opinions. Au contraire, le langage des femmes serait plus conciliant (affiliative), c’est-à-dire qu’elles sont plus enclines à exprimer leur accord, à apporter leurs soutiens ou à remercier quelqu’un.

D’après les auteurs, l’utilisation du langage serait influencée par des facteurs sociaux et non pas biologiques. « L’idée selon laquelle le cerveau de la femme la rende plus bavarde que l’homme est difficilement concordant avec le fait les différences liées au genre disparaissent et réapparaissent en fonction du contexte d’interactions » écrivent-ils dans leur conclusion.

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Pour aller plus loin – to go further

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Sources

Leaper, Campbell et Ayres, Melanie M. A Meta-Analytic Review of Gender Variations in Adults’ Language Use: Talkativeness, Affiliative Speech, and Assertive Speech. Personality and Social Psycholy Review. November 2007, Vol. 11, pp. 328-363. Abstract

Sexisme ambivalent

Sexisme hostile et sexisme bienveillant : le sexisme ambivalent

galanterie ou sexisme bienveillant

La galanterie, du sexisme bienveillant ?

Le concept du “sexisme ambivalent” (Ambivalent sexism) est une théorie avancée par Glick et Fiske en 1996 (1). Le sexisme ambivalent comprend deux aspects distincts mais reliés : le sexisme hostile (hostile sexism) et le sexisme bienveillant (benevolent sexism).

Le sexisme hostile est le sexisme tel qu’on l’entend traditionnellement : une hostilité envers les femmes, des idées telles que « une femme est incapable de créer », « une femme n’est pas faite pour travailler ».

Le sexisme bienveillant est bien plus subtil : c’est plus l’idée qu’il faut être galant et protecteur envers les pauvres femmes. C’est aussi des idées comme « il faut traiter les femmes comme des princesses », ou «nous les hommes, nous aimons les femmes, on en a besoin ». Cette vision paternaliste est en concordance avec le concept de «complémentarité des genres», où les hommes sont décrits comme possédant des  caractéristiques dont les femmes seraient dépourvues, et vice-versa.

Les deux sortes de sexisme encouragent l’inégalité hommes-femmes et les rôles traditionnels des sexes, en sous-entendant que le sexe féminin est le sexe faible.

Le sexisme bienveillant, derrière sa façade amicale, est donc très dangereux, car il est difficilement identifiable, comme le suggèrent des expériences de psychologie (2). Pire encore, certains travaux indiquent que des femmes exposées au sexisme bienveillant obtiennent de moins bons scores à un test cognitif que celle confrontées à un discours hostile ou à un discours neutre. (3) Il serait ainsi plus efficace pour les groupes dominants de maintenir les inégalités sociales par le biais de la bienveillance que par l’hostilité.

Des études ont montré que sexisme hostile et sexisme bienveillant sont corrélés, c’est-à-dire que dans les pays où le niveau moyen du sexisme hostile est élevé, celui du sexisme bienveillant l’est aussi (4; 5), ce qui suggère que si ces deux formes de sexisme sont différentes, elles sont intimement reliées.

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Pour aller plus loin

Quand le sexisme se veut bienveillant… Reflexions. [Online] Février 24, 2010. [Cited: Mars 8, 2011.] http://reflexions.ulg.ac.be/cms/c_25043/quand-le-sexisme-se-veut-bienveillant

Ambivalent sexism. Wikipédia [Online] 22 February 2011 [Cited: Mars 8, 2011.] http://en.wikipedia.org/wiki/Ambivalent_sexism

Glick, P et Fiske, S. T. An ambivalent alliance. Hostile and benevolent sexism as complementary justifications of gender inequality. 2001, American Psychologist, Vol. 56(2):,pp.109-118, Full text

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Sources

1. Glick, P et Fiske, S. T. The ambivalent sexism inventory: Differentiating hostile and benevolent sexism. : s.n., 1996, Journal of Personality and Social Psychology, Vol. 3, pp. 491-512. Abstract

2. Barreto, M. et Ellemers, N. The burden of benevolent sexism: How it contributes to the maintenance of gender inequalities. 2005, Vol. 35, pp. 633-642. Abstract

3. Dumont, M., Sarlet, M. et B., Dardenne. Be kind to a woman, she’ll feel incompetent: benevolent sexism shifts self-construal and autobiographical memories towards incompetence. Sex Roles. 2010, Vol. 62, 7-8, pp. 545-553. Abstract

4. Dardenne, B., et al. Latent Structure of the French Validation of the Ambivalent Sexism Inventory: Echelle de Sexisme Ambivalent. L’Annee Psychologique. Vol. 106, pp. 235-264. Abstract

5. Glick, P., et al. Beyond prejudice as simple antipathy: Hostile and benevolent sexism across cultures. Journal of Personality and Social Psychology. 2000, Vol. 79, pp. 763-775. Abstract

Journée Internationale des Droits de la Femme

Journée Internationale des Droits de la Femme

Quel meilleur jour que la "Journée internationale des femmes" pour commencer un blog féministe, allez vous me dire. C’est vrai que c’est l’occasion de faire le point sur les inégalités entre les hommes et les femmes.

Certains cependant s’agacent (comme Olympe ou Romy) – à juste titre – de voir cette journée tourner à la "Journée des Femmes" au lieu de la "Journée des droits de la femme", de se transformer en une espèce d’hybride entre la Saint Valentin et et la Fête des Mères… Si je suis d’accord avec eux, je pense que cette journée a quand même son utilité : de nombreux événements sont organisés dans les villes de France et les médias publient des statistiques et des articles sur ces problèmes

Évidemment, il ne faudrait pas en parler que le 8 mars, mais j’ai bien peur que sans cette journée, on n’ en parle pas du tout…. !

Lors de cette journée, sont souvent mis en avant les écarts de salaire entre les hommes et les femmes. Mais ces écarts ne sont que la manifestation la plus visible d’une domination des femmes par les hommes. C’est au final, juste une conséquence de notre modèle de société patriarcale. Dans ce blog, je mettrai en avant des processus plus subtils contribuant à l’inégalité homme-femme.

Bonne lecture !

Journée des droits de la femme par Martin Vidberg

Sources/references

Image tiré de : Journée de la femme : n’offrez pas de fleur ! Le blog de Martin Vidberg. 8 Mars 2011. http://vidberg.blog.lemonde.fr/2011/03/08/journee-de-la-femme-noffrez-pas-de-fleur/